14/09/2014

Des militaires du renseignement israélien condamnent la punition collective des habitants de la bande de Gaza

La nouvelle s’est répandue depuis trois jours : 43 réservistes des renseignements de l’armée israélienne ont envoyé une lettre aux autorités israéliennes déclarant leur refus de servir en tout domaine qui concerne l’occupation des territoires palestiniens. L’annonce originale était dans Ynet et le quotidien Yediot Aharonot. Le Monde l’annonce le 12 septembre. Dahlia Scheindlin, journaliste du + 972 Magazine, interviewée hier sur la chaîne anglaise d’Al Jazeera, a traduit le rapport de son collègue Haggai Matar en hébreu pour Local Call. Hier également, Le Temps a consacré un article à l’évènement. Aujourd’hui, Gideon Levy signe un article sur le même sujet pour le Haaretz.

Les hommes et les femmes de l’unité 8200 sont la crème de la crème des renseignements israéliens, responsables, entre autres, pour le recrutement de collaborateurs palestiniens, par tous les moyens. Ils accumulent de l’information sur toute personne considérée comme potentiellement vulnérable au chantage, de par ses habitudes sexuelles, ses besoins d’argent que ce soit pour ses propres besoins ou pour un enfant en besoin de chimiothérapie. Ils planifient des assassinats ciblés et des bombardements sur Gaza depuis l’Opération Plomb Durci qui, selon un refusnik interviewé par Matar, « n’était pas justifiée, a causé du mal à des innocents et n’a pas contribué à la sécurité des résidents d’Israël. »

Le Courrier et Le Monde ont publié des extraits de la lettre, qui est parue en entier dans The Guardian. Je la traduis ici avec les phrases du Courrier et du Monde en italiques. Le Monde et Le Temps affirment que tous ceux qui ont signé la lettre encourent des peines de prison. Les objecteurs de l’unité 8200 affirment que leur décision est une question de conscience. 

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Israel Defense Forces (IDF) unité 8200 (Photo par Moti Milrod)


« Lettre de réservistes du renseignement israélien à Netanyahou et aux chefs militaires – le texte complet
The Guardian, 12 septembre 2014

Monsieur le Premier Ministre, Benjamin Netanyahou
Monsieur le Chef d’état Major, Benny Gantz
Monsieur le  Directeur des renseignements militaires, Major-Général Aviv Kochavi
Monsieur le Commandant de l’Unité 8200 

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De droite à gauche : B. Netanyahou, Moshe Ya’alon (Ministre de Defense) et B, Gantz regardent des cartes de Gaza pendant le conflit de cet été (photo : Ariel Hermoni/Israeli Defence Forces/EPA)

Nous, anciens de l’unité 8200, réservistes mobilisés ou mobilisables, déclarons refuser de prendre part à des actions contre les Palestiniens et de continuer à être instrumentalisés pour renforcer le contrôle militaire sur les Palestiniens dans les territoires occupés.

Servir dans les renseignements militaires, selon l’opinion largement répandue, est dépourvu de toute question éthique et ne contribue qu’à réduire la violence et tout ce qui peut nuire à notre peuple. Mais notre service militaire nous a appris que les renseignements sont une partie intégrante de l’occupation militaire israélienne sur les territoires. La population palestinienne soumise aux lois militaires est complètement vulnérable à l’espionnage et à la surveillance par les renseignements israéliens. Il y a des limitations rigoureuses à la surveillance des citoyens israéliens mais les Palestiniens ne jouissent pas de cette protection. On ne fait aucune différence entre des Palestiniens qui sont impliqués dans la violence et ceux qui ne le sont pas. Des renseignements collectionnés et stockés nuisent à des gens innocents. On les utilise pour organiser la persécution politique et pour créer des divisions à l’intérieur de la société palestinienne en recrutant des collaborateurs et en fomentant des clashes entre différentes parties de la société palestinienne. Dans beaucoup de cas, les renseignements empêchent les accusés d’avoir un procès équitable face à la justice militaire puisque les preuves contre eux sont classées secrètes. Les renseignements permettent le contrôle continu de millions d’individus par une surveillance profonde et intrusive qui envahit la plupart des domaines de la vie. Cet état de choses ne laisse personne vivre une vie normale et alimente encore de la violence, nous distançant encore plus de la fin du conflit. 

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Cinq des objecteurs de conscience des renseignements. Tous les signataires de la lettre désirent montrer leurs visages et publier leurs noms de famille mais on le leur interdit. (photo : Tal Shahar)

Des millions de Palestiniens vivent sous le poids des lois militaires israéliennes depuis plus de 47 ans. Ce régime dénie les droits élémentaires et exproprient de vastes terres pour des colonies juives au bénéfice d’un système juridique, légal et policier distinct et séparé. Cette réalité n’est pas un résultat inévitable des efforts de l’Etat pour se protéger mais un choix délibéré. L’expansion des colonies n’a rien à faire avec la sécurité nationale. Cela en va de même pour les restrictions sur la construction et le développement, l’exploitation économique de la Cisjordanie, la punition collective des habitants de la bande de Gaza et le tracé réel de la barrière de séparation.

A la lumière de tout ceci, nous avons conclu qu’en tant que personnes ayant servi dans l’unité 8200, nous devons prendre nos responsabilités dans cette situation et que c’est de notre devoir moral d’agir. Nous ne pouvons plus continuer à servir ce système qui porte atteinte aux droits de millions de personnes tout en gardant bonne conscience. C’est pour cette raison que ceux qui, parmi nous, sont des réservistes refusent de participer aux actions de l’état contre les palestiniens. Nous appelons tous les soldats qui servent actuellement dans cette unité ou qui vont y servir et tous les citoyens d’Israël à faire entendre leurs voix contre ces injustices et agir pour y mettre un terme. A notre avis, c’est le futur d’Israël qui est en jeu. »

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