24/08/2014

Message d’une jeune palestinienne de Gaza

C’est lorsque j’ai commencé ce blog à Gaza, en mars 2007, que j’ai rencontré Karama. Son nom veut dire « dignité », « honneur », ou encore « respect » en arabe. En 2007, Karama, née au début de la première Intifada, avait 17 ans. Elle parlait l’anglais avec beaucoup de plaisir. Elle aimait danser et écouter la musique des Back Street Boys. C’était une jeune fille qui avait un regard positif : « Demain, ça ira mieux, » se disait-elle chaque jour.

Puis, tard dans la nuit au mois de juin, l’armée israélienne a tiré deux missiles sur un immeuble en face de chez Karama. Toutes les vitres de leur appartement sont parties en éclats, causant des blessures légères à trois personnes de sa famille. Le jour après, son visage était éteint. Je reconnaissais à peine la souriante jeune fille. Karama m’a confié :’C’est la première fois dans ma vie que je me dis que, peut-être, demain ne sera pas meilleur.’ 

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Dommages (photo Carol juin 2007), il n'y a plus de vitres et les cadres sont déformés.

Quand je suis retournée à Gaza en 2011, j’ai retrouvé Karama, une jeune femme. Elle terminait ses études d’anglais à l’université tout en enseignant l’arabe qui est parlé à Gaza. Après mon départ de Gaza en 2012, nous sommes restées en contact. Karama me demande maintenant de traduire et publier un texte qu’elle a écrit tout récemment. Le voici.


« S’il vous plaît, ne tuez pas ma croyance en l’humanité

Ça ne sert à rien d’essayer de communiquer maintenant. Il ne nous reste plus qu’à prier. Nous avons crié et hurlé jusqu’à ce que nos voix se réduisent à leur propre écho. Aujourd’hui, nous vivons cette nouvelle tragédie avec peur, terreur et angoisse.

Je m’appelle Karama. Je suis Palestinienne. J’ai 24 ans et je vis dans la bande de Gaza. Je ne porte pas d’arme. Je ne lutte pas, je ne tire pas et je ne tue pas. Mon ancien président [Yasser Arafat, ndlt] a dit une fois : ‘Ne permettez pas que la branche d’olivier tombe de ma main.’ Et aujourd’hui, je dis : ‘Ne tuez pas ma croyance en l’humanité.’ J’ai l’impression qu’il n’y a pas de place pour l’humanité dans notre vie, ces jours-ci.

J’essaye de dormir avant qu’une explosion énorme me réveille. Tous les jours, nous croyons vivre le dernier jour de notre vie. Ma maison a souffert des dégâts dans des attaques antérieures, maintenant nous attendons qu’ils envoient leurs bombes à nouveau sur notre quartier. Chaque soir, nous nous disons, ‘Ce soir, c’est à nous le tour.’

Je ne suis coupable de rien sauf d’être née Palestinienne. Je commence à haïr la nuit parce que je n’arrive pas à dormir. J’ai peur que mon cœur s’arrête de battre tout d’un coup, à cause de tout cet acharnement agressif. Si ma mort vous donne satisfaction, alors, allez-y, tuez-moi, mais tuez-moi, s’il vous plaît, avec compassion. »

Ce texte est publié sur le site « Voices of Gaza » initié par des citoyens de Gaza au début de l’Opération Bordure Protectrice.

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