26/05/2013

Vivre à tout prix

Anne Paq, journaliste française, se trouvait à Gaza pendant les attaques israéliennes en novembre 2012. Elle y est retournée afin de parler avec les gens qu’elle avait photographiés et interviewés à ce moment-là. Son reportage-photos se trouve en anglais sur le site de l’Electronic Intifada. 

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 Des écoliers palestiniens passent leur chemin devant le bâtiment du Ministère de l’Intérieur, durement touché par les bombardements de novembre dernier


 « Revoir les survivants de l’assaut israélien contre Gaza en novembre
Par Anne Paq, 13 mai 2013

Je me trouvais à Gaza avant les attaques meurtrières israéliennes qui ont duré huit jours en novembre 2012. Les gens que j’avais photographiés et interviewés à ce moment terrible ne quittaient jamais mes pensées.

J’avais rendu visite à Jamal Al-Dalou plusieurs fois. Jamal a perdu 10 membres de sa famille lors d’une frappe israélienne sur sa maison. J’étais à ses côtés lorsqu’ils ont retiré le corps de son fils des décombres, quatre jours après les bombardements. Jamal a raconté son histoire à d’innombrables journalistes et organisations. Je me demandais comment il arrivait à le faire avec autant de patience et de gentillesse.

Mes pensées allaient également à Nour Hijazi, qui a perdu son père et ses deux petits frères et qui était gravement blessée par des éclats d’obus logés dans son dos. Je voyais le sourire qu’elle m’a fait malgré ses grandes souffrances depuis le lit où je l’avais photographiée pendant que je l’interviewais. Sa douceur au milieu de toute cette horreur m’avait grandement touchée.

Je pensais également constamment à Jamal Salman. J’étais sur place à l’hôpital au nord de la bande de Gaza lorsqu’on l’a emmené. Ses yeux étaient ouverts et son regard fixe, il était couvert de sang. Je n’ai eu qu’un instant pour noter son nom et d’où il venait, il était déjà loin avec les ambulanciers. Lorsque je quittai l’hôpital, on déchargea une femme d’une ambulance. Des gens qui l’accompagnaient pleuraient et criaient. Plus tard, j’ai appris qu’il s’agissait de la femme de Jamal. Elle est décédée de ses blessures.

Lors de mon retour à Gaza en février, j’avais l’intention de retrouver Jamal Al-Dalou, Nour Hijazi et Jamal Salman. J’espérais les revoir résilients.

Une fois les morts enterrés, les cendres et la poussière tassés et les équipes de photographes partis, que se passe-t-il pour ces familles ? Cela serait illusoire de croire que tout redevient « normal », même que les medias internationaux ne s’intéressent plus à Gaza. Les survivants affrontent courageusement leurs difficultés en continuant leurs vies, mais ils seront marqués à jamais, avec peu d’espoir pour la justice ou une compensation. Une génération entière grandit dans la peur de nouvelles frappes.

Anne Paq est une photographe française freelance basée en Palestine et membre du collectif ActiveStills. Son autorisation est nécessaire pour reproduire ses photos : lui écrire à contact@annepaq.com

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Jamal Al-Dalou est dans sa boutique située dans le marché du Sheikh Radwan de la ville de Gaza. Jamal a perdu 10 personnes de sa famille dont sa femme, un fils et quatre petits-enfants dans le bombardement de sa maison. Il a repris le travail deux semaines après l’attaque et vit chez deux de ses fils et une belle-fille dans une maison que le gouvernement loue pour eux. Ce qu’il a dit en février : ‘Toute vie heureuse n’existe plus. Trente ans de mariage, et tout à coup, j’ai perdu la grande partie des membres de ma famille. C’est déjà bien que je n’aie pas perdu ma tête ou ma santé.’ 

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Amna Hijazi et sa fille Nour louent un logement dans le camp de réfugiés de Jabalia depuis qu’un missile israélien a détruit leur maison, tuant Mohammad, 4 ans, et Suhaib, 2 ans, ainsi que leur père Fouad, le mari d’Amna. Amna est restée dans le coma six jours. Nour a souffert de deux vertèbres cassées. Elle était confinée au lit pendant deux mois et marche avec peine. En février, Nour m’avait dit :’Le premier jour était dur pour moi à cause de la perte de mon père et mes frères. Chaque jour quand je rentrais de l’école, je jouais avec mes frères, leur parlais, les cocolais, les embrassais.’ 

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On reconstruit la maison des Hijazi dans le camp de réfugiés de Jabalia. L’argent vient de la famille, des amis et des gens qui avaient envie de les soutenir. 

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Jamal Salman suit un traitement au Centre de Réhabilitation Al-Wafa dans la ville de Gaza. Jamal fut sévèrement blessé lorsqu’un drone israélien a envoyé un missile dans la cour de sa maison à Beit Lahia, tuant Tahreer Ziad, sa femme, 22 ans, et son beau-frère. Jamal est père de deux petits enfants. Il a bénéficié de premiers soins en Egypte. Il est maintenant paraplégique et utilise un bras difficilement.

