17/07/2014

Que ferait-on à leur place ?

Le directeur des opérations de l’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens, à Gaza, essaie de se mettre à la place d’un habitant qui vit dans la petite enclave le longue de la Méditerranée. Il écrit en anglais pour l’agence de presse Ma’an au moment où un cessez-le-feu était en discussion.  Nous suivons sa pensée en traduisant l’article aujourd’hui, jour d’un deuxième moment de calme annoncé. 

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Un Palestinien ramasse des objets d’une maison détruite par une frappe aérienne israélienne tôt le matin du 16 juillet 2014, en ville de Gaza (AFP/Mohamed Abed)


 « Analyse : et après ?
par Robert Turner, 16 juillet 2014 

Alors que je suis assis ici dans mon bureau, qui est également ma chambre à coucher, dans la ville de Gaza, en écoutant les frappes aériennes et les tirs de missiles, on parle de comment en finir avec la violence. C’est grandement souhaitable, surtout pour la population civile de Gaza, ce sont eux qui ont souffert le plus de l’escalade de la violence.

Mais lorsque je pense aux 17'000 personnes déplacées dans nos écoles (j’ai parlé avec quelques-uns hier), je me demande ce qu’ils penseraient de ça. Parce qu’ils ont déjà vu tout ça avant : pour la plupart de ces gens, c’est la troisième fois qu’ils sont forcés de se déplacer en urgence depuis 2009 – beaucoup d’entre eux se trouvent même dans exactement la même salle de classe que celle où ils étaient les fois précédentes. 

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La famille Attar s’est déplacé pour la 3e fois dans cinq ans dans le New Gaza Boys School de l’ONU : Bilal, 4 ans, avec son père le 14 juillet 2014 (AP Photo/Khalil Hamra)

Si le cessez-le-feu espéré se termine comme les autres se sont terminés, ne le verraient-ils pas comme seulement un petit moment libre de violence ?

Pour Gaza, un retour au ‘calme’ voudrait dire un retour à la huitième année du blocus. C’est un retour à une situation où plus de 50% de la population est soit au chômage soit avec des salaires impayés. C’est un retour à un confinement dans Gaza sans pouvoir accéder aux marchés, à l’emploi ou à l’éducation – bref, sans accès au reste du monde.

Si je prends l’exemple d’une des grand-mères avec qui j’ai parlé hier : supposons qu’elle désire aller à l’Université de Bir Zeit en Cisjordanie, elle ne le pourrait pas. Le gouvernement israélien n’a pas besoin de prouver que cette grand-maman pose une menace spécifique à la sécurité puisqu’ils ont approuvé une interdiction générale à tout Gazaoui qui voudrait étudier en Cisjordanie au prétexte d’un problème de sécurité non-défini. La grande partie de la population ne peuvent pas quitter cette petite parcelle de terre de 365 kilomètres carrés.

Si un des fermiers cultivant des tomates, que j’ai rencontré hier, peut trouver un acheteur à Paris, Peoria ou Prague, il a la possibilité de mettre ses tomates sous carton et les envoyer par l’unique passage pour les marchandises au port d’Ashdod ou à l’aéroport de Ben Gourion – deux des sites israéliens les plus sensibles quant aux contrôles de sécurité. Mais malheureusement, il n’y pas de marché pour des tomates de Gaza à Paris, Peoria ou Prague. Il y a un marché pour les tomates de Gaza en Israël et en Cisjordanie, mais le fermier n’est pas autorisé de vendre ses tomates là-bas à cause de cette même supposée menace pour la sécurité dont la définition reste vague. 

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Culture des tomates, Deir al Balah, 21 avril 2013 (Photo par Abeer Ayoub)

Les personnes âgées que j’ai rencontrées hier se demandent comment ils vont pouvoir recevoir des soins après ce cessez-le-feu. A part les prestations que nous offrons à l’UNRWA, quelques services et associations privées, il n’y a que le système de santé du gouvernement qui implose. L’infrastructure a souffert des dommages et le peuple se demande qui va prendre la responsabilité de la réparer. Si l’Autorité Palestinienne n’a pas l’autorisation ou la possibilité de le faire, est-ce que cela incombe à la communauté internationale ? Ou le pouvoir occupant, Israël, assumera-t-il cette responsabilité ?

