18/04/2014

Etat des lieux

Fin observateur de la scène à Gaza, acteur passionné qui aime l’endroit où il vit et enseigne, Ziad Medoukh nous livre une analyse de la situation actuelle que l’on ne trouve pas dans les medias. C’est la réalité constatée par maints visiteurs étrangers qui ont vécu et travaillé dans la bande de Gaza surtout depuis 2006. Ils ont cependant toute la peine du monde à la communiquer aux oreilles qui ne veulent pas les entendre.

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« Tous les jours »,  toile de Mohammed Musallam, actuellement exposée à l’Institut Français de Ramallah


Bande de Gaza : blocus, agressions et souffrance, mais pas de haine ; réalité d’une région toujours occupée
par Ziad Medoukh

C’est difficile de parler de moments de joie à Gaza, même s’ils existent. J'aimerais parler de ces moments et faire connaître aux amis et aux solidaires la volonté remarquable de notre population civile qui s’attache à la vie, continue d'y croire, continue de rester digne sur sa terre et confiante, malgré le blocus et la souffrance. Mais, chaque fois, il y a des morts, des blessés, des attaques et des agressions israéliennes touchant souvent les civils qui m’obligent à communiquer ces événements dans mes messages et mes articles.

J’essaie, comme un simple citoyen palestinien de Gaza, d’informer le monde francophone afin qu’il partage notre peine, afin que nous ne nous sentions ni  seuls ni abandonnés dans la réalité atroce de cette région toujours occupée encerclée par une occupation qui veut écraser la volonté extraordinaire et la patience exemplaire d’une population qui veut la vie, qui persiste, qui résiste et qui garde espoir - une population enfermée, agressée, souffrante, mais digne.

Je suis un citoyen qui souffre avec tous les habitants des coupures d’électricité, du grand manque de médicaments et de la pénurie de carburant. Les habitants éprouvent énormément de difficultés pour sortir de Gaza, mais ils ont décidé de rester attachés à leur terre, aux côtés d’une jeunesse déterminée. Je donne des témoignages, en toute objectivité, sur la réalité vécue par la population, au quotidien, loin de la haine.

Actuellement à Gaza, c’est malheureusement la souffrance, les difficultés, les bombardements, les incursions, les agressions, la fermeture des frontières, le blocus israélien inhumain et l’absence de perspectives pour l’avenir.

Les forces de l’occupation ne veulent pas laisser les Palestiniens de Gaza mener leur vie normalement, elles rendent cette vie très difficile, elles essayent de provoquer les forces de résistance par leurs agressions permanentes.Ces agressions sont quotidiennes : contre les paysans - incursions, destruction des arbres, des maisons;  contre les pêcheurs - arrestations, réduction de la zone de pêche, augmentations des restrictions de la zone tampon.

On compte plus de 50 morts palestiniens en pleine trêve depuis la dernière agression israélienne de novembre 2012  (contre deux israéliens tués) et plus de 1000 violations israéliennes de cette trêve.

Les habitants de Gaza se font assassiner presque tous les jours, sans décence, par l’armée de l’occupation. Il s’agit d’une politique délibérée animée par un mépris de la vie humaine.

Le problème est que personne n'en parle, ni les médias, ni les organisations des droits de l’homme, mais le plus grave est que ceux-ci approuvent la version israélienne.

Des observateurs et des médias, voire des personnes dites démocrates et progressistes, adhèrent ainsi implicitement à la politique de l’armée israélienne. Ils déclarent que les personnes assassinées à Gaza sont des combattants et non des civils et que les attaques et agressions sont souvent des ripostes à des missiles et des roquettes lancées par des factions palestiniennes contre les colonies israéliennes proches de la bande de Gaza. Mais les femmes, les personnes âgées, les enfants, les paysans, les pêcheurs et les ouvriers qui ont été tués par l’armée israélienne sont-ils des combattants ? De quel mouvement ou de quelle faction ?

On a vu lors des derniers raids israéliens sur Gaza en début du mois de mars 2014 comment les médias ont couvert ces événements et on a entendu  l’Europe officielle s'élever contre la chute de roquettes venues de Gaza, sans toucher mot du blocus israélien qui entre dans sa huitième année : deux poids, deux mesures !

On entend dire aussi que le blocus est égyptien ou que le gouvernement qui dirige Gaza est responsable de cette situation! Ma réponse est simple : le blocus est 100% israélien et cette punition collective israélienne vise les civils de Gaza. On a vu que lors des deux attaques militaires israéliennes en 2009 et 2012 : ce sont les infrastructures civiles qui ont été visées, comme les routes, la centrale électrique et les usines.

