11/06/2013

Sa vie pour des pastèques

Aujourd’hui, 11 juin 2013, Ahmad Hamdin, 21 ans, a été grièvement blessé par un tir de soldats israéliens alors qu’il ramassait des pastèques sur ses terres à l’est de Khan Younis. Un article récent du New York Times fait état des craintes des paysans de Gaza face aux menaces renouvelées de l’armée israélienne. Les fermiers de Gaza travaillent dans l’incertitude totale quant à la survie de leurs récoltes et de leur propre survie. 

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Ramassage des pastèques dans la bande de Gaza avril 2013
(Facebook : Team Palestina)


 « Paysans de Gaza près de la barrière avec Israël sur le qui-vive
par Fares Akram et Jodi Rudoren, Wadi Gaza, Bande de Gaza
7 juin 2013

A environ 170 m de la barrière entre Gaza et Israël, 300 rangées de plantons de piment vert poussent sur des terres laissées en friche depuis des années. Ziad Abu Ettewi, 42 ans, dit qu’il a planté ces piments ainsi que du persil sur ses 3 ha de terre après le cessez-le-feu entre Israël et Gaza en novembre 2012. Le cessez-le feu accordait l’accès des paysans à des terres près de la barrière qui avaient été proscrites depuis longtemps. Mais M. Ettewi craint que les militaires israéliens rasent les plantons ou tirent sur ses dix ouvriers avant la récolte le mois prochain. 

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Ziad Abu Ettewi cultive du piment près de la frontière est avec Israël
(Wissam Nassar pour le New York Times)

 ‘Depuis le premier jour que j’ai planté mes cultures, j’ai peur qu’on me les détruise par bulldozer,’ dit-il en marchant dans ses champs dans un village au sud-est de Gaza City. ‘Nous ne savons pas si les tanks vont arriver aujourd’hui ou demain. Notre plus grand problème, c’est l’incertitude.’

Nous sommes six mois du cessez-le-feu qu’a suivi les huit jours de combats entre Israël et le Hamas. Rien est clair quant à ce qui est autorisé aux paysans qui ont des terres le long de la zone tampon à l’est de Gaza, ni pour les paysans palestiniens ni pour les groupes de droits humains qui travaillent avec eux. …

Dans la région la semaine passée, on voit des terres largement abandonnées, sans cultures, à moins de 400 m de la barrière. Des puits détruits et des traces d’anciennes incursions de tanks israéliens  marquent les collines cahoteuses. Ici et là, des paysans ont planté du piment, des tomates, des aubergines, du persil et des pommes de terre qu’ils arrosent avec l’eau de pluie.

En février, Israël a annoncé qu’on pouvait accéder aux terres jusqu’à 100 m de la barrière mais, quelques semaines plus tard, la limite fut changé à 300 m. et les paysans doivent le demander aux autorités.

Depuis le cessez-le feu le 21 novembre jusqu’à la fin du mois de mai, quatre civils palestiniens ont été tués et 123 blessées dans le zone tampon par l’armée israélienne, selon le Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires …

Les autorités israéliennes affirment que les tirs n’ont pas visés des paysans mais des gens qui s’approchaient de la barrière ou qui essayaient de l’endommager. Elles disent qu’il faudrait un cessez-le-feu plus conséquent pour garantir un accès en toute sécurité à la zone tampon. En mars, des palestiniens ont tiré sur une jeep militaire le long de la frontière, et il y a eu une explosion dans la même région récemment…

Mais un rapport du Haut Commissariat des Nations Unies le mois passé décrit une zone de « haute risque » à un mile de la barrière en disant que les habitants ne comprennent pas la nouvelle politique. Le rapport citait 35 paysans qui travaillent dans la zone tampon : ils disaient se sentir plus en sécurité sur leurs terres, avec la possibilité de faire travailler plus d’ouvriers pendant des périodes plus longues. En même temps, ils ne pouvaient pas utiliser des tracteurs près de la barrière et avaient essuyé des tirs les avertissant de quitter leurs terres. …

Ali Abu Said, dont le champ est voisin de M. Ettewi, est directeur de la Société des paysans palestiniens. Il raconte d’être venu à ses terres avec un tracteur le mois passé pour préparer la terre pour les semences, et dans une heure, une jeep militaire israélienne est arrivée et on a tiré sur son véhicule. ‘Les soldats sont d’humeur changeante,’ dit-il. ‘Nous ne savons pas si cette région est interdite ou pas. Nous n’avons pas envie de planter ici à nouveau puisque rien n'est clair ou établi.’…

M Said a expliqué qu’Israël avait commencé à limiter l’accès à la zone en 2000, au début de la deuxième Intifada. Il fut blessé par balle en travaillant ses terres la même année. La zone tampon fut formellement imposée en 2007, lorsque Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza. En avril 2008, l’armée israélienne a rasé des centaines de citronniers et de clémentiniers qu’il avait plantés sur 5 ha, en lui laissant juste deux arbres.

‘Je ne me risquerai pas à replanter des arbres,’ dit-il. ‘Puisque, les arbres, ils ont besoin d’années avant qu’on puisse cueillir leurs fruits, et qui sait ce que le futur sera.’ »

Fares Akram écrit depuis Gaza, Jodi Rudoren depuis Jérusalem.

21:46 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, paysans., zone tampon, armée israélienne, cessez-le-feu | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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