27/01/2013

Des chamelles et des hommes

« Les chameaux sont des animaux calmes et sympathiques tant qu’on leur donne un grand espace pour évoluer et manger toute l’herbe qu’il leur faut, » selon un éleveur gazaoui de chameaux. Rami Almeghari raconte la vie des chameaux à Gaza pour l’Electronic Intifada. 

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 Chameau dans une ferme au nord de la bande de Gaza (Ahmed Deeb)


  « Peu de pâturage pour les chameaux de Gaza en raison du vol des terres par Israël

Par Rami Almeghari, bande de Gaza, 23 janvier 2013

Des éleveurs de chameaux d’al-Mosadar, village dans la partie centrale de la bande de Gaza, entoure Talal al-Talbani pendant qu’il parle des bienfaisances du lait de chamelle. Il fut un remède efficace pour son fils Hamza, 14 ans, à la suite d’une opération de la colonne vertébrale. ‘Dès que j’ai commencé à lui faire boire du lait de chamelle,’ l’état de son immunité s’est amélioré,’ dit al-Talbani. ‘En 2006, j’ai accompagné mon fils à l’hôpital Tel Hashomer en Israël,’ il explique. ‘Dans les mois qui ont suivi l’opération, son état était encore délicat.’ A Gaza, on lui a conseillé de donner du lait de chamelle à son fils. Il a suivi ces conseils et quelque temps après, ‘Nous sommes retournés à l’hôpital Tel Hashomer, où ils ont trouvé que les indicateurs de l’état de son immunité avaient doublé.’

La chamelle dont le lait avait aidé Hamza à guérir appartient à Adnan al-Mosadar. Il est propriétaire de deux chamelles, dont une est porteuse en ce moment. Le mot arabe pour la femelle du chameau est naqa. Une chamelle enceinte ne peut pas donner du lait jusqu’à la naissance de son petit.  

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Bébé chameau 9 juin 2012 (Ahmed Deeb)

 ‘Je suis passionné par la naqa depuis l’âge de 12 ans. En tant que membre d’une famille rurale, je me suis occupé des chameaux et je suis devenu leur ami,’ dit ce paysan de 45 ans. Il m’explique que les chameaux de Gaza sont connu pour leurs qualités depuis les temps anciens. ‘Leur viande et leur lait aide à guérir nombre de maladies, notamment des problèmes de l’estomac. De plus, le lait de chamelle est un antidote aux poisons.’

Selon al-Mosadar, les chamelles de Gaza sont pour la plupart indigènes. Ils produisent entre huit et dix litres de lait par jour. Leur lait est demandé par les habitants d’al-Mosadar et des villages aux alentours. ‘Le lait des chamelles est sucré, léger et contient beaucoup moins de gras que le lait de vaches ou de moutons,’ dit al-Mosadar. 

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Chameaux d’une ferme du nord de la bande de Gaza (Ahmed Deeb)

Le village d’al-Qarrara, au sud-ouest de la bande de Gaza, se trouve à quelques kilomètres de la barrière marquant la frontière entre Israël et Gaza. Paysan et membre du conseil municipal Abdelrahim al-Smairy est propriétaire des terres agricoles du village. Je l’ai trouvé un samedi soir en train de traire une naqa pour la deuxième fois de la journée. ‘J’ai commencé à élever des chameaux il y a plusieurs années,’ dit-il. ‘On doit disposer de larges espaces de terres arables où poussent de multiples variétés d’herbe. Avant 1948, la famille de mon père possédait des dizaines d’hectares de terres, mais presque 60% ont été confisquées par Israël après la guerre arabo-israélienne de 1948,’ explique-t-il.   

Après la guerre de 1967, encore plus des terres ont été volées. Le nombre de chameaux que la famille pouvait élever était réduit en raison des restrictions israéliennes. ‘Ces dernières années, par exemple, nous fûmes encore plus limités par la zone tampon crée par Israël le long de la frontière à l’est, interdite aux paysans. Nous avons besoin d’un terrain où il y a de la boue et dans laquelle l’herbe peut pousser en abondance.’

Jamal al-Smairy décrit ‘…cinq types de chameaux à Gaza : le rouge, le blanc, le majaheem, la woddah et le bakra. En tout, il y a plusieurs milliers de chameaux dans la bande de Gaza. Dans la région de Qarrara, endroit rural le plus étendu et fertile, il y en a beaucoup.  

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Abdelrahim al-Smairy (à gauche) et son cousin Ibrahim avec une de leurs chamelles
(Rami Almegahari, The Electronic Intifada)

Le paysan de Qarrara ajoute que les chameaux ‘sont des animaux calme et sympathiques tant qu’on leur donne un grand espace pour évoluer et manger toute l’herbe qu’il leur faut. Nous n’avons pas besoin de nourrir nos chamelles – elles ont simplement besoin d’espaces adéquats de pâturages. … une nourriture de qualité inférieure leur fait perdre la bénédiction divine donnée aux chamelles dans quelques sourates du Koran.’

Dr Adnan al-Wehaidi, un spécialiste de la nutrition à Gaza, confirme la bienfaisance du lait de chamelle. En même temps, ‘ … la recherche basée sur des critères reconnus au niveau international est nécessaire pour vérifier ses effets de manière scientifique et rigoureuse. Dans le  milieu naturel des arabes, surtout dans les pays du Golfe, les gens mangent principalement des dattes et quelques légumes. Le lait de la chamelle est très riche en zinc, sélénium, en vitamines A et D et contient beaucoup de protéines qui complètent ainsi l’apport nutritionnel. Le lait de chamelle est plus concentré que celui d’autres animaux. Il contient beaucoup moins de matière grasse.’

Dr Zakariya al-Kaffarna, directeur général en médecine vétérinaire du Ministère de l’agriculture, confirme que le Ministère suit de près l’élevage des chamelles et l’utilisation de leur lait dans un but médical. ‘L’élevage des chamelles se fait par des familles qui en ont l’expérience depuis des décennies et même des centaines d’années. Dans les trois années à venir, nous avons planifié une étude sur l’élevage des chameaux partout dans la bande de Gaza. Nous espérons vraiment que la zone tampon crée par Israël sur les frontières à l’est et au nord va être réduite.’

La création de cette zone tampon a rendu impossible l’accès à 2'400 hectares de terre agricole, presque 20% des terres arables de la bande de Gaza, selon Dr Nabil Abu Shammala, directeur général de la planification auprès du Ministère de l’agriculture. La zone tampon le long de la frontière tracée sur des terres fertiles date de l’an 2000. Elle empêche les paysans d’accéder à leurs terres. Après le cessez-le-feu de 2012, Israël a commencé à permettre à certains paysans de retourner sur leurs terres dans ces régions. Mais travailler la terre près de la zone tampon reste dangereux : plus tôt ce mois-ci, l’armée israélienne a tiré sur Mustafa Jarad, 21 ans, pendant qu’il travaillait sur ses terres. Ils l’ont tué.

En dépit de la violence et des entraves israéliennes, l’agriculture reste la première industrie à Gaza et une partie essentielle de la culture palestinienne. Ses traditions perdurent pourtant : les éleveurs organisent une course de chameaux à Gaza, en février. Elle sera la deuxième en son genre depuis 1967. 

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Course aux chameaux, mai 2009, au sud de la bande de Gaza (bokertov.typepad.com)

Rami Almeghari est journaliste et enseigne à l'université dans la bande de Gaza. »

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