05/05/2013

Récoltes détruites, chômage forcé : travailleurs au bout du rouleau

Les métiers de paysan et de pêcheur se trouvent face à des obstacles multiples sans aucune protection d’assurances dans la bande de Gaza. Les fluctuations des conditions de travail sous le blocus israélien deviennent invivables dans cette petite région bordant la Méditerranée. Deux entretiens récents du Centre palestiniens des droits humains (PCHR)donnent une idée des entraves rencontrées par des travailleurs de la terre et de la mer.

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Ouvrier palestinien à Rafah au sud de la bande de Gaza portant des œillets destinés à l’exportation en Europe grâce à une autorisation israélienne exceptionnelle, le 12 février 2013 (Eyad Al Baba/APA images)


Récemment, Mohammad al Astal, fermier de Khan Younis, fut obligé de brûler ses récoltes de menthe (10 tonnes) et de basilic : les plantes étaient à maturation entre le 21 mars et le 18 avril, lorsque le gouvernement israélien a fermé le passage de Kerem Shalom par lequel toute exportation de Gaza doit passer.

Al Astal a vendu des terrains en 2006 à cause de l’augmentation du taux de sel dans l’eau de la nappe phréatique et en a acheté d’autres pour bénéficier d’une eau de bonne qualité. Afin de vendre ses récoltes à un bon prix, il s’est fait certifié cultivateur « Global Gap ». Cette certification garantit la qualité des denrées aux acheteurs européens et permet au cultivateur de compter sur un certain revenu.

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Mohammad al Astal à côté d’une pile de menthe qu’il doit brûler.(photo PCHR).
On sèche les feuilles avant de les brûler pour éviter de propager des maladies aux récoltes futures. (photo PCHR)

Al Astal a maintenant perdu tous les avantages du marché européen. Il a de gros soucis pour sa famille (2 garçons et 2 filles entre 3 et 12 ans) et ses 30 ouvriers. Il hésite de réorienter ses produits vers le marché local, où il peut au moins assurer  la vente au lieu de se voir obligé de détruire le fruit d’un investissement considérable. Tous ses calculs sont partis en fumée.

En fin novembre 2012, Jamal Ismail Faris Baker, pêcheur de la ville de Gaza, s’est fait détruire le bateau par la marine israélien qui a tiré dessus. Il était pourtant à deux miles nautiques de la côte (la limite est de 3 miles nautiques). Sur le moment, il a eu plus peur pour son fils de 19 ans que pour le bateau : les israéliens ont retenu celui-ci pendant 4 heures sans donner d’explication. Il n’existe pas d’assurance accident pour un bateau de pêcheur.

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Jamal Baker, interdit d’exercer le seul métier qu’il connait (photo PCHR)

Père de 9 enfants, Baker est pêcheur depuis l’âge de 13 ans. A 48 ans, il s’est endetté d’une somme de 10'200 $ américains (15'000 NIS). Le jour de l’attaque, à part le bateau, il a perdu tout son équipement de pêche, le carburant et les appâts, qu’il a achetés à crédit. Ses créditeurs ont déposé plainte pour non-paiement. Avant l’incident en novembre, il gagnait entre 10 et 15 NIS par jour. Les autorités de Gaza refusent de l’autoriser de faire de la pêche à cause des dettes qu’il a accumulées ces derniers mois. Sans pouvoir exercer son métier, il n’a pas la possibilité de rembourser ses dettes. Le cercle vicieux est complet.

15:55 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, paysan, pecheur, blocus, travail, pchr | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

Commentaires

C'est bizarre il n'y a pas de cultivateurs de roquettes ni de grenades ??

Écrit par : Corto | 05/05/2013

Un vif merci, Carol, pour ces témoignages très poignants.
Et dire que les Israëliens font un énorme théâtre quand ils reçoivent des roquettes sur la tronche alors qu'ils lancent des roquettes bien plus toxiques mais plus subtiles à ceux dont il est évident qu'ils veulent éliminer l'existence sur le territoire qu'ils ont décidé être le leur une fois pour toute.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 05/05/2013

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