07/12/2012

Cessez-le-feu à sens unique

Le cessez-le-feu à Gaza n’est pas pris au sérieux par l’armée israélienne. Dans l’accord de cessez-le-feu à Gaza, Israël a promis de « ne pas restreindre le libre déplacement des résidents et de s’abstenir de tirer sur des résidents le long de la frontière ». Les habitants des régions près de la zone tampon se sont réjouis. Ils se sont trompés. Entre le 22 et le 30 novembre, le Centre palestinien pour les droits humains (PCHR) a annoncé que deux Palestiniens ont été tués et 42 personnes blessées, dont 7 enfants, par des tirs le long de la frontière entre Israël et Gaza.

 

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Zone tampon à l’est de Khan Younis 23 novembre 2012 (Eyad al Baba/APA images)

 


Ces informations ne figurent que rarement dans la presse écrite francophone ces deux dernières semaines. Elles se trouvent facilement sur les sites Internet suivants : PCHR, In Gaza, Ma’an, BBC, Reuters, Al-Jazeera, Global Issues, The Boston Globe, The New York Times, l’IPS, etc.

Ce sont de petites gens qui subissent les tirs de l’armée le long de la frontière au nord, au sud et à l’est : des jeunes de familles pauvres, des paysans et des gens qui ramassent du gravier pour gagner quelques sous. Aucune des victimes n’était armée.

 

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Des soldats regardent les jeunes le long de la barrière dite de sécurité, 23 novembre 2012 (Said Khatib/AFP/Getty Images)

Le 22 novembre, Haithem Abu Dagga, 26 ans, a subi une blessure à la jambe. Un résident d’Abassan, une région agricole à l’est de Khan Younis, Abu Dagga se trouvait près de la barrière située ‘à environ 30 mètres à l’intérieur des terres palestiniennes’. Il a vu ‘huit soldats’ qui ‘s’approchaient de la barrière électrique’ [construite en 1995 ndlt]. Ils ont tirés à une distance de 5 mètres. Abu Dagga, paysan et électricien, a la charge de sa femme et de leurs 5 enfants, sa mère, son père et une sœur.    

 

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Haithem Abu Dagga dont le tibia a été fracassé (photo Eva Bartlett)

 Le 23 novembre, Anwar Abdul Hadi Qudaih, 20 ans, se promenait sur les terres de sa famille près de la barrière à l’est de Khan Younis. Plusieurs paysans voulaient faire de même. Qudaih est mort d’une balle tirée dans la tête. Vingt-cinq autres personnes ont été blessées alors qu’elles s’indignaient suite à cet incident.

 

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Un policier du Hamas retient la foule à la frontière de Khan Younis après la mort de Qudaih (Oliver Weiken/European Pressphoto Agency)

 Le 28 novembre, Mahoud Naïm, 21, a eu plus de chance qu’Anwar. Il était dans un groupe de 15 amis au nord de la bande de Gaza. ‘Nous nous sommes rendus sur la terre de ma famille près de la barrière, juste pour boire du thé et prendre l’air,’ dit-il. ‘Nous y étions allés deux jours auparavant sans rencontrer aucun problème … pas de tirs … pas de soldats. Je ne sais pas pourquoi ils ont tiré sur nous ce jour-là.’

 

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Mahmoud Naïm (Eva Bartlett)

Le même jour, Hassar Ahmad Nseir, 27, a été blessé par un tir dans la jambe lorsqu’il ramassait du gravier et des morceaux de métal près de la frontière.

Le 30 novembre, Mahmoud Jaroun, 21 ans, a été tué à par des militaires israéliennes alors qu’il grimpait sur la barrière à Rafah avec un drapeau du Hamas. On lui a tiré une balle dans la tête. L’armée a blessé onze autres personnes le long de la frontière ce même jour.

Le 3 décembre, Jihad Sawarka, 16 ans, ramassait du gravier à l’est du camp des réfugiés d’al Bureij. Un tir l’a blessé.

L’arbitraire est de mise aussi dans les évènements suite à l’annonce du gouvernement israélienne que la limite pour des bateaux de pêcheurs serait agrandie de 3 à 6 miles nautiques [Les accords d’Oslo avaient établi la limite à 20 miles nautiques, Israël l’a systématiquement réduit depuis 1994 ndlt]. Depuis le 28 novembre, les agressions contre des pêcheurs et leurs bateaux à l’intérieur de la limite de 6 miles ont vu 29 pêcheurs arrêtés, dont un encore en prison, et 9 bateaux confisqués et endommagés, dont un totalement détruit.

Selon Mahar Alaa, un pêcheur de 40 ans, Mohammed Morad Baker, a refusé de se déshabiller et quitter son bateau à la nage jusqu’au bateau israélien. En regardant le capitaine israélien droit dans les yeux, il lui a dit : ‘Vous pouvez me tirer une balle dans la tête avant que je ne saute à l’eau.’ Sur ce, il a enveloppé le moteur de son bateau de son corps pour le protéger des tirs. On ne l’a plus inquiété.

 

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Bateau israélien patrouillant le long de la côte de Gaza

(Joshua Brollier)

 Aucune roquette contre Israël n’a été tirée depuis le cessez-le-feu. Sans voix, sans espoir de justice, les petits citoyens de Gaza sans importance continuent à survivre à une situation incertaine alors qu’ils n’aspirent qu’à une vie normale. Mais, comme dit la photographe Anne Paq qui vient de quitter Gaza après un séjour d’un mois, rien n’est normal à Gaza en ce moment.

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