13/06/2011

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Un étudiant de littérature anglaise utilise sa maitrise de la langue pour communiquer son vécu et ses espoirs au monde extérieur depuis Gaza. A 21 ans, il est l'auteur des « Gaza Diaries of Peace and War » c'est-à-dire « Le journal gazaoui de la paix et de la guerre ».


  « Le siège a libéré les jeunes de Gaza

Mohammed Rabah Suliman The Electronic Intifada 26 mai 2011

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Au lieu de les faire sombrer, le siège israélien a politisé les jeunes de Gaza (Anne Pay/Active Stills)

L'accord de réconciliation entre le Fatah et le Hamas par l'intermédiaire de l'Egypte, appelant prioritairement la fin du siège de Gaza, a été vécu comme incroyable par les Palestiniens. Les jeunes de la bande de Gaza assiégée ont alors vite commencé à envisager une nouvelle vie pour une Gaza libérée des conflits politiques et du siège.

...

[Dans ces dernières années] le siège a eu un côté positif pour les jeunes de Gaza : il nous a ouvert de nouveaux chemins dans notre lutte pour la liberté, il a approfondi nos sentiments patriotiques et il a créé un environnement qui nourrit un sens de responsabilité collective de coopération et d'abnégation de soi. Le siège a forgé une nouvelle génération de vrais engagés.

En 2006, aux débuts de la politique israélienne de siège sur Gaza, les gazaouis étaient incapables de calculer la grandeur du débâcle qui les attendait. Peu après, les prix ont augmentés de façon vertigineuse, voyager à l'extérieur est devenu difficile et les coupures impitoyables d'électricité dominaient tous les aspects de la vie. C'était impensable, même pour les citoyens de Gaza, d'imaginer vivre ainsi pendant longtemps.

Ça, c'était peut-être l'idée d'Israël. Ils avaient peut-être pensé : 'Ils ne pourront pas supporter un niveau de vie si bas qu'on leur impose, nous allons les étrangler de tous les côtés et leur rendre la vie intolérable. Sous peu, tout ceci va imploser.'

Mais non. Etonnamment, après presque quatre ans de siège, malgré une misère générale, des souffrances humaines et cette punition collective, la vie continue.

Le siège a beaucoup changé pour nous, jeunes de Gaza. La vie opprimante insupportable nous tourmentait. Des espoirs anéantis répétés nous fâchaient et nous frustraient, nous ne voyions pas la fin du siège.

Impuissants, nous ressentissions une impression de noir dans nos corps et dans nos têtes. Pour changer momentanément nos sentiments négatifs, nous pouvions aller à la plage d'où nous voyions les lumières des navires israéliens au large la nuit ou alors nous pouvions fumer du narghileh dans un café entendant le bruit incessant de quelques générateurs. C'était tout simplement impossible d'échapper au contexte politique de notre vie étriquée.

Beaucoup d'entre nous ont ressenti le besoin de faire quelque chose pour changer la situation.

Premièrement, nous avons commencé à lire les actualités, les documentaires et les analyses politiques. Nous n'avions rien d'autre à faire. Plus nous lisions, plus nous étions assoiffés d'en savoir plus. La lecture nous a fourni une nouvelle lumière dans ce noir de notre vie. Elle a soufflé de nouveaux vents dans le calme et donné de l'épice à nos vies végétatives. La beauté de la lecture était irrésistible. 

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Faculté de français, Université d'Al-Aqsa, Gaza : arrivée de 100 livres cadeaux de la part de l'écrivaine française Yanne Dimay grâce au Consulat français de Jérusalem, 7 juin 2011

Les jeunes de Gaza ont aussi développé un intérêt pour documenter des atrocités commises par les Israéliens contre les Palestiniens par l'écriture, les blogs, les films et la création de réseaux. Israël est devenu leur point de mire. Tout ce qui touchait au pays d'Israël attirait leur attention. Sur le terrain, l'activisme était maximum à travers des groupes de jeunes, des mouvements sociaux et les réseaux internet.

Un groupe intéressant parmi les nouvelles associations de jeunesse initiés à Gaza est le Réseau palestinien de plaidoyer pour les jeunes (Palestine Youth Advocacy Network - PYAN). 'Byan' en arabe a plusieurs sens : exposition, représentation, éloquence ou brillance, tout ce que l'équipe recherche dans son travail. Ce réseau se définit comme 'un mouvement frais pour des initiatives démocratiques en Palestine qui veut briser les idées erronées sur les territoires occupés à travers le dialogue global et des reportages sur le terrain.' PYAN offre des ateliers en coordination avec des institutions locales et internationales à un rythme régulier pour 'jouer un rôle innovateur pour aider les jeunes palestiniens à s'approprier les connaissances et les compétences dont ils ont besoin pour parler de leur cause et de leurs droits inaliénables face aux désinformations propagées par les principaux medias occidentaux'.

Samah Saleh, co-fondateur de PYAN, m'a raconté comment le siège a été central dans la naissance du PYAN et d'autres groupes semblables. 'Ces deux dernières années, des jeunes gazaouis de mon âge,' dit Salah, 's'efforcent de comprendre l'interaction des politiques globales, régionales et locales sur leurs vies. A Gaza, le siège fut un défi majeur. Les gazaouis l'affrontaient tout seuls, comme ils pouvaient, même avec les plus petites actions de survie au jour le jour. Nous avons établi le PYAN comme moyen pour les jeunes de Gaza de faire entendre leurs voix. Ils  brûlent d'envie de faire connaître leurs histoires en dehors de la bande de Gaza, au monde entier.'

Ce n'est peut-être pas très mobilisant de décrire le siège inhumain de Gaza sans détailler les crimes commis par Israël contre des civils palestiniens. Mais ayant déjà écarté tout stéréotype qui nous montrent comme terroristes, nous refusons d'être décrits tout le temps comme mourant de faim ou retirés dans un coin tout noir. Notre savoir faire qui consiste à transformer chaque souffrance en une source d'inspiration, sauve notre dignité et nourrit notre imparable détermination.

L'auteur finit ses études à l'Université Islamique de Gaza et écrit un blog : http://msuliman.wordpress.com. On peut le suivre sur Twitter : http://twitter.com/#!/imPalestine . »

 

  

 

 

 

 

 

23:24 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, israël, jeunes, blog, siège, pyan, réseaux, lecture | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Je suis vraiment très touchée par la qualité de ce témoignage si dense et clair.
Il montre bien à quel point les Palestiniens peuvent être intelligents tant avec leurs esprits qu'avec leurs coeurs et leurs corps.
Bravo Carol de savoir nous transmettre des dossiers aussi réalistes sur la situation des jeunes à Gaza.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 14/06/2011

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