13/07/2014

Ces nuits à Gaza ne portent pas conseil

Journaliste et blogueuse Abir Ayoub raconte sa nuit du 10 juillet dans la ville de Gaza pour le journal israélien Haaretz. Il semble qu’elle croie encore au pouvoir protecteur du droit international comme garde-fou en temps de guerre .  L’article est en anglais, ma traduction suit. 

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Une poupée parmi les débris d’une maison détruite par une frappe israélienne sur la ville de Gaza le 11 juillet 2014 (AFP)


 « Journal de Gaza : les Israéliens n’ont aucune idée de ce qui se passe
Par Abir Ayyoub, 11 juin 2014

GAZA – Je profite des heures relativement calmes tôt le matin suite à une nuit pleine de bruit sans sommeil. Tout le monde dans la maison dormait lorsque mon frère, qui vit dans la même maison, est venu nous réveiller. Il nous a dit que notre voisin avait reçu un coup de fil de l’IDF [l’armée israélienne ndlt] lui demandant d’évacuer sa maison, parce qu’ils allaient la bombarder. La maison de notre voisin se situe à quelques mètres – les préparations pour cette frappe, plus près que les autres, étaient terriblement traumatisantes.

Ma mère a ouvert toutes les fenêtres pour éviter qu’elles ce cassent avec le choc ; le verre cassé est la cause principale des blessures dans cette situation. Les 20 membres de ma famille élargie se sont rassemblés au salon en attendant l’évènement affreux. Le défi le plus fort était de s’occuper des enfants qui n’y comprenaient rien. J’écris en ce moment deux heures après le téléphone et nous attendons toujours la frappe, c’est incroyable. Nous voulons être délivrés de la tension extrême dont tout le monde souffre en ce moment.

Déjà, la nuit passée ne ressemblait pas aux autres. Les drones dans le ciel de Gaza avec leurs bruits vrombissants n’ont pas arrêté de nous encercler, pas même un instant. Les F-16 tiraient régulièrement chaque heure et les bateaux de guerre continuaient à tirer des obus tout près de la plage la nuit durant.

Je ne pouvais pas fermer l’œil, pas même un tout petit moment – les explosions nous entouraient. Dans notre petite enclave au bord de la Méditerranée, même le point le plus éloigné de Gaza, est juste à côté : notre territoire est si petit. Alors je suivais les nouvelles sur les médias sociaux, à la télé et à la radio. Pendant toute la nuit, des immeubles dans lesquels des douzaines des personnes dormaient ont été des cibles de frappes. Rien ne changeait d’un quartier à un autre, sauf le nom des familles. 

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Maison démolie le 12 juillet 2014 (Photo par Wissam Nasser)

Bizarrement, je cherchais en même temps des entretiens avec le porte-parole israélien. Je voulais savoir comment ils conciliaient les buts annoncé de l’Opération ‘Bordure de protection’ – supposée arrêter les roquettes tirés depuis Gaza et porter un coup à l’infrastructure du Hamas – avec le fait de tuer des douzaines d’enfants et d’autres civils innocents dans leur sommeil. J’ai regardé un entretien avec Avichey Adrey, porte-parole de l’IDF, une chaîne en langue arabe. Son évaluation de l’opération qui selon lui jusqu’à présent est un succès m’a époustouflé. Je ne sais pas à quel succès Israël il se réfère quand la plupart des 86 personnes tuées [165 à l’heure que je traduis cet article ndlt] étaient des femmes et des enfants. De surcroit, encore plus surprenant et même plus grossier, Adrey justifiait les frappes des IDF sur des maisons des civils en expliquant que d’habitude l’armée frappe la maison avec un coup de semonce avant d’envoyer un missile pour la détruire. Je ne comprends pas comment une armée peut justifier avertir des gens en les frappant d’un obus. 

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Sahir Salman Abu Namous, 4 ans, était décapité par un obus israélien le 11 juillet 2014 (photo familiale)

Les médias sociaux me montrent que la plupart des Israéliens n’ont aucune idée de ce qui se passe à Gaza. Les Israéliens qui me suivent sur Twitter insistent que je devrais me distancer du Hamas si je veux sortir de tout cela vivante. Hamas est un monstre qui pour eux vit quelque part par ici. A la différence de ceux qui m’écrivent, je pourrais toujours comprendre combien c’est terrible pour un enfant israélien d’être tué. Je n’ai jamais observé la scène Israélienne-Palestinienne sans garder en tête l’humanité des deux côtés.

Après la destruction d’une douzaine de maisons, j’ai commencé à sentir un danger réel, comme mes frères et sœurs. Israël affirme que des civils sont blessés seulement quand ils se trouvent près des endroits où les combattants palestiniens tirent des roquettes, mais cette affirmation ne tient plus debout en ce moment. Je pense qu’Israël essaie de mettre un maximum de pression sur le Hamas en tuant plus de civils pour qu’ils demandent un cessez-le feu.

Cette démarche folle d’Israël m’a été confirmé dans une visite à l’hôpital principale du milieu de la bande de Gaza. Partout dans l’hôpital, on sentait la chair brûlée. Il y avait des enfants blessés qui ne savaient pas encore que leurs parents étaient morts et des frères et sœurs tous blessés. Bien pire encore, on m’a dit que l’hôpital avait utilisé 35% de ses médicaments et 55% de son stock médical. Ce qui surprend, ou peut-être pas, c’est que ni les pays arabes ni la communauté internationale ne semble remarquer ce qui se passe aux 1,8 millions d’êtres humains qui vivent à Gaza.

On abandonne Gaza sous des obus fous, sans le soutien régional ni international et déçu de l’attitude du président palestinien Mahmoud Abbas : les gens ici sont sans espoir et désespérés. Maintenant, je sais pourquoi Israël viole le droit humain international. C’est parce que personne dans ce monde n’ose mettre un véto à ses actions. »

Commentaires

Le SAVEZ VOUS?
La résolution 194 du 11 décembre 1948 affirme le droit des réfugiés palestiniens qui le désirent de rentrer dans leurs foyers ou de bénéficier d'indemnités.

Écrit par : Natacha | 13/07/2014

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