20/06/2013

Natan Blanc N’Ira Plus en Prison

Au début du mois de juin 2013, l’objecteur de conscience Natan Blanc, 20 ans, fut relâché définitivement des prisons militaires après des multiples condamnations en raison de son refus de servir. Il attribue le début de sa réflexion à l’Opération Plomb Durci contre Gaza en décembre 2008 et janvier 2009. Il a l’intention de demander d’accomplir un service civil de deux ans auprès du Magen David Adom, le Croix Rouge israélien, selon un article dans le journal Haaretz du 4 juin. Le musicien israélien Daniel Barenboim a réagi en apprenant les nouvelles. Son article « opinion »est paru dans l’édition anglaise du Haaretz du 16 juin. En voici la traduction.

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  Natan Blanc avec son père après avoir été relâché de prison militaire le 4 juin 2013
(photo Rami Shalosh)


 « Israël oublie son courage moral

L’emprisonnement des objecteurs de conscience réfléchit l’injustice d’Israël envers les Palestiniens ainsi qu’un éloignement lamentable de la grande tradition de moralité juive.

par Daniel Barenboim 16 juin 2013

 Depuis très longtemps, je suis profondément préoccupé par l’attitude des politiciens et citoyens israéliens face au conflit israélo-palestinien. Je me préoccupe également, directement et indirectement, de la qualité morale de la vie, ou de l’éthique civique, en Israël. Depuis des siècles, le peuple juif partout dans le monde représenta une grande tradition de valeurs morales. Cette tradition rassemblait les différentes communautés juives sous une identité commune. Elle servait comme exemple d’une sensibilité et d’un comportement éthique aux non-Juifs qui n’étaient pas antisémites et qui jouaient un rôle primordial dans la survie de la culture juive.

L’autre qualité qui servait de base pour la survie juive était le courage. Ce courage combinait la force morale, le courage civique et l’humeur inimitable juive qui a gardé les Juifs en vie depuis l’empire romain jusqu’à nos jours. Mais comme nous le savons, toute qualité peut s’adapter à des   situations différentes : la résistance d’un Juif contre ses oppresseurs pendant inquisition espagnole ou dans les pogroms en Russie ou dans l’Holocauste était une expression de courage et de force intérieure. Aujourd’hui, le dédain et l’arrogance d’un Israélien envers un Palestinien à un check-point est de toute autre nature.

Les évènements récents concernant Natan Blanc sont un excellent exemple de ce courage moral qui est malheureusement tombé dans l’oubli pour beaucoup de personnes. Heureusement, Natan Blanc fut libéré de prison après une peine totale de 178 jours pour refus de servir dans l’armée de l’occupation. Tout en me réjouissant de ce dénouement, j’affirme que les 178 jours qu’il a passé en prison étaient 178 jours de trop.

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  Daniel Barenboim en concert à Ramallah (Photo par Lior Mizrahi)

 Dans d’autres démocraties, les jeunes hommes et les jeunes femmes ont le choix de la manière de servir leur pays et leur société. Mais en Israël, qui est démocratique dans d’autres domaines, le choix de ne pas servir dans l’armée mène à la prison. Les Juifs orthodoxes peuvent faire appel à une motivation religieuse comme raison légitime pour refuser le service, mais Natan Blanc n’a pas voulu utiliser cet argument : il voulait dire clairement sa vraie motivation.

A nouveau, cet exemple montre combien la question de sécurité est devenu une idée fixe dangereuse en Israël – c’est une question hautement politisée qui paralyse la société israélienne. Le fait qu’un jeune fut condamné à la prison pour objection de conscience montre que, malheureusement, les politiques israéliennes actuelles ne sont pas injustes seulement envers les Palestiniens – elles ont comme résultat une décadence dans la morale civique des Israéliens.

A mon avis, l’occupation militaire et l’appropriation de terre palestinienne expriment un mépris total pour la justice la plus élémentaire à laquelle les Palestiniens ont droit. Ceci est une leçon que j’ai apprise des grands philosophes juifs tels Maimonide et Spinoza. En conséquence, je crois que c’est la responsabilité des Israéliens de trouver des moyens de construire un futur meilleur avec les Palestiniens – soit tous ensemble, soit côte à côte. Mais en aucune manière dos à dos.

Je rappelle qu’il y a cent ans, la population juive de la Palestine revenait à un petit 15% de la population totale. Le rêve juif pour un pays indépendant est un des rêves les plus beaux de l’histoire. Mais nous savons trop bien que le rêve et la réalité sont souvent deux choses différentes. La terre de la Palestine n’était pas vide et le mythe d’ ‘un peuple sans terre pour une terre sans peuple’ est carrément dépourvu de toute vérité. Ce qui s’est passé depuis, c’est de l’histoire, et nous ne pouvons pas revenir en arrière. Mais, à mon avis, il est impératif de se rappeler le passé qui a amené à la situation actuelle. Ce passé peut nous indiquer comment aller vers un avenir meilleur.

Daniel Barenboim est le principal chef invité de La Scala, directeur musical de l’Opéra d’Etat de Berlin et chef d’orchestre du Staatskapelle Berlin. Avec le feu Edouard Said, il a cofondé l’Orchestre du Divan occidental-oriental de Seville. Cet orchestre regroupe de jeunes musiciens israéliens et arabes. »

En Suisse, on peut assister à un concert de cet orchestre composé de jeunes d’Israël, d’Iran, de Syrie, du Liban, de Palestine, d’Espagne, d’Egypte et de Jordanie le 15 août à Bâle et le 18-19 août à Lucerne.

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