12/01/2014

Une étudiante sud-africaine à Gaza

Etudiante en année finale de médecine à l’Université de Witwatersrand, Afrique du Sud, Aayesha J. Soni a visité la bande de Gaza la dernière semaine de décembre 2013. Suite à cette visite, elle a écrit deux articles qui se trouvent sur son site de Media Review Network, dont elle est la Vice-présidente. L’article qui suit se trouve sur le site de Palestine Chronicle. Je livre ici sa traduction en français. 

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La frappe israélienne sur un camp de refugiés le 24 décembre dernier a blessé Bilal Abou Sabeikha, 3 ans, petit frère de Hala (AFP Photo/Mahmud Hams)


« Mon début à Gaza et l’histoire de Hala
Par Aayesha J. Soni, 6 janvier 2014

Avant de partir pour Gaza, j’avais pris connaissance des statistiques sur cette région assiégée depuis 2007 : 54 % des foyers sont sous-alimentés et 38 % de la population vivent en-dessous de la limite de  pauvreté. … L’aquifère de Gaza est la source de 90% de l’eau consommée mais seulement 10 % de cette eau est potable. Le chômage s’élève à 42,2 % ; seulement 49,3 % des gazaouis en âge de travailler trouvent une place pour gagner leur vie. Pour les jeunes, le taux de chômage est supérieur à 47 %. Ceci dit, le fait de connaître des statistiques ou de constater la dévastation d’une population entière sous ce siège sans fin, sur terre, en l’air et en mer sont deux choses complètement différentes.

A notre arrivée, nous avons pu témoigner de l’horrible réalité de la population de Gaza – les obsèques d’une petite fille de trois ans et demi – Hala Abou Sbeikha. Elle fut tuée par une frappe israélienne sur sa maison. Pendant le Massacre de Gaza en 2008-2009, les media racontaient que 313 enfants furent tués. Pour moi, ce n’était qu’une statistique … en oubliant que cela voulait dire que 313 petits anges, innocents de tout crime sauf celui d’être palestinien … n’ont pas eu la chance de vivre leur vie. 

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Hala (www.al-kanz.org)

Nous sommes allés au domicile de la petite Hala dans le camp de réfugiés de Maghazi, proche de la frontière avec Israël, une cible fréquente pour des tirs israéliens, afin de nous rendre compte de la réalité de ce que la mort d’un enfant voulait dire. Un côté de la maison de Hala était totalement détruit, ceci au milieu de l’hiver … Au jardin, le sang de la petite était toujours visible sur les briques. Elle était en train de jouer avec ses deux sœurs (les deux encore à l’hôpital). Un morceau de shrapnel avait pénétré sa nuque, lui ôtant sa précieuse vie.  …

‘Il y a une détérioration nette dans le bien-être psychologique des enfants de la bande de Gaza, surtout après les dernières attaques,’ affirme Ayesha Samour, directeur de l’Hôpital Psychiatrique de Gaza dans une discussion avec l’IRIN. Une étude par Ard Al-Insan, une organisation non-gouvernementale à Gaza, a trouvé que 73 % des enfants gazaouis souffrent encore de problèmes psychologiques et de comportement – traumatismes, cauchemars, énurésie nocturne, pression sanguine surélevée et diabètes. L’insécurité et l’instabilité de leur environnement privent les enfants d’une enfance normale, dit Samour, qui ajoute qu’une culture de violence et de mort les rendent plus fâchés et plus agressifs.

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Garçon dans les ruines de sa maison, détruite dans une frappe de l’armée israélienne, le jour de Noël 2014, camp de réfugiés de Maghazi, bande de Gaza (photo Ashraf Amra/APA images)

Ainsi s’est passé le triste, quoique réaliste, début de notre voyage à Gaza. Nous savions bien qu’il y avait une pénurie de carburant due aux restrictions sur les marchandises et les besoins de base imposées à cette population de 1,8 millions d’habitants. Pendant notre séjour, cette réalité est devenue concrète. Nous sommes arrivés le soir, dans une nuit totale où l’on pouvait à peine distinguer sa main devant soi. A ce moment, chaque foyer pouvait compter sur 6 heures d’électricité par jour ; lors de notre départ une semaine plus tard, il était question de 4 heures par jour. Que voulait dire ces statistiques ? Si l’électricité arrive à 2 heures du matin, les mères au foyer doivent se lever pour accomplir les tâches ménagères. Avec le coucher du soleil hivernal à 5 heures de l’après-midi, toutes les maisons sont plongées dans le noir le plus complet pour le reste de la soirée et toute activité nécessite la lumière de bougies. C’était le moment des examens et c’était dans ces conditions que les étudiants devaient les préparer. … 

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Ecoliers de Jabalia dans la rue pour protester contre la pénurie d’électricité, 7 novembre 2013 (photo Mohammed Talatene)

Personnellement, ce séjour m’a vraiment ouvert les yeux. Gaza n’est pas une série de statistiques : il s’agit d’êtres humain et les vraies luttes qu’ils mènent tous les jours. La vérité, c’est qu’ils doivent enterrer leurs enfants et survivre dans des conditions anormales sans les commodités élémentaires que le reste du monde prend comme accordées. Face à tout ceci, c’est la chaleur de leurs cœurs, la force incroyable de leur esprit et leur désir implacable de vivre qui m’ont le plus touché. Hamas, le gouvernement élu démocratiquement, règne sur Gaza le mieux possible. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour rendre la vie de ses citoyens décente dans cet environnement de blocus le plus sévère.

Gaza vit, beaucoup. Leur foi et leur espoir ne leur permet pas de renoncer, dans une situation où, à mon avis, toute autre population aurait déjà péri. » 

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Un grand-papa et son petit enfant à la plage de Gaza ville 23 décembre 2013 (Ashraf Amra/APA images)

Aayesha J. Soni a publié des articles dans The Star, Natal Witness, News 24 et Palestine Chronicle.

Commentaires

Un grand merci pour le compte-rendu de ce témoignage.

Écrit par : Hani Ramadan | 13/01/2014

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