06/03/2014

Manque de ciment

En janvier 2014, l’organisation non-gouvernementale israélienne Gisha a averti que la quantité de ciment autorisé à l’importation dans la bande de Gaza était nettement en-dessous des besoins. Cette privation délibérée du secteur de construction gazaouis représente une punition collective en violation du droit international, selon un article du Haaretz qui a interviewé des responsables de la construction à Gaza. Un article en anglais par la journaliste Rasha Abou Jalal pour Al Monitor nous informe de cette situation qui perdure. Je le traduis en le résumant ici.

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Une femme palestinienne noue des sacs de ciment sur un site de construction au nord de la bande de Gaza. 23 mai 2013 (photo REUTERS/Mohammed Salem)


« La pénurie de ciment à Gaza crée des milliers de chômeurs
Rasha Abou Jalal, 3 mars 2014, ville de Gaza, bande de Gaza

‘Rendez-vous à la station service Bahloul à l’ouest de la ville de Gaza à 10h30 précises. Il vous faut venir avec un camion pour la marchandise. Venez seul et discrètement – personne ne doit nous voir !’ Qassem a reçu ce message sur son téléphone portable d’un homme d’affaires de la ville de Gaza.

Il ne s’agit pas d’un trafic de drogue : Qassem, 22 ans, cherchait simplement à acheter des sacs de ciment pour finir la construction de l’appartement de sa future femme et de lui-même. … Le vendeur profite de la pénurie pour vendre à un prix environ cinq fois supérieur au prix habituel, une pratique interdite par le gouvernement. …

Israël a cessé d’exporter du ciment vers la bande de Gaza en octobre 2013, suite à la découverte du tunnel Ein Hashlosha construit par le Hamas à l’est de Khan Younis, au sud de la bande de Gaza. Selon le Centre palestinien des droits humains (PCHR), en janvier 2014 très peu de matériaux destinés à la construction étaient autorisés : 1'406 tonnes de ciment et 9'063 tonnes de gravier – 6.1% et 9.1% respectivement des besoins mensuels. L’acier pour des besoins de construction était totalement interdit.

Le même rapport récent du PCHR affirme que le nombre de camions autorisés à entrer à Gaza depuis janvier représente 7,72% du nombre total d’entrées avant l’imposition du blocus en juin 2007. La crise du ciment se traduit par la suspension de centaines de millions de dollars d’investissement dans des projets de construction et le chômage de 30'000 travailleurs dans le secteur. L’économiste gazaoui Omar Shaaban explique que cette pénurie a également des incidences sur les secteurs du transport, des restaurants et du tourisme. 

Fayed al-Hajjar, un travailleur dans la construction responsable pour une famille de huit personnes, reste de longues heures à regarder la télévision locale en attendant l’hypothétique nouvelle qu’Israël lève l’interdiction sur l’importation du ciment et d’autres matériaux de construction.

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 Chez la famille Hajjar, 28 février 2014 (Photo : Rasha Abou Jalal)

Hajjar était un de seize travailleurs licenciés, à cause de l’absence du matériel nécessaire à la fabrication des briques pour la construction. ‘Ainsi, mon fils Saïd ne peut pas commencer l’université … Motaz, huit ans, n’a pas pu participer à une sortie organisée par son école : je ne pouvais pas la lui le payer.’ Pour acheter de la nourriture pour sa famille, Hajjar a dû contracter un emprunt d’un parent. Il a de vieilles dettes à régler, mais comment ?

Ashraf Abou Aida, propriétaire de l’usine fabriquant du matériel destiné à la construction qui porte son nom, fut obligé de renvoyer quelques 150 travailleurs chez eux depuis que le ciment a été banni. La rouille attaque certaines de ses machines qui sont arrêtées depuis longtemps. Selon Abou Aida, la crise affecte plus de cinquante professions, telles forgerons, menuisiers, plâtriers et poseurs de tuiles.

Selon le président de la Fédération générale palestinienne des syndicats, Sami al-Omsy, le chômage à Gaza est maintenant de 45%. … Il y a actuellement des milliers d’entreprises et d’ateliers industriels fermés. Omsy s’est exprimé avec d’autres lors d’une manifestation à la frontière de Rafah le 26 février.

Abdul-Fattah al-Zeri, directeur générale du Bureau de la consommation du Ministère de l’Economie, a noté que les 700 tonnes de ciment autorisées quotidiennement avant l’incident du tunnel Ein Hashlosha ne satisfaisaient que 20% des besoins des habitants. Il a annoncé que le Ministère a ouvert la possibilité pour les citoyens de faire des demandes formelles pour pouvoir acheter du ciment du gouvernement, importé par des tunnels entre Gaza et l’Egypte. Qassem s’en moque : ‘Dois-je encore m’enregistrer et faire de longues queues pour justifier mon besoin de ciment ? Ce n’est pas sérieux !’ »

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