26/06/2012

Le français prospère à Gaza

Voici des nouvelles fraiches de la faculté de français à l'Université d'Al Aqsa. Nos remerciements chaleureux au journaliste français Grégory Philipps.

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"Ce jour là, ils sont une dizaine d'étudiants réunis au sein du département de français de l'université Al-Aqsa de Gaza. Autour de la table, des jeunes gens et des jeunes filles : le département de français bénéficie d'une tolérance de la part de la direction de l'université et a le droit de proposer des cours mixtes. Ils sont venus pour un atelier radio et écriture journalistique, imaginé par le responsable du département Ziad Medoukh. Et l'on ressort de cette session impressionné d'une part par le niveau de français de ces étudiants, dont beaucoup ne sont jamais sortis de Gaza. Et ravi de leur curiosité, heureux de répondre à leurs questions sur Paris, la France, le fonctionnement des médias français, et la manière dont nous traitons le conflit israélo-palestinien.

Parmi les étudiants les plus doués, il y a Amir qui ce jour là porte un tee-shirt sur lequel est inscrit : « je suis d'humeur palestinienne ». C'est avec des mots choisis que le jeune homme de 22 ans raconte le blocus qu'Israël impose à son territoire depuis 2006 : « quand il n'y a plus d'électricité et que je dois organiser mes journées en fonction des coupures, j'ai l'impression que quelqu'un d'autre dirige mon destin ». Il y a aussi Nabila, née en Algérie et arrivée à Gaza avec ses parents à l'âge de 16 ans. Elle raconte la difficulté d'être femme à Gaza, et les pressions chaque jour plus fortes d'une société de plus en plus conservatrice. Mais la jeune femme ne quitterait Gaza pour rien au monde car, dit-elle, « il y a un secret à Gaza. Malgré toutes les difficultés, politiques, économiques, sociales, nous gardons le sourire. Il y a ici une solidarité exemplaire. Et chez les gazaouis une faculté à surmonter les épreuves, et à s'accommoder des difficultés du quotidien ».

Ce sourire, il est quasi permanent chez Ziad Medoukh. C'est lui qui dirige ce Département de Français, ainsi que le Centre de la Paix de cette université. Medoukh est le premier palestinien à avoir été fait Chevalier de l'ordre des Palmes Académiques de la République Française, c'était l'an passé, pour son engagement en faveur de l'enseignement du français. Il vient de publier chez l'Harmattan un recueil de poèmes que je vous recommande

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A propos de la présence française à Gaza, vous pouvez aussi lire l'excellent papier de ma consœur de Libération Sylvie Briet sur le Centre Culturel Français. « Dans un territoire soumis au Hamas, et au blocus israélien, écrit-elle, l'institution, unique en son genre, est devenue un havre rare, qui s'agrandit ». Très bonne description du travail et de l'enthousiasme du directeur du CCF Jean Mathiot qui depuis trois ans travaille dur pour faire de cet endroit un lieu de rencontres et de culture.

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La France est le seul pays à avoir ouvert un centre culturel à Gaza, et Mathiot est le seul étranger vivant sur place avec un statut diplomatique. Bientôt, le centre va déménager et s'installer dans un bâtiment plus spacieux, actuellement en construction. Malheureusement le contrat de l'actuel directeur arrive à terme à la fin de ce mois, et le quai d'Orsay peine à trouver un remplaçant, aussi motivé et énergique que Jean Mathiot.

Notez que le CCF qui enseigne le français à 600 jeunes gazaouis a en partie inspiré le film de Thierry Binisti Une bouteille à la mer déjà évoqué ici et sur les antennes de Radio France."

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09:34 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : français, université al aqsa, radio, journalisme, gaza, palestine, ziad medoukh | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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