20/09/2014

À petits pas

Le changement commence souvent grâce à des minorités : après la lettre des réservistes du renseignement, on apprend que les Druzes israéliens commencent enfin à être dispensés du service militaire, comme ils le demandent depuis longtemps. Des citoyens israéliens vivant près de la bande de Gaza en ont aussi assez de la punition collective de Gaza. Naomi Benbassat, résidente du Moshave Ein Habesor, a écrit un article en anglais dans le Haaretz en tant que membre de l’association Other Voice (L’autre voix). Je le traduis ici.

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 Un enfant blessé attend des soins à l’hôpital Shifa, ville de Gaza après des attaques israéliennes, 30 juillet 2014. (Basel Yazoun/Activestills.org)


 « Il nous faut parler de la cruauté
par Naomi Benbasset, 16 septembre 2014

Ma maison se trouve à quelques kilomètres de la bande de Gaza et depuis des années, j’ai vécu les tirs tous les jours, j’ai fait face au dilemme qui consiste à élever des enfants dans une situation anormale. Ces derniers deux mois, les tirs de roquettes et de mortiers se sont intensifiés sur notre région. A la fin, une heure avant le début du cessez-le-feu, des mortiers ont tué deux chers amis à moi et blessé un troisième. Tous étaient membres du Kibboutz Nirim, où mes enfants ont grandi et suivi l’école.

J’écris ceci parce que chaque opération militaire nous amène plus de violence plutôt que de la sécurité. Chaque attaque des Forces de défense israélienne accroit simplement la peur plutôt que de la calmer. Nous avons déjà expérimenté des ‘opérations’ réussies innombrables qui ‘ont résolu le problème.’

J’écris parce qu’il y a une abîme énorme entre écouter les nouvelles, venant de Tel Aviv ou de Jérusalem, affirmant que les forces aériennes ont bombardé trente cibles la nuit auparavant et être là sur place à écouter ces bombardements nuit et jour – surtout la nuit – en essayant d’imaginer comment le bruit qui nous rend sourds et qui fait trembler nos murs, comment ce bruit doit résonner à seulement cinq kilomètres d’ici, à Gaza et comment les enfants réagissent et ce que font les mères. Cette proximité souligne tout simplement le fossé incommensurable entre la vie d’ici et de là-bas.

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La première journée d’école, ville de Gaza. Des écoliers passent par un bâtiment détruit sur le chemin de leur école, 14 septembre 2014 (Photo AP)

J’écris ceci puisque ma maison fut construite pas un entrepreneur de Rafah et son équipe d’excellents ouvriers. Jusqu’à l’an 2000, des dizaines de milliers d’ouvriers de Gaza travaillaient partout en Israël. Maintenant, on me raconte que ce sont tous des ennemis assoiffés de sang.

J’écris ceci parce que les résidents de l’endroit ne sont-ils pas les plus conscient de l’enfer sans fin de l’autre côté de la barrière de séparation ? Il y a environ six ans, je suis devenue membre du groupe Other Voice. C’est une association d’habitants de Sderot et d’autres lieux proches de Gaza qui ne voient pas les assauts militaires comme la solution aux tirs des roquettes. Nous avons créé des contacts avec des gens de Gaza qui, comme nous, rêvent d’une vie normale dans laquelle nous pourrions élever nos enfants en sécurité. Nous avons appelé à la fin du blocus de Gaza et à l’ouverture des négociations à cet effet.

Le 27 avril 2010, nous nous sommes adressés au Premier Ministre Benjamin Netanyahou dans une lettre formulée ainsi: ‘A quelques minutes de nos maisons, des gens vivent dans des conditions inhumaines dans la plus grande prison du monde. Ce siège qu’Israël a imposé à Gaza, qui dure depuis des années, n’a aucune justification sécuritaire. Au contraire. Le siège … représente un tonneau d’explosifs prêt à péter à tout moment en raison du désespoir, de la frustration et de la rage. Ce sont des gens ordinaires qui souffrent, alors que des extrémistes se nourrissent de cette situation, ils deviennent plus forts chaque jour. Etant donné la réalité actuelle, le prochain cycle de violence est inévitable.’

Le 14 janvier 2012, nous avons lancé une pétition dans laquelle nous demandions ‘des vies normales en paix et en sécurité pour nous et pour nos voisins de l’autre côté de la frontière.’ Nous avons exigé une fin immédiate au blocus qui emprisonne 1,5 millions de personnes à l’endroit le plus densément peuplé au monde dans des conditions honteuses. Notre raisonnement était qu’‘il n’y a pas, et ne peut pas y avoir, de justification pour cette punition collective. Cette politique est cruelle et immorale.’

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Fillette au passage du Rafah fermé, 1 août 2014. (photo Eyad Al Baba)

Dans une pétition plus récente en décembre 2013, nous observions que ‘ces derniers mois, il y a eu une détérioration significative : les résidents de la bande de Gaza souffrent d’une pénurie sévère de carburant, d’énergie et d’eau potable ; les services de santé sont en mauvais état, il y a de la pauvreté et une augmentation de chômage … nous désirons donner un avertissement contre la péjoration de cette situation.’

J’écris parce que je pense que si nous essayions de comprendre l’ampleur de la douleur et du désespoir, si nous voyions les raisons pour le comportement de nos voisins et non pas les seuls résultats, nous agirions de façon différente. Si nous définissions la réalité dans notre région – le siège, les attaques militaires, les tirs des roquettes et les tunnels – comme une réalité cruelle, nous ferions tout ce qui est en notre pouvoir pour la changer. Si nous avions le sentiment que des choses que nous ne supportions pas se passaient ici, nous ferions tout ce que nous pourrions pour les empêcher.

Nous accueillerions chaque déclaration conciliante de la part des autorités du Hamas et nous négocierons inlassablement avec eux, comme nous l’avons fait pour libérer le soldat captif Gilad Shalit. Nous lèverions le blocus et nous autoriserions l’exportation depuis Gaza et son développement économique pour que le peuple de Gaza ait une raison de vivre. Nous serions fermes dans notre intention de mettre fin à l’occupation en menant des négociations avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et nous saluerions la formation du gouvernement de l’unité palestinienne.

La capacité de se mettre à la place de l’autre – l’empathie – est la base de toute société humaine. On raconte que, par le passé, lorsque nous étions éparpillés parmi toutes les nations de la terre, nous savions exercer cette capacité à merveille.

L’auteur est une psychologue clinique. Elle vit au Moshave Ein Habesor. »

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