26/06/2011

Pêche à Haute Risque

Eva Bartlett, journaliste canadienne, rend visite aux pêcheurs assiégés de Gaza. L'article, en version anglaise, se trouve sur son blogue « In Gaza » .


 

« On tire sur les pêcheurs au large de la plage

Ville de Gaza 12 juin 2011 (IPS)

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bateau de pêcheur détruit

Dans le port principal de Gaza ... des pêcheurs gazaouis préparent leurs chalutiers pour pêcher dans les eaux peu profondes. D'autres pêcheurs restent sur terre pour réparer leurs filets et les bateaux endommagés par des tirs de la marine israélienne. Ceux qui ont subi les tirs d'obus, de balles ou de canons à eau, voire ceux qui furent emboutis par des navires israéliens. ...

Mahfouz Kabariti est président de l'Association de Pêche et de Sports nautiques de Gaza. Il me montre les bateaux récemment endommagés. Il y a des traces dans le sable laissés par un hassaka (petit bateau à moteur ou à rames) qui a souffert des tirs d'une mitraillette le premier juin. 'Il y avait 25 balles des deux côtés du bateau, et une balle logée dans le moteur, dit Kabariti. 'Il appartient à deux pêcheurs - Ramadan Zidan, 51 ans, et son fils Mohammed, 20 ans. Ils n'étaient même pas au large, mais à la sortie du port.'

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une autre vue du bateau détruit

Le long de la route, dans le sable qui mène à l'amarrage des plus grands bateaux, Farej, 23 ans, est debout sur un chalutier sans toit. Le toit détaché est en évidence sur un mur du port en face du bateau. 'Nos filets étaient dans l'eau lorsque le navire de guerre israélien s'est dirigé vers nous,' dit-Farej. Le 26 mai, ils étaient trois à bord du bateau lors de l'attaque par la marine israélienne dans les eaux situées à moins de trois miles nautiques de la côte gazaouie. 'Les soldats israéliens tiraient sur nos filets alors que nous essayions de les ramener,' mais, explique-t-il, les filets ont coulé. 'Ensuite, ils ont embouti le bateau et fait tomber le toit.'

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le toit du chalutier

La plupart des chalutiers palestiniens mesurent entre 15 et 20 mètres. Il y a de l'espace sur le pont pour ramener les filets, trier et stocker les poissons. Une sorte de « parasol » en acier protège la plage de travail. 'Le toit est tombé sur mon frère Raed, mais nous étions empêchés de lui porter secours puisque les Israéliens continuaient à tirer sur nous et sur le toit', dit Farej. 'Ils menaçaient de nous embarquer jusqu'à Ashdod ; ils nous maudissaient et se moquaient de nous.' Raed a survécu avec une jambe cassée et des blessures au dos. Farej se fait du souci pour la famille de Raed, qui a cinq enfants. 'Je suivais des cours de business management à l'université,' me confie Farej. 'J'ai dû arrêter ces études puisque je ne pouvais plus les payer et mon salaire doit couvrir les besoins de ma famille et ceux de la famille de Raed.'

Sufian Koolah, 43 ans, travaille sur le même chalutier. ' Le jour avant l'assaut, les Israéliens ont tiré contre nous avec des canons à eau,' dit-il. 'Cela a duré environ 20 minutes : ils ont cassé notre système GPS et détruit tout appareil électrique à bord. Nous étions à trois miles nautiques de la côte.'

Selon les Accords d'Oslo, les pêcheurs palestiniens ont le droit de travailler à 20 miles nautiques de la côte de Gaza. La marine israélienne a réduit cette limite radicalement et unilatéralement avec des tirs, des missiles et des canons à eau. Déjà, il y a une année, il n'y avait presque pas de poisson à six miles nautiques de la côte. Alors, maintenant, à trois miles ...

Le 30 mai au soir, le chalutier (15,5 mètres de long) de Ragab Hissy était attaqué par des canons à eau, des tirs et des collisions intentionnelles. 'Les canons à eau nous ont tiré dessus si fort et si longtemps que nous nous sommes cachés sous le pont,' raconte un des pêcheurs, 32 ans qui préfère être identifié simplement comme « M. ». 'Pendant que nous nous cachions, le navire nous a embouti.' Il indique l'endroit où il y a une nouvelle pièce de bois dans la coque du bateau et une marque de coup dans le renforcement de la coque qui est en acier.

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embouti

'Les soldats israéliens criaient, ils nous insultaient et maudissaient l'Islam,' dit-il. 'Nous étions à moins de trois miles du port. Les Israéliens nous accusaient de vouloir dépasser la limite en profitant de l'obscurité. Ils nous ordonnaient de nous retirer à une limite de 2.5 miles,' dit M.

Koolah renchérit : 'Depuis 2005, la pêche est devenue un travail à haute risque à cause des tracasseries israéliennes. 'En 2007, ce chalutier fut gravement endommagé par des tirs israéliens. Le coût des réparations s'est élevé à environ 20'000 $. En 2008, nous avons perdu beaucoup de notre équipement et de nos filets dans les attaques israéliennes.'

Koolah a dix enfants, dont trois à l'université. Les réparations de son bateau vont lui coûter deux mois sans salaire. 'Ce bateau fait vivre dix-sept personnes, pas seulement moi et ma famille. Elles et leurs familles sont toutes affectées par cette situation.'

Tous les jours, les 4'000 pêcheurs de Gaza partent en mer sous la menace des assauts de la marine israélienne alors même qu'ils ne sont ne sont coupables d'aucune provocation. 'A trois miles, l'eau n'est pas assez profonde. Les gens nagent à cette distance de la terre. Nous avons besoin de pêcher à une distance de 10 à 20 miles, comme par le passé,' dit M. Ces jours-ci, les pêcheurs de Gaza sont condamnés à une maigre prise de petits poissons qui vivent dans les eaux polluées par les eaux usées des égouts gazaouis. Les poissons vivant à au moins 6 miles nautiques sont plus nombreux et de meilleure qualité.

'Entre mars et juin, de grands bancs de sardines migrent dans les eaux à plus de dix miles nautiques de la côte palestinienne,' dit Nizar Ayash, directeur du Syndicat des Pêcheurs Gazaouis. 'Il y en a beaucoup, bien assez pour tous les pêcheurs et ils étaient traditionnellement la source la plus avantageuse de protéines de qualité.'

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La seule vie qu'il connaît Reuters/ I.A. Mustafa

Le CICR, dans une publication de mai 2011, décrit les pêcheurs de Gaza dont 90 % vivent au dessous du seuil de pauvreté : les plus pauvres gagnent moins de 100 $ par mois, en comparaison, il y avait 40% de pêcheurs en moins dans cette situation en 2008. 'Ces derniers cinq ans, au moins sept pêcheurs ont été tués par la marine israélienne,' dit Nizar Ayash. Selon lui, des dizaines de pêcheurs ont été blessés et plus de 300 arrêtés pendant qu'ils exerçaient leur métier dans des eaux palestiniennes. 'Mais ils continueront à pêcher. Ils n'ont pas d'autre choix.' »

Ndlt : le 21 juin, encore deux bateaux de pêcheurs ont été endommagés par des tirs à une distance de deux miles nautiques de la côte gazaouie, selon le Centre palestinien des droits humains (PCHR).

Commentaires

Merci, Carol, de nous transmettre ces énormités, même si elles sont atroces à regarder en face.
Comment Israël peut-elle se considérer une démocratie quand elle agit comme une dictature sur tous ceux qui ne lui ressemblent pas?
bon dimanche à vous!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 26/06/2011

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