12/08/2014

Polluer la vie - exprès

Réparer les réseaux d’eau brisés dans les bombardements israéliens sur la bande de Gaza peut vous coûter la vie. Un drone a lâché un missile sur deux ouvriers municipaux qui réparaient le système d’eau à Beit Hanoun le 10 août, les blessant et blessant fatalement le propriétaire de la maison privée d’eau qui discutait avec eux. Sa famille, déplacée dans une école, espérait bientôt rentrer. M. Anwar Al Zaaneen travaillait pour le Centre al Mezan des droits humains. Cette attaque criminelle l’a privé du droit le plus élémentaire : le droit à la vie.

Dans ce contexte, je traduis une lettre en anglais de plusieurs organisations non-gouvernementales israéliennes qui dénonce les conditions sanitaires catastrophiques dans la bande de Gaza, des conditions certainement anticipées par ceux qui ont commandés les innombrables frappes « ciblées » sur ce petit territoire captif.

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Anwar Al Zaaneen, un des milliers des citoyens ordinaires tués par Israël depuis cinq semaines (photo Centre Al Mezan pour les droits humains, Gaza)


 « En juillet, un million de personnes sans eau courante.
par Yossi Gurvitz, Yesh Din, 5 août 2014

L’IDF [sigle anglaise des Forces de Défense Israéliennes] a le devoir humanitaire de garantir un apprivoisement d’eau et d’électricité aux résidents de la bande de Gaza.

Le 23 juillet, Yesh Din et plusieurs autres organisations des droits humains, chapeauté par Gisha, ont envoyé une lettre urgente au Ministre de la Défense Moshe Yaalon. Elles lui ont demandé de donner des ordres à l’IDF de s’acquitter de ses obligations envers la population civile de Gaza.

L’infrastructure de la bande de Gaza était déjà à la limite du vivable avant l’Opération Bordure Protectrice mais les attaques massives sur Gaza ont causé des dommages graves. Le pire des cas concerne l’eau : l’OCHA (Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires) a estimé que, le 22 juillet, 1,2 des 1,8 millions de personnes composant la population n’avaient pas d’eau courante et souffraient de problèmes sanitaires. Le problème de l’eau est critique : les eaux usées ont pollué l’eau potable – tous ceux qui la boivent prennent des risques et les maladies menacent. Les eaux usées sont déversées directement dans la mer, la polluant à raison de 67 millions de litres chaque jour. De surcroit, deux travailleurs de l’autorité municipale vaquant à leur travail pendant les frappes de l’armée israélienne ont été tués depuis le début des attaques selon l’UNRWA. En conséquence, les ouvriers des services de l’eau ont peur de travailler à la réparation des infrastructures fortement endommagées.

Eitan Diamond, directeur exécutif de Gisha a déclaré que ‘plus d’un million de personnes sont sans approvisionnement régulier d’eau en ce moment’. Le système des eaux usées implose – les citernes d’eau sont noyées dans l’eau sale. Nous commençons à recevoir des indications d’infections et la privation d’eau a des effets négatifs sur les gens. Si cela continue, on prévoit un grand nombre de morts - les organisations d’aide craignent une crise humanitaire.’

Diamond appelle à des mesures qui permettront une reconstruction de l’infrastructure et sa maintenance minimale. Il a dit, ‘Malheureusement, en ce moment, les gens qui réparent le système sont exposés, quelques-uns d’entre eux ont été ciblés et tués.’ Diamond a aussi souligné que les résidents de Gaza ne reçoivent qu’une petite partie de la quantité d’électricité dont ils ont besoin en ce moment.

Et la grande majorité des Israéliens ne vont pas aimer lire ceci : c’est Israël qui porte toute la responsabilité pour cette situation. Pourquoi ? Parce qu’Israël a eu le contrôle de la bande de Gaza depuis presque 40 ans, même après son retrait [en 2005 ndlt]. Israël est donc obligé de s’occuper des besoins humanitaires de la population de Gaza. Un avis légal sollicité par Gisha montre que le concept de la bande de Gaza comme entité politique indépendante n’a aucune base juridique. Dans la Décision Basiouni en 2008 (document en hébreu), la Haute Cour de Justice a jugé qu’Israël est responsable pour le peuple de Gaza dans les domaines où Israël exerce un contrôle sur Gaza. Pendant des années, Israël a entravé toute initiative des résidents de Gaza de développer leur propre infrastructure, les rendant dépendants d’Israël ; Israël ne peut pas, tout à coup, arrêter de les approvisionner.

Et Israël n’est pas responsable uniquement de l’eau, ce que je crois personne de sensé ne le contesterait, mais c’est le cas aussi pour l’électricité. Premièrement, le manque en électricité est une des causes principales du problème d’eau : l’électricité est essentielle pour le fonctionnement des sites de traitement des eaux usées. Deuxièmement, les dizaines d’hôpitaux et des cliniques dans la bande de Gaza ont besoin d’électricité pour fonctionner. Des centaines de milliers de Gazaouis vivent sans électricité depuis plusieurs jours. 

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Un grand frère donne le bain à son petit frère dans une école des Nations Unies du camp de réfugiés de Jabalia, 31.07.204 (Photo par Mohammed Salem)

Gaza reçoit son électricité de trois sources : dix lignes électriques d’Israël, trois de l’Egypte et une petite quantité générée à Gaza. Six lignes qui viennent d’Israël ont été frappées par des roquettes en provenance de Gaza, selon des sources israéliennes, et le Premier Ministre Netanyahou a ordonné de ne pas les réparer. Comme résultat, Gaza reçoit 48% moins d’électricité. C’est un devoir humanitaire de l’état d’Israël de fournir de l’électricité à Gaza. Mais Israël empêche Gaza de produire ses propres sources d’électricité en contrôlant ses passages à la frontière. Même le passage de Rafah, qui n’est pas contrôlé directement par Israël, ne peut pas être affranchi sans un document délivré par le Registre d’état civil de la population palestinienne sous contrôle d’Israël.

Nous appelons donc le Ministre de la Défense à garantir que l’IDF ne porte pas de dommages à l’infrastructure dans la bande de Gaza ; que l’armée évite tout dommage aux travailleurs qui la réparent et la maintiennent ; que l’infrastructure du côté israélienne soit immédiatement réparée ; que l’équipement nécessaire aux réparations soit autorisé à l’entrée aux passages de la bande de Gaza et, à la fin des hostilités, que le siège dont souffre la bande de Gaza soit levé afin de permettre la libre circulation de gens et de marchandises dans les deux sens.

Cette lettre est signée par [les organisations israéliennes suivantes ndtl] : Yesh Din, Gisha, Amnesty International Israel, Bimkom, B’Tselem, The Israel Civil Liberties Union, the Public Committee against Torture in Israel, the Center for the Defense of the Individual, Machsom Watch, Adalah, Physicians for Human Rights et Rabbis for Human Rights.”

 

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