01/02/2014

Il était une fois des fraises !

Suite à l’article de Rosa Schiano, Abdulrahman Murad, journaliste et bloggeur à Gaza, parle des paysans qui cultivent des fraises pour l’exportation en Europe. Cette année, les succulents fraises de Gaza n’iront nulle part sauf au marché local. C’est une catastrophe financière pour les cultivateurs. Je traduis ici l’article de Abdulrahman Murad publié sur le site de Ma’an News.

fraises, blocus, cultivateurs, paysans. Kerem Shalom. passage commerical, pertes, orage, froid, exportation, vente, fermeture. marché suropéen, récolte, prix, coûts, tunnels, siège
En 2012, la situation était bien différente.


« Les cultivateurs de fraises de Gaza subissent de grandes pertes en raison des orages et du siège
Par Abdulrahman Murad, Ma’an News, 27 janvier 2013

Durant des années, les restrictions israéliennes et les fermetures imprévues du seul passage commercial de la bande de Gaza ont causé des pertes importantes pour les paysans qui cultivent les fraises. Mais cette saison (de novembre à février), les pertes sont doubles à cause de l’orage hivernal du mois de décembre qui a endommagé les champs et les fruits mûrs.

Khader al-Khatib, 58 ans, avait planté presque deux acres [environ un hectare ndlt], de fraises en espérant un bon rendement pour parer aux besoins des vingt personnes de sa famille. Il fait ce constat : ‘La moitié de mes fraises sont noyées et l’autre moitié abîmée par le froid sévère.’

Selon Tahseen Abu Saqa, directeur général du marketing pour le Ministre de l’Agriculture, environ 7,4 acres de fraises ont été complètement décimées par l’orage. De plus, 24,7 acres ont subi des dégâts partiels. Il évalue les dommages totaux à 250'000 $.

Le paysan, Abdulrazik al-Direblah, est propriétaire d’un champ en contrebas dévasté par la pluie et la boue – les protections en plastique étaient déchiquetées par les vents violents. Direblah a récolté 500 kilos de fraises, mais seulement la moitié était aux normes pour l’exportation. Il a pu vendre les autres fraises sur le marché local mais n’a pas pu récupérer plus de 40% du coût total de production.fraises, blocus, cultivateurs, paysans. Kerem Shalom. passage commerical, pertes, orage, froid, exportation, vente, fermeture. marché suropéen, récolte, prix, coûts, tunnels, siègeRécolte des fraises, 15 décembre 2012 (Majdi Fathi pour Demotix)

Les fraises figurent sur une liste bien restreinte d’articles que les israéliens autorisent à l’exportation depuis Gaza à travers le passage de Kerem Shalom. La plupart des cultivateurs de fraises sèment tôt dans l’espoir de pouvoir exporter leurs fraises vers les marchés européens, plus profitable que le marché local. Cette saison, pourtant, les restrictions israéliennes se sont ajoutées aux problèmes des paysans. Le 24 décembre, Moshe Ya’alon, Ministre de la Défense israélienne, a ordonné la fermeture du passage à Kerem Shalom. Or, l’exportation de 16 tonnes de fraises vers l’Europe était programmée pour le 25 et le 26 décembre, selon l’organisation non-gouvernementale israélienne Gisha : Centre juridique pour la liberté de déplacement.

Al-Khatib a pu enfin exporter des fraises lorsque les israéliens ont ouvert le passage mais il n’a pas réalisé un bon profit : ses fraises étaient récoltées après quatre jours d’orages. Khatib s’indigne : ‘Pourquoi Israël n’autorise-t-il pas l’exportation des fraises bon marchées de Gaza en Cisjordanie ?’ Il explique : ‘le prix d’exportation d’un kilo revient à 15 shekels (4.30 $), tandis qu’Israël vend un kilo de ses fraises en Cisjordanie pour 40 shekels (11.48 $).’ fraises, blocus, cultivateurs, paysans. Kerem Shalom. passage commerical, pertes, orage, froid, exportation, vente, fermeture. marché suropéen, récolte, prix, coûts, tunnels, siègeUne récolte délicate, 15 décembre 2012 (Majdi Fathi pour Demotix)

De moins en moins de fraises sont cultivées depuis qu’Israël a imposé le blocus sur la bande de Gaza en 2007 et qu’il a par la suite interdit l’exportation des produits gazaouis. Selon al-Saqa, 1500 tonnes des fraises arrivaient en Europe avant le siège, alors qu’actuellement seuls 400 à 500 tonnes y parviennent. En décembre 2010, Israël a commencé à autoriser des exportations à raison de deux camions par jour au passage de Kerem Shalom, sans que cela ait une incidence positive sur la production de fraises. Avant 2007, les cultures des fraises occupaient 618 acres dans la bande de Gaza. Aujourd’hui, elles ne recouvrent que sur 100 ou 120 acres. Al-Saqa explique que les coûts élevés de cette culture découragent les paysans d’y investir.

fraises, blocus, cultivateurs, paysans. Kerem Shalom. passage commerical, pertes, orage, froid, exportation, vente, fermeture. marché suropéen, récolte, prix, coûts, tunnels, siège
Saad Abu Khussa, 10 ans, aide ses parents à couvrir les fraises pour la nuit (7 mars 2011, ACT Alliance)

Pour Refeeq Abu Samra, qui cultive les fraises depuis 22 ans, les dernières trois années ont été les pires : l’opération militaire israélienne en novembre 2012 a eu lieu durant la saison des récoltes. En plus, les fréquentes fermetures des frontières et ce dernier orage ont été catastrophiques. Il explique : ‘Pour chaque jour de froid, on perd entre 70 et 80 kilos, soit quatre fois la quantité de fruits de qualité prévus principalement pour la vente locale.’ Abu Samra, avec trois collègues, sèment 3,5 acres, dont 10 sont des terrains loués. Ils emploient sept saisonniers. ‘Un dunum – presque le quart d’un acre – de fraises me coûte 3500 $ par année,’ dit-il.

‘Après la destruction des tunnels, nous étions obligés d’acheter nos plantons, l’insecticide et le fertilisant à Israël au lieu de profiter des produits égyptiens. Tout ceci, en comptant les frais fixes des employés  et de l’eau, fait fondre mes profits. Cultiver les fraises n’est plus rentable, je gagne à peine suffisamment pour ma famille et mes travailleurs,’ dit Abu Samra.

fraises, blocus, cultivateurs, paysans. Kerem Shalom. passage commerical, pertes, orage, froid, exportation, vente, fermeture. marché suropéen, récolte, prix, coûts, tunnels, siège
L’exportation étant à nouveau autorisée en 2010, on inspecte les fraises avec soin (7 mars 2011, ACT Alliance)

‘Les paysans de Gaza prennent beaucoup de précautions dans la production de fraises pour l’exportation,’ remarque Abu Samra. ‘Cela ne rapporte pas si l’exportation est impossible, puisque la vente locale des fraises rapporte 1000 $, soit deux ou trois fois moins que le prix des fraises que nous exportons.’

Paysan Direblah n’est pas optimiste concernant les conditions permettant de faire un bon profit avec les fraises dans les années à venir, vu les restrictions israéliennes sur les exportations. ‘C’est une question de politique. Ils ne veulent pas que nos fraises – les meilleures du monde – quittent Gaza.’ »

Le journaliste indépendant Abdulrahman Murad écrit pour le Middle East Monitor, Mondoweiss, et Al-RAY Media. On peut le suivre sur Twitter et son blog.

Les commentaires sont fermés.