23/09/2012

Les Conventions de Genève, ont-elles un sens ?

Les petits fermiers de la bande de Gaza qui ont la malchance de vivre près de la frontière israélo-palestinienne vivent des enfers depuis une dizaine d’années. Les incursions imprévisibles, dévastatrices, de l’armée israélienne anéantissent des familles entières et tout un petit monde. Le Centre palestinien des droits humains raconte l’histoire concrète et récente de cette destruction insensée et délibérée. L’information peut-elle servir à changer la situation ? Ces attaques font-elles partie des prérogatives acceptables d’une armée dite de défense ?


 « Vies occupées : rien ne reste à espérer 

18 septembre 2012

 

Youssef Abu Mghasib, 38 ans, est propriétaire de 10 dunums [1 dunum = 919 m2 ndlt] de terres à Deir Al Balah, au milieu de la bande de Gaza, en retrait des 300 mètres de la zone tampon imposé unilatéralement par l’Etat d’Israël. Il cultive des olives et des légumes pour subvenir aux besoins de sa famille : sa femme, ses neuf enfants, sa sœur et sa mère. Leur maison se situe à 400 mètres de la ferme. Le 12 juin 2012, l’armée israélienne a ravagé ses terres à l’aide de bulldozers.

Youssef se rappelle de ce jour : ‘J’arrosais des plantes à la ferme lorsque j’ai entendu le bruit de bulldozers et de tanks. J’entendais aussi des tirs à balle rapprochés. J’avais très peur, alors j’ai couru à la maison. Les bulldozers sont arrivés. Ils ont déraciné tous mes oliviers, ils ont écrasé toutes les légumes. Ils ont complètement détruit le système d’irrigation. Tout y a passé. Puis, quatre jours plus tard, ils sont revenus avec leurs tanks, et ils ont nivelé les terres jusqu’à ce qu’elles soient parfaitement aplaties. 

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Youssef Abu Mghasib

 

Suite à la destruction de ses terres, la famille d’Abu Mghasib vit dans le chaos financier et émotionnel : ‘Je me suis senti totalement dévasté lorsqu’ils ont passé ces bulldozers sur ma ferme. Je cultive ces terres depuis 2001, l’année où mon père est décédé et me les a léguées. Elles avaient déjà été détruites pendant la deuxième Intifada [c’est-à-dire, l’année auparavant ndlt], mais j’avais travaillé dur pour replanter les oliviers et pour installer un système d’irrigation. Lorsque les bulldozers ont commencé à travailler, ma mère est devenue folle : elle criait et pleurait, on a dû l’amener d’urgence à l’hôpital. Ma femme aussi est devenue hystérique.’

La perte des terres et de l’équipement d’Abu Mghasib est estimé à 20,000 $ américains. Dit-il : ‘Mes terres ne sont même pas à l’intérieur des 300 mètres considérés comme faisant partie de la zone tampon, mais ils les ont détruites. Mes tuyaux d’irrigation sont maintenant hors service. Ces terres servaient à nourrir ma famille et à rapporter de la vente au marché. Je n’ai aucune autre source d’argent en ce moment ni aucun autre métier. Je gagne quelques shekels de temps à autre en travaillant pour d’autres paysans. La vie depuis le 12 juin est dure. J’avais fait un emprunt avant la destruction de mes terres afin de reconstruire la ferme. Maintenant, je ne peux pas le rembourser. Mes voisins m’ont donné du blé puisque nous n’avions rien à manger, mais il ne va pas nous nourrir pour toujours. [La famille Mghasib est originaire de Gaza, à l’encontre des réfugiés installés à Gaza qui, eux, ont droit à l’aide alimentaire de l’UNRWA ndlt] Cela me fait mal quand je ne peux même pas acheter des cartables d’écolier pour mes enfants.’ 

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La famille Abu Mghasib

Youssif se dit résigné à une vie de pauvreté sans issue, il n’entrevoit pas de l’espoir pour lui-même ni pour sa famille. ‘Les enfants sont très conscients de notre situation et des problèmes que nous devons affronter. Ils m’ont dit qu’ils veulent juste avoir une vie normale. Moi, aussi, c’est ce que je veux, mais je suis en ce moment dépourvu de tout espoir. Je lutte pour trouver de la nourriture et des vêtements  pour ma famille. Ceci me pèse énormément, et je ressens beaucoup de colère et de tristesse. Toute la journée, je ne pense qu’à comment je peux faire pour ma famille. Mes enfants, ne méritent-ils pas des sucreries comme d’autres enfants ? Ils ne me demandent strictement rien maintenant puisqu’ils savent que nous n’avons rien. Je n’ai nulle part d’autre où aller. Je sais que, même si je replante, Israël va revenir et me l’enlever. Chaque jour est pire que le précédant. Que reste-t-il à espérer ?’

Selon le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, le fait de diriger intentionnellement des attaques contre la population civile constitue un crime de guerre [Article 8 (2) (b) (ii)]. De la même manière, l’article 53 de la Quatrième Convention de Genève interdit la destruction des biens des personnes privées sauf dans les cas où ces destructions seraient absolument nécessaires par des opérations militaires. Des attaques répétitives dans la zone tampon contre des biens privés violent plusieurs dispositions des droits humains, notamment l’Article 11 (1) du Pacte internationale relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, qui garantit le droit de toute personne à un niveau de vie suffisant pour elle-même et sa famille.

 

Cliquer ici pour voir une vidéo par Ahmad Eslayeh.

 

Pour plus d’information, on peut téléphoner au bureau du PCHR dans la ville de Gaza : + 972 8 2824776 – 2825893. E-mail : pchr@pchrgaza.org »

Commentaires

Bravo, Carol, pour votre fidélité à défendre l'insoutenable!
Les Israëliens se plaignent des roquettes mais de telles incursions sadiques, sans défense possible de la part des fermiers, est bien pire car elle concerne l'existence future toute entière d'une famille et des arbres sacrés.
De tels actes sont indignes de la part d'un pays qui veut nous faire croire à leur démocratie et leur modernité. C'est du pur colonialisme sauvage.
Le commandement divin "tu ne tueras point" est ainsi diaboliquement contourné en tuant à petit feu autrui dans ses terres, son travail et sa dignité.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 23/09/2012

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