29/11/2012

Dans le deuil, au-delà de l’oubli

Lundi, 26 novembre, deux civils – Sabah al-Sakafi et Ahmad Mashharawi – sont morts des blessures conséquentes à l’Opération israélienne Colonne de Nuées menée entre le 14 et le 21 novembre. Ali Mashhawari, 52 ans, a perdu un fils, un petit fils, et une belle fille enceinte de jumeaux. « Mes enfants de sont pas des terroristes, » dit-il. Les morts de la famille Mashhawari a retenu l’attention de la BBC: Jehad, employé de la BBC à Gaza, avait perdu son fils Omar, 11 mois, le 14 novembre dans une boule de feu qui a détruit la maison familiale. Son frère Ahmad avait essayé de sauver le bébé des flammes. Jon Donnison, journaliste à la BBC, raconte :


 « 26 novembre 2012 « Le bébé de Gaza ‘ne savait que sourire’

BBC News Magazine

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Le père d’Omar Mashhawari tient le corps de son bébé dans ses bras

 

Mon ami et collègue Jehad Mashhawari est d’habitude le dernier à quitter notre bureau à Gaza. Il travaille dur mais parle doucement, restant tard pour terminer son bouleau sur son laptop. Jehad reste imperturbable lorsque d’autres comme moi flippent autour de lui. Il est responsable de l’édition de nos films vidéo, un parmi plusieurs collègues du Service arabe local qui font vivre la BBC.

Mais il y a deux mercredis, à peu près une heure après l’assassinat du commandant militaire du Hamas Ahmed al-Jabari, Jehad est sorti de la salle d’édition en hurlant. Il s’est précipité dans l’escalier en tenant sa tête entre ses mains, son visage déchiré de douleur. Il venait de recevoir un téléphone d’un ami qui lui avait annoncé que l’armée israélienne avait bombardé sa maison en tuant son fils de 11 mois, Omar.

La plupart des pères vous diront que leurs enfants sont beaux. Omar était un enfant qui sortait d’un livre d’images. Debout dans les décombres de sa maison cette semaine, Jehad me montre une photo sur son téléphone portable. Je vois un petit garçon joufflu qui porte une salopette en jeans. Assis dans son pousse-pousse, il rigole. Ses yeux sont noirs, ses cheveux bruns tout fines sont brossés pour dégager son front. ‘Il  ne savait que sourire,’ me dit Jehad. Nous deux, nous luttons pour retenir nos larmes. ‘Il savait dire juste deux mots – « Baba » [« Papa » en arabe ndlt] et « Mama », continue Jehad.

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 Omar

Il y a une autre photo sur le téléphone de Jehad, un petit corps hideux. Le visage souriant est presque totalement brulé, ses cheveux fondus dans le cuir chevelu.

La belle-sœur de Jehad était tuée aussi. ‘On n’a pas encore trouvé sa tête,’ dit Jehad. Son frère Ahmad, très gravement brulé, a succombé à ses blessures à l’hôpital plusieurs jours après.

Jehad a un autre fils, Ali. Ali a quatre ans. Il n’arrête pas de demander où est parti son petit frère.

Onze membres de la famille Mashhawari vivaient dans la petite maison en parpaing dans le quartier de Sabra de Gaza City. Cinq personnes dormaient dans une chambre. Les lits sont juste bons pour être brûlés pour du charbon maintenant. Dans les placards, il y a des piles de vêtements d’enfant, tous brûlés. Sur les étagères de la cuisine, il y a des rangées de bocaux en plastique plein d’herbes et d’épices palestiniens. Leurs formes sont déformées comme si elles étaient réfléchies dans un miroir de fête foraine. Puis, dans l’entrée, il y a un trou de deux mètres dans le mince toit en métal déchiré par le missile sur son trajet.   …

La BBC s’est rendue cette semaine sur d’autres lieux où des bombes sont tombés. Les dommages ressemblaient de près aux dégâts faits par le feu dans la maison de Jehad.

Israël a confirmé avoir procédé à des « frappes chirurgicales » dans ces endroits. Comme pour la maison de Jehad, il y avait peu de dommages structuraux, mais les victimes en sortaient avec des brûlures massives et fatales.

Omar n’était pas un terroriste.

Il va sans dire que tout mort civil de chaque côté est tragique – pas uniquement celle d’Omar.  Selon les premières investigations des Nations Unies, 103 des 158 personnes tuées étaient des civils, dont 30 enfants. Douze de ces enfants avaient moins de dix ans. Plus de mille personnes ont été blessées.

Mark Regev, porte-parole du gouvernement israélien, a déclaré que chaque non-combattant tué ou blessé était tragique et ‘un échec opérationnel’. Il y a eu des fatalités en Israël aussi: 4 civils et 2 soldats. Il y avait aussi beaucoup de blessés. Mais le Service ambulancier israélien inclut dans ses statistiques des personnes souffrantes de l’anxiété et des hématomes. La nature asymétrique du conflit est évidente. …

Avant de quitter Jehad où il était assis autour d’un feu avec d’autres venus lui présenter leurs condoléances, je lui ai demandé – peut-être bêtement – s’il était fâché par la mort d’Omar. ‘Très, très fâché,’ m’a-t-il répondu, sa mâchoire tout crispé en regardait les photos sur son portable. Jamais mais jamais ai-je connu cet homme même lever sa voix en colère.

Après une semaine où je n’ai eu un seul moment pour penser, Jehad et sa famille ne quittent pas mes pensées. Il m’a surpris totalement quand il m’a dit que lui, il pensait à moi et à tous les autres de l’équipe de la BBC. ‘Je regrette vraiment, Jon,’ que je devais m’absenter et que je n’étais pas là pour vous aider avec votre travail,’ me dit-il avant que l’on se quitte en s’embrassant. »

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