21/09/2014

Enfin, la rentrée !

 

Dans la bande de Gaza, l’école s’est ouverte avec deux semaines de retard, le dimanche 14 septembre. Les assauts israéliens ont détruit ou endommagé 69% des écoles selon Connie Hackbarth du Centre des informations alternatives à Jérusalem. Dans ce contexte, Chris Gunness, porte-parole et directeur du soutien et des communications stratégiques de l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens, témoigne de la situation des écoliers de Gaza. Il écrit en anglais. Je traduis ses propos ici.

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Des écoliers boivent du jus assis sur un mur de leur école endommagée à
Shujahiya dans la ville de Gaza le jour de la rentrée, 14 septembre 2014 (Photo par AP)


  « Mettons les enfants d’abord : lever le blocus de Gaza
par Chris Gunness, 17 septembre 2004, Haaretz
 

La rentrée cette semaine à Gaza était la plus bouleversante de mémoire d’humain. Des centaines de psychologues étaient sur place dans les 252 écoles de l’UNRWA [Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens ndtl] pour y animer une semaine de thérapie pour 241'000 élèves. Tout d’abord, nous avons lu les listes de présence pour établir qui était en vie et qui était mort.

Cinq cents enfants [le chiffre actuel est à 505 ndtl] étaient tués pendant le conflit, une moyenne de dix par jour. Il n’y avait aucun endroit où un enfant pouvait se sauver ou se cacher pour être en sécurité. Beaucoup ont trouvé la mort chez eux. L’ONU était incapable de fournir des abris sûrs. Soixante-cinq écoles de l’UNRWA, dont quelques-unes avaient ouvert leur portes à des personnes déplacées, étaient les cibles directes ou indirectes des frappes. Des enfants mouraient dans leur sommeil à côté de leurs parents, couchés sur le sol des salles de classe des écoles de l’UNRWA.

Presque tout enfant à Gaza a un frère, une sœur, une mère ou un père, un parent ou un ami tué, blessé ou handicapé à vie, cela s’est souvent passé devant ses yeux. Parmi les 3'000 enfants blessés, nous estimons que mille resteront handicapés physiquement le restant de leur vie. Chaque enfant âgé de plus de six ans a vécu trois guerres de ce genre. L’ONU évalue à 375'000 le nombre d’enfants gravement traumatisés.

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Anas Hassan, à gauche, dont le père était tué dans le massacre de Khuza’a le 22 juillet 2014 et son cousin, Hôpital Nasser, Khan Younis, 24 juillet (Anne Paq, Activestills.org)

Derrière ces statistiques il y a des vies réelles, chacune avec sa dignité et son destin qui mérite le respect et la reconnaissance. Permettez-moi de vous en raconter une – le neveu de mon collègue Kamal. Un missile a frappé la maison où il vivait avec sa famille élargie. Quatre enfants de son frère ont subi des blessures sérieuses. Ils dormaient au moment de l’attaque. Un de ses neveux, de 8 ans, était blessé au visage par des éclats d’obus. On l’a transporté, inconscient, à l’hôpital. Il s’est réveillé de son coma aveugle. Nous avons trouvé un hôpital à Amman qui était d’accord de le prendre en charge. Mais on a interdit à sa mère de l’accompagner. C’est finalement une tante qui a été autorisée à accompagner le petit aveugle. Dix jours plus tard, son père se trouvait à la mosquée pour la prière lorsqu’un missile est tombé. Du coup, le garçon est devenu à la fois aveugle et orphelin de son père.

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Khaled Shalat, 10 ans, Hôpital Deir-al-Balah, bande de Gaza, 15 juillet 2014. La frappe dans laquelle il a été blessé a tué son père et blessé quatre autres, y compris sa mère. (Anas Muaileq, APA images)

L’horizon des enfants de Gaza est peu encourageant. Environ 60'000 maisons ont subi des dommages, 20'000 ne sont plus habitables. Même avant la violence de cet été, 71'000 maisons avaient besoin d’être réparées ou reconstruites. Des années de privation du blocus ont rongé l’infrastructure publique ; les dernières violences ont encore plus endommagé le réseau de distribution de l’eau, de l’électricité et les égouts. Les quartiers où les enfants jouaient sont en ruines, des munitions non-explosées sont éparpillées dans leurs espaces de jeu. L’enlèvement de ces munitions est une pré-condition pour un début de retour à une situation normale. La plupart des 110'000 sans-abris de Gaza sont des enfants.

