15/08/2011

Gagner sa vie à Gaza sous le siège

Le dernier article du blog de la canadienne Eva Bartlett décrit la difficulté de gagner son pain pour beaucoup de Gazaouis. Les habitants de Gaza se réfèrent pudiquement à « la situation », comme Abouna Manuel Musallam, responsable pour l'église catholique à Gaza entre 1995 et 2009 : « ...j'ai vu la majorité des enfants et leurs familles déployer une force extraordinaire pour s'adapter à la situation... Il y a ... chez beaucoup de Gazaouis, une ardente volonté de vivre ... » (pages 224 et 225, Curé à Gaza, un juste en Palestine ; entretiens avec Jean-Claude Petit, 2011). Voici la traduction de son article (l'original est en anglais). 

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un jeune garçon vend des douceurs sur la plage (photo : Emad Badwan)


 « Envie de travailler à Gaza sous le siège

Ville de Gaza, 12 août 2011 (IPS) par Eva Bartlett

C'est le matin un jour de semaine. La plage attend la foule à la recherche d'un répit contre la chaleur. Déjà, les vendeurs de jouets, de vêtements et de nourriture sillonnent les bords de mer.

Shariff Abu Kass, 27 ans, se promène le long de la plage de Sheikh Rajleen tous les jours, du matin au soir, avec de légers pantalons de sport sur chaque bras. 'J'ai deux enfants, c'est le seul travail que j'ai pu trouver, alors je le fais tous les jours. Normalement, je gagne environ 40 shekels (13$) par jour, mais ça marche mieux le vendredi puisqu'il y a plus de monde sur la plage.'

Avant qu'Israël impose le siège de Gaza, au milieu de l'année 2006, il y avait de meilleures alternatives de travail, mais depuis une décennie déjà, la fermeture des frontières a forcé des ouvriers palestiniens, dans la construction et d'autres métiers, à chercher un autre travail.

Le chômage n'a pas fini d'augmenter depuis des années dans la bande de Gaza. Actuellement, on compte plus de 45% chômeurs.

Abu Kass, qui travaillait autrefois en Israël, a accepté la première occupation venue pour remplacer le travail qu'il a perdu. 'C'était mieux dans la construction, mais il n'y a pas de possibilités ici.' dit-il.

Mohammed Daowul, 28 ans, suit Abu Kass sur la plage avec son cheval et son chariot plein de jouets bon marchés en plastique gonflable. 'Je fais ceci depuis dix ans. Avant, je travaillais comme tailleur à la ville de Gaza à l'époque que nous pouvions encore exporter des vêtements en Israël ou en Cisjordanie,' dit-il. 'Mais le bouclage des frontières et le siège empêchent l'exportation et l'importation des matériaux dont j'ai besoin. J'avais déjà un cheval, alors j'ai commencé à l'utiliser pour travailler.'

Les jouets de Daowul s'achètent entre cinq et dix shekels [1 shekel vaut 20 centimes suisses environ, ndlt].

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vendre des jouets en plastique pour joindre les deux bouts à Gaza

'La vie est difficile pour tout le monde maintenant. Il y a peu d'années, les parents achetaient un jouet pour chacun de leurs enfants. Maintenant, s'ils ont une grande famille, ils achètent seulement un jouet pour tous les enfants. Ils ne peuvent pas se permettre plus,' dit Daowul.

'Tailleur, je gagnais plus, et le coût de la vie était plus bas. Même si je gagne 50 shekels par jour, comme je gagnais il y a des années, tout est plus cher maintenant. Ce que je gagne n'est pas assez pour mes trois enfants, ma femme et moi-même, sans parler du cheval.' 

Dans le parc municipal de la ville de Gaza, Issa Ghoul, 19 ans, vend des amuse-gueules et des jouets pour faire face aux besoins de sa famille. 'J'ai arrêté l'école et commencé à travailler lorsque j'avais 14 ans. Mon père est mort quand j'étais petit et personne d'autre dans ma famille ne travaille,' dit Ghoul. Des enfants bien plus jeunes que lui naviguent entre les voitures aux feux. Pour un shekel, ils vendent du chewing gum, des bonbons ou des bouquets de menthe frais pour contribuer au revenu de leurs familles.

'Je ne trouve pas d'autre travail,' dit Ghoul. 'Ma mère est malade, ma petite sœur de 3 ans aussi, que puis-je faire d'autre sinon espérer de trouver des clients ?' 