Les mères de famille que j’ai rencontrées hier se demandent où leurs enfants iront à l’école dans six courtes semaines si ce n’est pas dans une des 245 écoles des Nations Unies. Qui va réparer les écoles, fournir les livres, payer les enseignants ? Si les écoles du gouvernement ne s’ouvrent pas, est-ce que l’on exigera de l’UNRWA de fournir cette prestation ? Nous n’avons pas la capacité physique, humaine et financière d’accepter des dizaines ou même des centaines de milliers de nouveaux élèves dans nos écoles. 

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Ecole UNRWA Deir al Balah  2 avril 2013 (photo Ashraf Amra / APA Images)

UNRWA et la famille des Nations Unies, y compris WFP, UNICEF, OCHA et UNDP, restent fidèles à leur engagement qui consiste à parer aux besoins humanitaires du peuple de Gaza. Nous avons agi beaucoup dernièrement dans le domaine de la construction, en particulier les écoles pour les 230'000 enfants dont nous étions responsables l’an passé et les maisons détruites dans des conflits antérieurs ou démolies par Israël. Si nous avons envie de construire quelque chose, nous devons soumettre un projet détaillé à Israël avec les plans, le lieu et les quantités de matériel dont nous avons besoin. Les Israéliens évaluent notre projet : le processus est censé prendre deux mois mais on doit compter 20 mois en moyenne pour recevoir une réponse. Nous n’avons pas reçu une seule approbation d’un projet entre mars 2013 et mai 2014, pendant la dernière période de ‘calme’ malgré le fait que nous avions des projets en attente pour la valeur de presque 100 millions de $ US. Est-ce que ce ‘calme’ est une véritable amélioration ?

Ce qui est plus important, c’est que les gens ici se demandent qui va gouverner la bande de Gaza. Personne n’a la réponse à cette question. Je pense que les habitants de Gaza diraient que si ceci est la forme de ‘calme’ dont on discute actuellement, il est certainement préférable à la violence qui fait rage. Mais il ne pourra pas durer. Il ne va pas durer. »

Commentaires

A mon grand étonnement ( peut être je suis nulle!) que Gaza duquel on parle beaucoup est une bande quasi rectangulaire de 40 km de longueur et de 6 à 12 kms de largeur faisant une superficie de 360 km2.
Combien d habitants y trouvent? Un million 800 milles palestiniens !
Ma calculatrice m a fait calculer qu environ 5000 palestiniens vivent (vivre est un grand mot!) par km2 ou environ 5 habitants par m2 (Me trompé-je?)la rendant la région la plus peuplée du monde .
Hormis cette "médaille statistique", Gaza en a un autre trophée qui n est nullement object d une victoire mais bien au contraire:
""C est une grande prison à ciel ouvert"" selon Stéphane Hessel, sous embargo depuis des années par Israel et par l Egypte (la Sinai) . Avec ce "ciel ouvert", elle est bien ouverte aux frappes israeilennes même par la mer et surtout les F 16 et les drones.

Comment doit on penser sur son sort actuel?
Gaza, J écris ton nom avec un coeur et eux (Israel et les Pays Arabes parlaysés) l écrivent aussi mais avec ton sang

Écrit par : Natacha | 17/07/2014

"ou environ 5 habitants par m2 (Me trompé-je?)"

Oui, car s'il y a 5000 habitants par km2, alors cela fait 5 habitants par 1000m2.

Écrit par : Daniel | 17/07/2014

Dans un km2 il y a 1.000.000 m2. Pas 1.000 m2.

Écrit par : Charles | 17/07/2014

"Oui, car s'il y a 5000 habitants par km2, alors cela fait 5 habitants par 1000m2."

Cela fait le territoire le plus densément peuplé de la planète dont les gens n'ont aucune possibilité de se déplacer ailleurs. A titre de comparaison, des villas privés peuvent dépasser facilement les 1000m2 et ses occupants ne pas dépasser les cinq personnes.

Écrit par : Daniel | 17/07/2014

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