16/11/2012

« Qu’est-ce qu’ils veulent de nous ? »

 Le fils du journaliste Rami Almeghari lui donne à réfléchir.

 «Mon fils me demande ce que les Israéliens veulent de nous

 Rami Almeghari, The Electronic Intifada, bande de Gaza, 15 novembre 2012

 

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 Les Palestiniens de Gaza aspirent à une vie normale et de pouvoir élever leurs enfants dans la sécurité (Photo Ashraf Amra / APA images)


‘Qu’est-ce qu’ils veulent de nous ? Mais qu’est-ce qu’ils veulent de nous ?,’ demande mon fils Munir, qui a maintenant 13 ans. Je revenais d’un tour pour des raisons professionnelles dans les villages à proximité de nous ici à Gaza. C’est la deuxième journée des attaques massives israéliennes. Je suis journaliste.

Depuis l’assassinat israélien d’un chef militaire du Hamas hier après-midi, je suis les nouvelles. J’ai notamment écrit l’histoire d’Ahmad Abu Daqqa, 13 ans, tué par un tir dans le ventre par un soldat israélien la semaine passée pendant qu’il jouait au football à l’extérieur de sa maison à Khan Younis.

Munir et Ahmad sont des écoliers tous les deux, chacun avec sa passion. Pour Ahmad, c’était le football ; pour Munir, c’est le journalisme, tout comme pour son père. Munir vient toujours vers moi soit pour me raconter des nouvelles, soit me poser une question. Les deux garçons ont grandi dans les conditions dures et insupportables à Gaza. Ayant le même âge et partageant la même vie, ils posaient tout naturellement la même question : ‘Qu’est-ce qu’ils veulent de nous ?’

Ahmad a déjà reçu la réponse. Il était tué jeudi passé lorsqu’une balle israélienne a déchiré son petit corps.

Entretemps, Munir s’indigne de voir l’intensité des frappes aériennes sur Gaza : il a peur pour son frère, ses deux sœurs, sa mère et les autres membres de la famille à chaque explosion forte. Il exige une réponse authentique de son père journaliste.

J’ai cherché en moi une réponse qu’il pouvait comprendre.

Mon désir de paix

J’ai toujours cru en la paix. La coexistence a toujours été une valeur pour moi, et j’ai évité la violence systématiquement. Lorsque j’étais jeune comme Munir, la première Intifada de 1987 a éclaté. Depuis, j’ai toujours été de l’avis que j’ai le droit comme être humain de vivre dans la liberté dans un endroit qui contribue à mon bien-être.

C’était à cette époque que la Secrétaire générale des Nations Unies Javier Perez de Cuellar est venue dans la bande de Gaza sous occupation pour effectuer une mission d’observation. J’ai pris un balai et j’ai commencé à nettoyer la porte de la maison de ma famille dans la petite ville de Maghazi au centre de la bande de Gaza. Un vieux voisin, Ibrahim Mansour, m’a vu en train de travailler. ‘Ah,’ exclama-t-il : ‘Je vois que tu es en train de faire tout propre pour l’envoyé de l’ONU qui va passer par ici.’ Je lui ai dit que oui, je voulais que ces gens voient que nous sommes une nation qui aime la vie !

Ceci a véritablement été mon rêve. J’ai été au septième ciel quand j’ai eu l’occasion de faire partie d’un programme de formation dans les media sponsorisé par l’ONU dans la ville de New York en 2001. J’ai été ravi de pouvoir discuter avec des fonctionnaires des Nations Unies, y compris Kofi Annan, qui était Secrétaire générale à cette époque. J’ai raconté mon histoire du balai à Salim Fahmawi, le responsable du Centre pour la Palestine et la décolonisation. C’est lui qui organisait notre formation.

Ne rêvez même pas de rêver

Pour revenir à la question de Munir. Malgré le fait que je crois avec tout mon être dans le pouvoir de la paix par rapport à celui de la guerre, je me sentais obligé de répondre à mon fils en toute honnêteté : ‘Ce qu’ils veulent ?,’ m’exclamai-je. ‘Ce qu’ils veulent, c’est de nous enlever notre humanité, nous priver de notre rêve de vivre une vie normale comme les autres nations et de nous jeter dans la mer.’

Munir a reçu une réponse abstraite qu’il risque de ne pas comprendre à l’instant. Il est au stade de collectionner des images sans encore les transformer en faits et en chiffres. Pourtant l’enfant mort Ahmad Abu Daqqa et sa famille ont reçu une réponse on ne peut plus claire de Israéliens eux-mêmes : ‘Tu n’as pas le droit de jouer au football, même sur le pas de ta porte. Tu n’as pas le droit de t’amuser. Tu n’as même pas le droit de vivre.’

Munir doit maintenant rester enfermé à l’intérieur de sa maison à regarder la télévision avec son frère Muhammad et ses sœurs Aseel et Nadine en compagnie de leur maman Um Munir. L’écran montre des images horribles de l’escalade israélienne actuelle.

Munir et Muhammad ne peuvent même pas jouer sur l’ordinateur. J’en ai besoin pour faire mon travail, en pleine tension, bourré de soucis.

Attendez un instant ! Munir vient de me dire que le passage de Rafah du côté égyptien sur la frontière sud de Gaza va être ouvert pour acheminer des blessés de la bande de Gaza afin qu’ils puissent être soignés dans des hôpitaux en Egypte !

Rami Almeghari est journaliste et chargé d’enseignement dans une université dans la bande de Gaza. »    

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