29/10/2012

Les Six Fleurs de Gaza

Partout à l’intérieur des maisons de Gaza, on trouve des touches délicates de travaux à la main. Les auteurs restent souvent anonymes. Rami Almeghari a parlé avec six jeunes femmes qui perpétuent l’art de la broderie palestinienne tout en l’adaptant au monde contemporain. Almeghari, enseignant le journalisme à l’université, décrit le monde de beaucoup de femmes de Gaza avec une grande sensibilité.   

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 détail d’une broderie palestinienne de Gaza (photo Carol)


  « ‘Les 6 Fleurs’ maintient la tradition de l’artisanat palestinien en y ajoutant un brin de modernité

 Rami Almeghari, The Electronic Intifada, Gaza City, 23 octobre 2012

Elles s’appellent Les 6 Fleurs. Ce ne sont pas des fleurs qui poussent dans un jardin, mais vous pouvez les trouver dans une rue non goudronnée dans le quartier al-Tuffah (la Pomme ndlt), Gaza City.

Dans une maison familiale de deux étages entourée d’arbres fruitiers, six sœurs passent leur temps à créer de la broderie traditionnelle palestinienne en y incorporant leurs propres dessins et innovations.

Il s’agit de Nour, jeune mariée de 26 ans ; Budour 23 ans, diplômée en sciences humaines; Nadreen, 24 ans, diplômée des Beaux Arts ; Basma, diplômée en santé publique; Aya, 19 ans, étudiante en analyses médicales et Heba, 17 ans, lycéenne…

Budour Nahid Shushaa est responsable de la page Facebook (The 6 flowers) ‘Les 6 Fleurs.’ Nadreen dessine les différents objets : des fourres de coussins, des nappes, des portefeuilles et des sacs à main, des plateaux, des pantoufles, des chaussons de bébé et des couvertures, des cadres et des créations originales uniques d’images et/ou messages. C’est Nadreen qui sélectionne soigneusement la laine et les différentes couleurs et prépare tout le matériel.

‘Depuis huit ans, nous travaillons l’artisanat à la maison pour être actives et produire quelque chose,’ dit Badour. … ‘Assises sur notre balcon, nous avons décidé de créer une page Facebook et de lui donner le nom : les 6 Fleurs.’

Nour, qui a étudié l’informatique, était récemment l’invitée à une émission à la télévision gazaouie. Elle a expliqué que la situation extrême du chômage à Gaza [59 % parmi les jeunes, selon l’UNWRA ndlt] a poussé les sœurs à trouver un moyen pour gagner leur vie en attendant de trouver un travail. Même après avoir trouvé un job, Nour continue à broder.

La page Facebook aide les sœurs à élargir leur clientèle. Sur leur page, on peut voir des images de leur travail et des vidéos de différents entretiens télévisés. artisanat, palestinien, Gaza, les 6 fleurs, chômage, broderie, tradition culturelle

Budour, Nadreen et Basma Shushaa au travail chez elles (Rami Almeghari / The Electronic Intifada)

L’artisanat est prisé dans la bande de Gaza : on aime échanger des cadeaux faits à la main. Badour, qui se charge des contacts avec les media, se réjouit que le travail des Shushaa est aussi connu et apprécié aux Etats-Unis et dans les pays du Golfe, grâce à des membres de la famille qui achètent leur production. Hiba fait des étuis pour des téléphones portables, parmi d’autres choses. Elle aime faire ce travail : ‘Pour moi, il n’y a rien de plus beau que le patrimoine culturel palestinien de création artisanale : broder n’est pas simplement une façon de m’occuper, mais une manière d’exprimer mon identité.’

Le travail des sœurs est affiché aux murs du living de leur père, Nahid Shushaa – ce salon est également leur atelier. Aya montre du doigt certaines des créations originales– il y a une clé, le logo de l’organisation ONG de Rajeen, qui symbolisent le droit de retour. Aya a brodé un bateau arborant le drapeau palestinien, inspiré par l’attaque israélienne sur la flottille pour Gaza en 2010 : ‘Ceci évoque les bateaux du convoi pour la paix, qui a essayé de briser le siège de Gaza,’ dit- elle.

‘Un objet peut nous prendre deux mois,’ dit Nadreen. ‘Puis, il nous est arrivé de nous trouver au milieu de ce travail avec une certain couleur qui nous manquait – alors, maintenant, nous planifions bien en avance pour avoir tout ce qu’il faut sous la main avant de commencer un ouvrage.’ 

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détail de broderie gazaouie (photo Carol)

Nadreen ajoute que les occasions de vente sont minces à Gaza. Il n’y a que rarement des expositions destinées à la vente. Le coût de la fabrication de certains ouvrages les limite aussi. Elle donne l’exemple des sacs brodés pour ordinateurs qu’elles ont imaginé pour combiner le traditionnel et le moderne. Elles doivent donner leurs travaux à une autre personne pour les finitions, ce qui rend le prix de vente trop élevé pour beaucoup de clients potentiels…

Les 6 Fleurs rêvent de pouvoir disposer d’un espace à elles comme atelier et comme lieu d’exposition. Elles ont aussi envie de pouvoir offrir une formation et donner de l’indépendance à d’autres femmes dans le besoin, mais pour le moment il leur manque de la place pour faire ce travail.

Nahid Shushaa, père des six sœurs, un employé des travaux publics de l’Autorité palestinienne à la retraite, est fier de ses filles. ‘J’ai aidé mes filles à obtenir leur permis de conduire, je leur prête ma voiture quand elles ont besoin de transporter leur matériel,’ dit-il. ‘Si on élève ses filles à devenir fortes, elles n’auront rien à craindre, même dans les circonstances les plus dures,’ affirme Abu Mustafa. Mustafa, 16 ans, est le plus jeune des sept enfants Shushaa.

La grand­­-mère des 6 Fleurs, Umm Nahid, environ 80 ans, reste près de ses petites filles lorsqu’elles travaillent. ‘Quand j’étais jeune, avant de déménager de Naplouse [en Cisjordanie] à Gaza en 1945,’ j’étais une brodeuse accomplie, exactement comme mes petites filles,’ dit-elle. Elle se rappelle : ‘J’avais l’œil pour faire le bon choix des motifs et des couleurs des décorations et des objets de notre artisanat palestinien,’ dit-elle, ‘et je continue d’aider les filles dans la composition des couleurs.’

Encouragées par toute leur famille, les 6 Fleurs continuent la tradition palestinienne en y ajoutant un brin de vingt et unième siècle. »

Commentaires

Magnifique histoire. S'il y avait quelqu'un qui pouvait donner le même courage aux femmes Rom, ce serait génial. Elles aussi semblent perdre leur identité mais plutôt à cause de la misère, quoiqu'on leur fait aussi la guerre.

Écrit par : NIN.À.MAH | 30/10/2012

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