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Garçon avec un cerf-volant, Beit Hanoun, 4 août 2014 (photo Anne Paq)
 

L’UNRWA est prête à jouer son rôle dans la reconstruction de Gaza avec un plan qui se projette sur deux ans. Quoique nous ayons plutôt envie de demander à nos donateurs de combler le déficit de $56 millions destinés à nos programmes habituels pour éduquer un demi-million d’enfants dans des états et des territoires autour d’Israël, nous allons faire face au défi de la reconstruction. Mais alors, nous ne pouvons pas reconstruire Gaza les mains liées. Il faut impérativement lever le blocus afin de pouvoir remettre notre programme éducatif sur pied. La seule manière de rendre aux enfants une croyance en un futur digne et paisible est de lever le blocus. Nous apprécions les nouvelles d’un accord pour reconstruire Gaza puisque, sans cela, dans les conditions actuelles, cela sera impossible.

Il faut en finir avec la punition collective infligée à 54% de la population de la bande de Gaza en-dessous de 18 ans - des enfants vivant sous un blocus depuis 2007. Elle est illégale sous le droit international. On ne peut pas priver les enfants d’un futur sous prétexte que des militants ont stocké des roquettes dans des écoles d’UNRWA, ce que l’UNRWA a dénoncé et condamné publiquement. On ne peut pas les priver d’une éducation de qualité parce que des militants ont tiré des roquettes depuis des lieux situés près des écoles ou bien parce que des militants ont construit des tunnels. Que soient examinés ces faits avec les questions plus larges de la conduite des hostilités. Que cela soit fait avec de la transparence et un établissement clair des responsabilités : il faut établir la responsabilité pour les violations du droit international.

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Garçons dans un abri au sud d’Israël, 14 juillet 2014 (Yotam Roenen / Activestills)

Entretemps, séparons les considérations politiques de l’éducation. Mettons les enfants d’abord : reconnaissons que tous les enfants de cette région sont liés de façon inextricable. Offrons à la prochaine génération de Gaza et du sud d’Israël la dignité de vivre libérée de la peur. D’autres libertés doivent aussi être restituées à Gaza : la liberté d’exporter, la liberté de circuler et la liberté d’accéder à la bande de Gaza depuis l’extérieur. Sans cela, on risque un nouveau cycle de violence.

Au moment où le Moyen Orient vit une progression de l’extrémisme, est-ce vraiment dans les intérêts d’Israël de priver la prochaine génération à Gaza d’un futur ? La réponse est clairement non. Israël a des préoccupations légitimes au sujet de sa sécurité. L’UNRWA a démontré qu’il peut importer du matériel pour la construction à Gaza en respectant ces préoccupations-là. Rien n’indique qu’une partie de notre matériel a été volé, au contraire des informations fausses ont circulé.

Allons reconstruire Gaza avec un accord clair stipulant que les deux côtés prendront des mesures adéquates pour éviter un nouveau cycle de violence. C’est le moment de sortir de la logique connue conduisant du blocus, aux roquettes, et à la destruction. Les enfants de Gaza et du sud d’Israël méritent mieux. »

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Dessin par Ohad Amsalem, onze ans, de Sderot, au sud d’Israël près de Gaza, 5 août 2014 (Great Flood Collective – Hamabul)

Commentaires

"Priver les enfants d'un futur", voilà ce qui découle des systèmes repliés sur soi au-dedans de frontières de plus en plus nombreuses, étroites...et mortelles.
Carol, combattre ces frontières avec une plume qui démasque les engins de morts, l’assassinat des petits sans défense, c'est prendre part à la lutte et faire face à ce défi comme le garçon avec un cerf-volant, à Beit Hanoun...
Merci

Écrit par : cmj | 23/09/2014

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