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Issa Ghoul, vendeur au parc municipal de la ville de Gaza

La plupart de Palestiniens mettent une grande importance à leur niveau d'éducation et Ghoul n'est pas différent des autres, sauf que sa situation familiale ne lui a pas permis de poursuivre des études. 'J'aurais aimé finir l'école comme tout le monde, j'aurais aimé être enseignant.'

Le parc de Jundi au cœur de la ville de Gaza est un endroit animé où l'on trouve des vendeurs de thé et d'amuse-gueules. Dans un coin du parc, Mohammed Awaida, 15 ans, et son jeune frère, du quartier de Zeitoun, vendent des étuis en plastique pour téléphones portables. Ils les ont alignés sur une étagère improvisée. 'Nous avons commencé il y a quelques jours seulement, pour le mois de Ramadan,' dit Awaida. 'Nous venons le matin pour la journée, et notre père vient le soir. J'aime ce travail. C'est une aide pour ma famille. Le Ramadan est un mois où il faut faire des dépenses. Nous avons besoin de nouveaux vêtements pour l'école après le Ramadan.'

Au milieu du parc, Abu Fares, 38 ans, vend du café, du thé et des cigarettes étalés sur une table pliable. Il est là toute la journée. Autrefois, il travaillait dans le bâtiment en Israël. Maintenant, ce travail est son unique source de revenu. 'Nous sommes dix dans notre famille. Je fais ce travail depuis sept ans et maintenant, mon fils aîné Fares me seconde.' Il indique son fils de 10 ans, assis à ses côtés. Abu Feres a perdu un travail qui rapportait mieux, mais pas son sens d'humeur : 'Heureusement, je n'a pas besoin d'un permis pour m'installer ici. Si nous n'étions pas sous occupation, j'aurais probablement dû me procurer un permis.'

Abu Mohammed, la quarantaine, de Beit Hanoun, vend le barad, boisson rafraichissant. Il le garde au frais dans un appareil frigorifique posé dans le panier de sa bicyclette. Une tasse coûte un shekel.

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Abu Mohammed vend du barad

Des enfants et des adultes fouillent dans les ordures ainsi que dans des terrains vagues remplis de déchets, où ils trouvent des bouteilles et d'autres objets recyclables. Ils les mettent dans de grands sacs en toile. Un de ces travailleurs, Abu Sobheh, 42 ans, se rappelle les jours où il pouvait travailler en Israël : ' Je suis mécanicien et j'ai travaillé partout en Israël et en Cisjordanie. Je gagnais bien ma vie à l'époque. Puis, lorsqu'ils ont fermé les frontières, j'ai travaillé nos terres familiales. Mais les israéliens ont rasé nos terres avec des bulldozers plusieurs fois. Maintenant, je fais n'importe quoi pour subvenir aux besoins de mes dix enfants' dit-il.

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On ramasse des objets en plastique pour les revendre (photo : Emad Badwan)

Partout dans la bande de Gaza, c'est la même histoire : des enfants assument des responsabilités d'adultes pour aider leurs familles ; des adultes ne peuvent pas utiliser leurs compétences dans le travail qu'ils exercent, mais acceptent n'importe quelle occupation pour gagner un minimum. Les adultes se rappellent des jours moins durs, lorsque les frontières étaient ouvertes et on a permis l'existence d'une économie. Les enfants apprennent la vie sous l'occupation. »

16:49 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, plage, siège, travail, chômage, enfants, israël, occupation | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Comme quoi Mme deux neurones raconte n'importe quoi afin d'être la meilleur antisémite des blogs de la TDG..Il est vrai que la place est à prendre...

Allez vous coucher, vous devenez une nuisible pour la TDG.

Écrit par : Pierre NOËL | 16/08/2011

Loin de la propagande hasbariste, informez-vous sur la situation réelle en Palestine occupée depuis plus de 64 ans à travers les yeux de soldats « repentis »de Tsahal de « Breaking the silence » (http://www.breakingthesilence.org.il/ ) avec son courageux président Yehuda SHAUL, 28 ans.

Il y a de nombreuses vidéos sur cette association de courageux descendants de Juifs ou de Khazars qui, un jour, iront peut-être plus loin dans leur prise de conscience de l’illégitimité congénitale et néo-natale éthique et juridique de l’anomalie étatique sioniste.

http://www.centpapiers.com/l%E2%80%99anomalie-etatique-sioniste/42998

Écrit par : Palestinophile | 16/08/2011

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