17/07/2014

Le gouvernement suisse appelé à l’aide

Un acteur central dans la résolution de la situation actuelle à Gaza, bien connu à Genève, affirme la nécessité d’une intervention du dépositaire suisse des Conventions de Genève pour protéger les civils dans le conflit. Le portail Internet Qantara, qui veut dire « pont » en arabe, publie un entretien avec Raji Sourani. Vous en trouverez ma traduction ci-dessous.

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Raji Sourani (photo Qantara)


 « Nous ne sommes que des cibles faciles : nos vies ne valent rien
Par Raji Sourani avec Roma Rajpal Weiss, 16 juillet 2014

Raji Sourani est avocat des droits humains et fondateur du Centre palestinien pour les droits humains, qui examine et documente des violations des droits humains dans les Territoires Occupés. Sourani a été emprisonné à six occasions [par les autorités israéliennes et par les autorités palestiniennes ndtl] pour son travail.  En ce moment, il reste à Gaza, où il continue son travail sous le siège. S’adressant à Roma Rajpal Weiss, il raconte que les gens ont perdu tout espoir.

Comment cela va-t-il à Gaza en ce moment ?
Sourani : Nous ne dormons ni la nuit ni le jour. Les bombardements sont presque continus. Il n’y a aucun endroit à Gaza où nous sommes en sécurité : les bombardements ont lieu partout. En ce moment, nous sommes au milieu d’une guerre – les frappes peuvent viser des gens ou un immeuble. Les avions et les drones ne quittent pas le ciel. Des familles entières ont été décimées et la plupart des morts sont des civils. Nos travailleurs sur le terrain ont découvert que plus de 77% des blessées sont des civils. Il s’agit d’une des forces aériennes la plus sophistiquée au monde, des F16, des drones et une armée dotée d’une chaîne de commandement. Il ne s’agit pas de roquettes tirées de façon aléatoire. Ils envoient ces bombes pour tuer.

Quel est le sentiment général là-bas ?
Sourani : Les gens ici sont furieux. En 2008-09, avec tous les horreurs qui ont eu lieu, des bombes au phosphore ont été envoyées partout dans la bande de Gaza, la ville fut détruite. Puis en 2012, il y avait une autre guerre et maintenant c’est la troisième guerre de suite en l’espace de cinq ans. C’est trop pour n’importe quelle population. Les gens sont réellement malades, fatigués, éreintés et personne ne veut être une victime soumise. Ils ont le sentiment qu’ils n’ont plus rien à perdre…. ici, c’est l’enfer. 

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Un garçon récupère ses biens dans les ruines de sa maison, juillet 2014, (PCHR)

Si vous vous trouvez dans cette situation, vous constatez que le monde ne fait qu’observer alors que vous êtes uniquement un sujet d’actualité parmi d’autres. Ce qui prime, c’est le sentiment que votre âme et les âmes de ceux que vous aimez n’ont aucune valeur, et votre sang n’a aucune valeur … et vous devenez complètement fou….

Ce que j’entends le plus fréquemment lorsque les gens se mettent à discuter un cessez-le-feu, c’est que ce serait mieux de mourir tous plutôt que de retourner à la situation d’avant cette guerre. Nous ne voulons plus que ça continue. Nous n’avons aucune dignité, aucune fierté ; nous sommes justes des cibles faciles, nos vies ne valent rien. Soit la situation s’améliore, soit c’est mieux de juste mourir. Il s’agit ici d’intellectuels, universitaires, de gens ordinaires – c’est le discours qu’on entend partout. …

Voyez-vous une sortie de ce conflit ?
Sourani : C’est simple – en finir avec l’occupation. C’est tout ce qu’il faut. Ils le décrivent comme une occupation juste. Comment peut-on discuter de la justice dans une situation d’occupation ? Pourquoi ont-ils signé des accords et vingt ans plus tard, nous avons des guerres, nous avons des tueries, nous avons la destruction et la misère ? Nous ne sommes pas normaux – nous n’avons pas de dignité. Ils nous tuent, nous intimident et nous assiègent. …

A votre avis, que faut-il faire dans l’immédiat ?
Sourani : Ce sont les civils qui sont le plus à risque, ce sont eux les cibles. Dans l’immédiat, ce qui prime est de protéger les civils, ce qui veut dire, un engagement juridique de la communauté internationale, de tous ceux qui sont signataires de la Convention de Genève. L’article 1 parle de garantir le respect des civils. Nous sommes théoriquement les ‘civils protégés’ de cette occupation et pourtant il n’y a aucune protection. Je suggère que le gouvernement suisse convoque les Hautes Parties contractantes à une conférence pour fournir une protection au peuple palestinien. C’est de cela dont nous avons besoin, et un très grand besoin. La situation de Gaza était désastreuse déjà avant les attaques. Pendant huit ans, nous avons souffert d’un siège criminel, inhumain et illégal qui est une forme de punition collective pour deux millions de personnes. Il n’y a pas de circulation, ni des personnes ni de marchandises. Gaza a été étranglé, Gaza est devenu un endroit misérable et une énorme prison. Nous souffrons de 65% de chômage, 90% des habitants vivent en-dessous du seuil de pauvreté et 85% dépendent de l’aide alimentaire. Nous manquons de tout, surtout d’eau. Les déchets sont déversés dans la rue, les eaux usées ne peuvent pas être traitées. 

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Une maison démolie d’une frappe aérienne dans les attaques qui se poursuivent, juillet 2014 (PCHR)

C’est la dégringolade de la bande de Gaza mais ce n’est pas parce que nous sommes paresseux ou fous ou mauvais. Nous avons un des pourcentages le plus élevé de diplômés universitaires dans le monde. Nous avons une des classes ouvrières les plus qualifiées du Moyen Orient. Nous avons une excellente communauté d’hommes d’affaires et assez d’argent. Nous ne demandons rien sauf la fin du siège et la libre circulation des personnes et des marchandises. Il faut que le Conseil des Droits de l’Homme envoie une mission pour enquêter sur les présumés crimes de guerre commis par Israël dans les territoires occupés à Gaza…. Nous avons besoin d’un état de droit dans cette partie du monde.

Tout ce que nous voulons, c’est une fin à cette occupation guerrière et criminelle. … Je ne demande pas l’auto-détermination, je ne demande pas un état palestinien – je veux juste être normal et vivre sans occupation.

Nous voulons un état de droit : est-ce trop demander ? J’ai 60 ans et je ne me rappelle pas d’un jour durant lequel moi, ma famille ou les gens que je connais ont vécu normalement. Je viens de fêter les vingt ans de mes jumeaux le 12 juillet, ce jour-là les bombardements étaient un vrai enfer. Comment en garder de beaux souvenirs ? Des amis israéliens téléphonent. Ils pleurent et ils disent qu’ils se sentent paralysés, qu’ils ne peuvent rien faire sauf prier pour nous.

Comment arrivez-vous à fonctionner dans ces temps si durs ?
Sourani : Je n’ai pas le droit de renoncer. Nous ne pouvons pas être des victimes consentantes. Nous allons persévérer dans notre lutte pour notre liberté – ceci est notre droit et notre devoir. Mon équipe se réveille tous les matins, ils trouvent un moyen pour venir au travail. Nous devons continuer à documenter ce qui se passe ici. Nous devons raconter l’histoire des évènements. Nous sommes là pour protéger les civils dans cette période de guerre.

Raji Sourani a reçu le prix de Right Livelihood en 2013 pour son engagement inébranlable à la cause des droits humain.
Editeur : Charlotte Collins/Quantara.de »

 

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