Tout cela est révoltant, c’est de l’injustice, c’est la haine de la part de l’occupant. Mais notre volonté est plus forte que leur haine : nous avons choisi, nous, de rester à Gaza, en dépit de toutes ces difficultés. Très attaché à la vie, on s’adapte, on construit, on reconstruit, on vit tout simplement et on espère !

Nous avons appris de nos mères à être tolérant, à n'avoir point de haine et nous sommes en train de transmettre ces principes à nos enfants.On n’attise pas la haine : on informe, on décrit la dure réalité, telle qu’elle est.Nous avons choisi la vie et pas la mort.  Nous préparons un avenir meilleur pour nos enfants - nous les envoyons à l’école, nous leur enseignons la tolérance.

Les Palestiniens, en majorité, veulent vivre en paix mais les provocations, les attaques israéliennes d’une part et les médias étrangers d’autre part qui cherchent la sensation autour de chaque évènement ponctuel, sans informer sur le contexte général, ne montrent pas la vraie réalité de Gaza.

Toutes les mesures de l’occupation incitent les Palestiniens à la haine, mais les Gazaouis sont contre les provocations : ils continuent de mener leur vie sous les menaces israéliennes - ils gardent espoir, mais sans haine, malgré tout.

L’armée de l’occupation contrôle tout - le ciel, la terre et la mer de Gaza - détruit une maison appartenant à un civil, bombarde un quartier en pleine nuit, tue un adolescent qui se trouve à coté d’une zone frontalière, blesse un pêcheur ou un paysan, attaque la seule centrale électrique, interdit l'entrée des carburants. Alors, comment les gens de l’extérieur si mal informés par leurs médias peuvent-ils nier cette dure réalité ?

Les médias étrangers se taisent quand un Palestinien de Gaza qui manifeste pacifiquement est tué, mais ils parlent quand il y a une attaque israélienne, riposte à un missile lancé de Gaza. Ce missile fait rarement des dégâts : c’est une façon symbolique de résister mais il est utilisé par l’armée de l’occupation pour assassiner, tuer, détruire et écraser la volonté remarquable d’une population civile.

Pourquoi les médias ne parlent-ils jamais du développement de la résistance par la non-violence et des manifestations pacifiques des jeunes palestiniens de Gaza, souvent réprimées par les forces de l’occupation israélienne ?

Ces gens qui nient la dure réalité vécue par notre population civile ne savent pas ce qu'est une occupation ou une humiliation. Ils ne savent pas ce que c'est de laisser un patient mourir à un passage, ils ne savent pas ce que c'est d'attaquer la seule centrale électrique et d'interdire l'entrée du fioul et du carburant, ils ne savent pas ce que c'est de briser le rêve d’un jeune qui voulait poursuivre ses études à l’étranger, ils ne savent pas ce que c'est de n'avoir que six heures d’électricité par jour. Ajoutons à cela les enfants qui effectuent des dizaines de kilomètres à pied pour rejoindre leurs écoles car les moyens de transport sont paralysés, le paysan qui risque sa vie pour chercher de quoi nourrir sa famille, le pêcheur qui continue de pêcher malgré les menaces de mort, sous les tirs de la marine israélienne dans la mer de Gaza et maints autres exemples d’attaques et de provocations contre les civils.

Oui, pas de haine, même si toutes les provocations israéliennes veulent nous  pousser à la violence. Non, notre combat n’est pas contre les juifs ni les civils. Notre vrai combat est contre les colons et les soldats israéliens qui se trouvent de façon illégale dans des territoires reconnus comme occupés par les Nations Unies. Nous voulons vivre en paix, mais une paix dans la justice.

Un dernier mot : la plume de paix des Palestiniens est plus forte que le feu de haine des occupants, comme la lumière de l’amour l’emporte sur les ténèbres de l’horreur.Un seul mot aux gens qui nient toute la souffrance et la dure réalité de Gaza : soyez humains.

Ziad Medoukh
Ambassadeur de la paix

Commentaires

"blocus, agressions et souffrance, mais pas de haine..."
Merci Monsieur Ziad Medoukh!
Cela ne nous rend que plus responsables!

Écrit par : cmj | 18/04/2014

Un vif merci, Carol, de nous transmettre un message des êtres humains qui vivent à Gaza.
L'implacabilité d'Israël à maintenir une politique aussi glaciale est impressionnante. L'impunité que les gouvernants israéliens s'octroient semble absolue. Jusqu'où le monde laissera faire?
Ici, nous avons un sentiment que le problème est si vaste que nous nous sentons démunis. Mais il y a toujours une faille par où passer quand le désir de la trouver est fort.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 20/04/2014

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