22/07/2014

« Voix de Gaza »

Un groupe de jeunes citoyens de Gaza ont lancé un site en anglais « Voices of Gaza », où chacun parle de son vécu et livre ses analyses pendant l’opération militaire actuelle à Gaza. Je traduis ici un article parmi d’autres. Il communique l’expérience d’une mère qui est également une professionnelle. Elle explique comment les actions de l’armée israélienne apprennent à ses enfants ce qu’ils savent du pays d’Israël. 

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 Hikmat et Ahmad


 « Mon fils me demande si c’est aujourd’hui que nous allons mourir
par Ghadir Al Omari, 36 ans, Gaza City, porte-parole d’une organisation des droits humains, 20 juillet 2014

Ghadir est la maman de deux petits garçons. Elle est responsable des médias d’une organisation des droits humains dans la ville de Gaza. Hikmat, 8 ans, vit son troisième assaut sur Gaza. Ahmad, 6 ans, est né peu après l’Opération Plomb Durci. Ce matin, Ghadir a exprimé son angoisse au sujet des attaques actuelles : ‘Les choses vont de pire en pire. La nuit passée était la pire de toutes. … Je n’arrive pas à parler.’ Ci-dessus, elle décrit l’effet de la situation sur ses enfants.

‘Comme toute maman, je veux que mes garçons soient protégés et heureux mais [ceci] est impossible … Je suis Palestinienne et je vis à Gaza. Cela veut dire qu’Israël peut attaquer à tout moment. … en 2008-09, notre appartement était détruit … j’étais dans le septième mois de grossesse … en novembre 2012, un missile a détruit l’immeuble où nous vivions et nous sommes allés vivre chez ma sœur. …

Nos corps tremblent et nos cœurs se serrent avec chaque frappe. … J’essaie de garder le calme pour que mes deux garçons restent forts mais parfois je n’y arrive pas du tout ! Le jour, nous restons tous ensemble dans la même pièce ou coin de pièce en écoutant tomber les obus, en essayant d’identifier les quartiers ciblés et en suivant les nouvelles à chaque seconde. Je garde les garçons à l’intérieur de la maison en tout le temps.

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 Il ne faut pas sortir.

Je ne leur permets pas de sortir même au jardin ou d’aller jouer sur le toit. Je fais de mon mieux pour créer une distance entre eux et cette folie mais comment faire quand ça se passe tout autour de nous ? J’aimerais couvrir leurs oreilles pour qu’ils n’entendent pas le son des bombardements. J’ai l’impression de mourir lorsque je vois la peur dans leurs yeux.

La nuit, c’est bien pire. Chaque nuit, je déménage les garçons d’une chambre à l’autre, à la recherche du meilleur abri. J’ai trop peur pour dormir, non seulement à cause des bruits des frappes mais aussi parce que j’ai besoin de rester éveillée pour protéger les garçons en fonction des endroits où les bombes tombent. Nous n’avons pas d’électricité depuis trois jours …

Les crimes israéliens commis contre les civils de Gaza ébranlent ma foi dans le droit international et les organisations internationales. …

Je suppose que nous les Palestiniens devraient croire seulement à la loi du plus fort. Nous faisons face à la mort chaque jour et le monde entier reste silencieux. Lorsqu’ils parlent, ils nous rappellent le droit d’Israël de se défendre. Pourquoi ?… Nous sommes occupés et c’est Israël qui nous occupe. Les deux côtés ne sont pas sur pied d’égalité.

Ce matin, Hikmat et Ahmad étaient réveillés par une très violente explosion. J’entourais leurs corps tout tremblotants dans mes bras en leur disant de ne pas avoir peur. Hikmat – il a huit ans – me dit, « J’haïs Israël, j’haïs tous les gens israéliens. » Je lui dis, « Pourquoi, chéri ? » Il répond, « Maman, tu ne sais pas pourquoi ? Ne vois-tu pas ce qu’ils essaient de faire ? Ils veulent nous tuer. »

Les Israéliens disent que nous enseignons la haine à nos enfants mais ce n’est pas vrai. Ce sont à cause des évènements comme ceux-ci que les enfants palestiniens commencent à éprouver de la haine envers Israël. Après treize jours de guerre, mes deux garçons peuvent faire la différence entre les sons des F-16 et les hélicoptères Apache. Ils jouent à identifier des sons : sont-ils des obus des tanks ou des frappes aériennes de missiles ?

Chaque matin, Ahmad, mon cadet, me demande : « Maman, nous n’allons pas mourir aujourd’hui, n’est-ce pas ? » Et Hikmat lui répond : « T’en fais pas, Ahmad, Maman et Papa nous protégerons. » Je ne sais pas quoi leur dire. Je mourrais pour mes enfants mais je n’ai aucun moyen de les protéger.  … personne ne sait ce qu’il va advenir d’un instant à l’autre. La guerre continue partout dans la bande de Gaza. Elle va finir mais à l’intérieur de nos âmes et de nos corps épuisés, il restera quelque chose de brisé.’

Commentaires

mais oui, nous n'avons pas le droit de nous taire

Écrit par : cmj | 22/07/2014

Bonjour Madame Scheller,

Merci pour votre blog et merci pour ce billet consacré à la Palestine qui me permet de témoigner mon soutien à ce peuple dans une grande souffrance depuis plus de soixante ans.

Il y aura peut-être une lueur d'espoir pour les Palestiniens si tout le monde se mobilise. Un député du Nord de la France a écrit pour interpeler François Hollande, Président de la France.

Je suggèrerai qu'on la lise lors de rassemblements à la place Bel air Genève, et lors d'une prochaine démonstration nationale de solidarité avec la Palestine.

Israël qui a tant besoin d'assurance pour son état, le seul moyen pour lui et son peuple est de créer un état pour les Palestiniens, un territoire qui soit un vrai PAYS dans lequel ils seront chez eux, en sécurité, libres et souverains.

Avec tous mes compliments pour votre courageux engagement.

La lettre de Jean-Jacques Candelier à François Hollande
http://www.jeanjacquescandelier.fr/spip.php?article658

Écrit par : Beatrix | 24/07/2014

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