08/12/2013

De mal en pis

Le 3 décembre, Maan News annonce qu’Amnesty International a appelé Israël à « mettre fin immédiatement à son blocus » de Gaza « en permettant la livraison de carburant et d’autres provisions essentielles sans aucune restriction. »  Entre temps, le 2 décembre, le journal The Independent publie un article décrivant la vie quotidienne à Gaza, écrit par la bloggeuse Sally Idwedar, dont je propose ici la traduction.

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La quantité des déchets dépasse les possibilités du ramassage.


« La Vie à Gaza : ‘Nous nous réveillons au son terrifiant des bangs soniques, nous essayons de dormir pendant les frappes israéliennes’

La semaine passée, les Nations Unies ont averti que le blocus de la bande de Gaza imposé par Israël et l’Egypte est en train de rendre Gaza ‘inhabitable’. Voici, ci-dessous, le récit personnel de la vie d’une résidente de la ville de Gaza, Sally Idwedar.

Sally Idwedar – dimanche 1er décembre 2013

 … comment m’y prendre pour écrire à propos de la vie à Gaza …

Nous nous réveillons au son terrifiant des bangs soniques, nous essayons de dormir pendant les frappes israéliennes. Des choses simples comme l’eau courante durant un jour ou un jour entier avec l’électricité sont maintenant un luxe. Cela fait presque quatre semaines que la seule centrale électrique de Gaza a cessé de fonctionner, faute de carburant. Nous nous sommes adaptés à la limitation de huit heures d’électricité par jour, maintenant nous jouissons de six, voire quatre heures à la fois et des coupures qui durent entre 12 à 14 heures.

A tout moment, au moins un tiers de Gaza est dans le noir. … Les étudiants préparent leurs cours à la lumière de la bougie et les femmes font la cuisine à la lumière des lampes de poche. Les hommes se retrouvent sur les balcons pour fumer et discuter politique – la seule lumière visible sont les petits points rouges de leurs cigarettes.

Certaines familles peuvent se payer un transformateur qui marche sur une batterie de voiture et qui peut alimenter de petits appareils. Cela coûte environ 700 shekels (120 livres anglaises – env 175 CHF : ndlt) et les batteries coûtent encore 700 shekels, un prix inabordable pour la plupart des familles. Le taux de chômage est actuellement de presque 40%. Les magasins, les restaurants et de grands immeubles d’habitations utilisent souvent des générateurs à gaz. Ces jours-ci, le carburant est presque introuvable – les queues sont très longues, des gens peuvent attendre 24 heures pour seulement quelques litres.

Les conducteurs souffrent de la pénurie d’essence et les taxis se font parfois rares. Mais tout le monde comprend la situation et essaye de s’entraider autant que possible, en se serrant les un les autres pour que les autres puissent rentrer chez eux. Souvent, on peut voir trois ou même quatre personnes entassées sur le siège du passager à côté du conducteur pour se rendre de Gaza City aux camps de réfugiés au milieu de la bande de Gaza. Certaines voitures fonctionnent avec un mélange d’huiles de cuisine, laissant traîner derrière elles l’odeur des falafels et des frites.

Chaque hiver, les provisions de gaz de cuisine sont inadéquates, mais cet hiver, c’est pire. Une famille moyenne a besoin d’une bonbonne de 12 kilos de gaz par mois, cela coûte 65 shekels. Cela prend plus qu’un mois pour obtenir une nouvelle bonbonne. Les voisins s’entraident et les femmes font des repas pour des multiples familles à tour de rôle avec une seule bonbonne.

D’autres familles moins fortunées font la cuisine sur des feux ouverts dehors, utilisant du papier et du carton comme combustible. Je me fais des soucis pour ce qu’elles vont faire lorsque le froid et la pluie arrivera le mois prochain. Des essaims de mouches, des chats et des chiens sauvages rodent autour des tas de déchets. Des charrettes tirées par des ânes sont supposées ramasser ces poubelles, jusqu’à présent, la situation les dépasse.

Il y a deux semaines, les pompes pour évacuer les eaux usées ont cessé de fonctionner dans beaucoup de quartiers – pas assez de carburant. L’eau des toilettes et des cuisines s’échappe dans les rues. Des pères transportent leurs enfants sur leurs dos pour aller à l’école et les voitures n’y vont pas. La boue pue et attire des essaims de moustiques. On a peur que cette eau sale arrive dans l’eau potable. Le camp de réfugiés de Shati (Beach camp ou camp de la plage) souffre des odeurs d’une eau décolorée cette semaine et il y a déjà beaucoup de maladies intestinales. Dans mon quartier, nous sommes jusqu’à présent épargnés de cette eau sale, mais malheureusement, nous n’avons pas d’eau du tout. Au moment où j’écris, nous commençons notre quatrième journée sans eau. …Nous remplissons d’anciennes bouteilles lorsque l’eau arrive dans les robinets. …

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Une rue dans la ville de Gaza, décembre 2013 (http://felesteen.ps)

Ceci est la vie à Gaza maintenant … mais nous continuons comme avant : il y a des mariages, de nouveaux bébés et les enfants vont à l’école. Nous rions avec nos amis, nous nous aimons et, ce qui est le plus important, nous vivons.

Sally Idwedar écrit un blog et réside dans la ville de Gaza. Elle est née à New York City et sa famille est originaire de Yibna, Palestine. »

21:54 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, blocus, israël, egypte, électricité, eau, carburant, taxis, gaz, poubelles, eaux usées | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Mais Gaza a été rendu à l'Egypte, Gaza avant d'avoir attaqué Israël plusieurs fois a été rétrocédé à l'Egypte, pourquoi l'Egypte maintient cette frontière inexistante séparant sa propre population ?

Le responsable de ce "blocus" est 100% égyptien, avant 1967 Gaza était égyptien, pourquoi l'Egypte a t-il maintenu cette frontière après qu'Israël se soit retiré de partie de l'Egypte ?

Écrit par : Corto | 09/12/2013

merci de tout cœur de nous permettre, de me permettre, de devenir consciente de la réalité de ce peuple héroïque! De se sentir solidaire, de réaliser que la lutte anti-papartheid est sur tous les fronts, au ras des pâquerettes!
merci encore.

Écrit par : cmj | 09/12/2013

Comme les 8 millions d'africains en majorité chrétiens massacrés depuis le début de siècle et dont personne ne parle !

Pas de doute, cmj le confirme, les chrétiens sont prêts à tous les sacrifices pour autant que leurs nouveaux alliés s'en prennent à Israël !!

Écrit par : Corto | 09/12/2013

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