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Itimad Muhammad Salman, mère de Jamal Salman, reçoit un soutien psychologique chez elle à Beit Lahia. 

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Un Palestinien a perdu la partie inférieure d’une jambe pendant les attaques israéliennes de l’hiver 2008-09 lors d’une séance de rééducation dans l’unique centre de réhabilitation de la ville de Gaza qui fabrique des prothèses artificiels. Les Palestiniens blessés dans les attaques de novembre 2012 doivent attendre des mois encore pour que leurs blessures guérissent avant la pose de prothèses. 

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Saja Muhammed Abu Namous, 11 ans, est dans la chambre de la maison familiale, en ville de Gaza, où sa famille a dormi pendant les attaques israéliennes. La maison a subi des dommages. Saja, avec d’autres de la famille, reçoivent des traitements psychosociaux. 

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Mohammed Abu Sakran, 4 ans, suit une séance de logopédie dans une clinique de Gaza City. Ses difficultés d’expression ont augmenté depuis l’offensive israélienne. 

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Fin d’une séance de thérapie pour des femmes à Beit Lahia. Enormément de femmes souffrent de séquelles psychologiques suite à l’offensive israélienne. 

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Muhammad H, est chez lui dans la ville de Gaza. Il fut blessé lorsque deux missiles Hellfire ont frappé un appartement au deuxième étage de la rue Baghdadi le 20 novembre. La frappe a tué quatre personnes, les éclats d’obus ont blessé plus de vingt personnes, y compris Muhammad, qui a perdu son emploi à cause de sa blessure. Muhammad se rend à des rendez-vous hebdomadaires à la clinique de Médecins sans frontières. Il souffre de dépression aggravée par le manque d’activité physique. Il passe son temps en jouant à des jeux à l’ordinateur. 

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Amal Ahmad Abdallah est avec son fils de six ans dans leur maison à Khan Younis. Pendant la semaine, elle vit au Centre Al-Wafa. Elle passe le weekend avec sa famille. Amal cuisait le pain avec son fils quand un missile a explosé près de leur maison. Elle fut gravement blessée, maintenant elle est paraplégique. Amal est enseignante mais elle ne sait pas si elle va pouvoir reprendre le travail. Gaza, Opération Colonne de Défense, novembre 2012, Dalou, Anne Paq, Electronic Intifada, attaques israéliennes, obus, missile, frappe, prothèse, Hijazi

Khader Haidar Al-Zahar, 20 ans, est au bureau de la chaîne de télévision Al Quds, Gaza City. La partie inférieure de sa jambe droite fut amputée après une frappe israélienne sur le bâtiment où il travaille. Il a subit douze opérations sur sa jambe en Egypte. Il travaillait en tant que bénévole au moment de l’attaque. Il est maintenant salarié par le bureau où il se rend tous les deux jours. Khader reste positif : ‘ma blessure n’a pas changé mon désir de poursuivre ma vocation. Je dois juste attendre que ma blessure se ferme totalement pour être appareillé. Je veux travailler comme cameraman.’ » 

Selon un rapport du groupe israélien B’Tselem publié le 9 mai, plus de la moitié des morts et blessés lors de l’Opération Colonne de Défense (ainsi nommée par l’armée israélienne), en novembre 2012, étaient des civils. Le rapport, publié en mai, peut être consulté ici : http://www.btselem.org/download/201305_pillar_of_defense_operation_eng.pdf

 

 

Commentaires

Merci de rapport sur Gaza

Écrit par : Charles Veilleux | 15/05/2013

"Hamas and other groups operating in the Gaza Strip violated these provisions. Their violations include deliberately launching rockets at Israeli civilians and Israeli communities;

firing from within civilian Palestinian neighborhoods, thereby jeopardizing the lives of the local residents; and concealing ammunition and arms in civilian buildings."

J'ai donc consulté le rapport que vous avez eu la gentillesse de mettre en ligne et j'y ai découvert qu'il précise que le hamas et ses électrons se sont, une fois de plus, rendus coupables de crimes contre l'humanité :

1. en tirant intentionnellement des rockets sur des civils Israéliens et sur des agglomérations Israéliennes.
2. en utilisant leur propre population en qualité de bouclier humain.
3. en dissimulant armes et munitions dans des locaux civils (hôpitaux, écoles, mosquées etc .....).

Vu les circonstances et sachant que le hamas et ses complices figurent sur la liste des organisations terroristes établie par L'U.E., les USA, le Canada et Israël, je reste toujours aussi admiratif des valeurs morales de l'armée israélienne qui l'induisent à une telle retenue qui confine à de l'abnégation.

Écrit par : Giona | 16/05/2013

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