08/10/2014

L’électricité d’abord

L’homme d’affaires américain-palestinien Sam Bahour est né à Youngstown, Ohio, où il a grandi et fait ses études universitaires. Il s’est établi en Cisjordanie lors des Accords d’Oslo quand la paix semblait promise à un proche lendemain. Il y travaille comme consultant tout en enseignant à l’Université de Bir Zeit. Pragmatique, il explique pourquoi les énormes problèmes d’approvisionnement de l’électricité pour la bande de Gaza ne sont pas inéluctables. Le règlement de cette question pourrait servir d’exemple à la conférence internationale des donateurs qui s’ouvre le 12 de ce mois au Caire. Sam Bahour publie ses idées dans un article en anglais publié sur la site du + 972 mag. Je le traduis ici. 

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Consultant Bahour


« Pourquoi Gaza doit-elle attendre dans le noir ?
Par Sam Bahour, 3 octobre 2014, + 972 Blog

Lorsque j’ai demandé à une collègue qui vit dans la ville de Gaza ce que serait son plus beau rêve, sa réponse m’a fait grande impression : ‘Je rêve de comment serait la vie avec de l’électricité 24 heures sur 24.’ Ceci est la réponse d’une femme professionnelle éduquée à l’étranger en occident, célibataire, au milieu d’une brillante carrière, qui habite la partie la plus aisée de la ville de Gaza. Sa réponse montre la profondeur du désespoir des Palestiniens de la bande de Gaza.

La vie quotidienne à Gaza sans attaques israéliennes n’intéresse point les medias occidentaux de masse. Comme conséquence, on ne sait généralement pas qu’à Gaza, l’électricité est un luxe, avec des coupures qui durent entre 16 et 18 heures – tous les jours. Cette réalité amère a gâché les vies des gens pendant des années – ils doivent planifier leurs activités journalières autour des quatre à six heures durant lesquelles ils pensent que l’électricité va s’enclencher, même si cela veut dire qu’il faut se réveiller pour mettre la lessive dans la machine à laver au milieu de la nuit.

La pénurie sévère en électricité à Gaza n’est pas nouvelle. Elle n’est pas non plus le résultat de la dernière agression militaire. Gaza n’a jamais eu d’électricité en continu depuis l’établissement de l’Autorité palestinienne en 1994. Pour compenser les interruptions israéliennes du courant pour Gaza, les Palestiniens ont établi leur première centrale électrique en 2004. Depuis, Israël a régulièrement limité l’approvisionnement en électricité et en carburant industriel nécessaire au fonctionnement de cette centrale.

Le fait qu’Israël limite l’énergie dont les familles à Gaza ont besoin revient à une punition collective des Palestiniens – toute une communauté paye pour les actions de quelques-uns. 

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Des Palestiniens se retrouvent autour d’un feu dans le quartier d’At-Tuffah de la ville de Gaza, qui a souffert gravement des attaques israéliennes pendant la dernière offensive, 6 septembre 2014 (Activestills.org)

Depuis longtemps, il aurait fallu séparer l’approvisionnement de l’électricité à Gaza du conflit politique. L’accès à l’électricité – un élément de base que beaucoup des citoyens du monde, y compris ceux d’Israël, considèrent comme allant de soi – ne devrait pas dépendre des résultats de futures négociations. Perpétuer le noir à Gaza ne rend service à personne.

Pendant son agression militaire cet été, Israël a bombardé l’unique centrale électrique une deuxième fois. (Ils l’ont aussi bombardé le 28 juin 2006.) Amnesty International a condamné cette destruction comme ‘une punition collective des Palestiniens’ selon le Guardian du 29 juillet 2014. Amnesty a noté que ‘la frappe de la centrale va aggraver les problèmes déjà conséquents dans l’approvisionnement en eau, le traitement des eaux usées et le courant dont les hôpitaux et cliniques ont besoin.’ 

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Après la frappe des missiles sur la centrale électrique de Gaza, 28 juin 2014 (photo : Al Monitor)

Moins que 50 jours après la frappe de la centrale, le responsable du Service de l’électricité à Gaza Walid Sayel a annoncé que la centrale était en état de reprendre ses fonctions en attendant l’arrivée du carburant. Selon l’article du Monitor, le Ministère de l’énergie turque avait affirmé que la Turquie était prête à envoyer une centrale de 100 mégawatts flottant sur un bateau si Israël lui accordait les permis nécessaires. Le projet est au point mort.

Le manque de carburant n’est pas le problème principal. Si la Turquie avait vraiment envie d’envoyer cette centrale, elle serait déjà sur place même si elle devait faire face à la marine israélienne en risquant un incident international pour amener l’électricité. Si l’Autorité palestinienne faisait son travail de manière sérieuse, nous ne verrions pas l’autorité d’une centrale palestinienne quémander les fonds nécessaires pour remettre sa centrale en marche. Israël a en effet la capacité de fournir Gaza en courant ininterrompu immédiatement. Selon le droit international, comme pouvoir occupant, Israël a seul la responsabilité de remédier à cette situation sans délai.

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Je pose le défi suivant aux gouvernements et leurs représentants qui viennent de se réunir au Caire pour des nouvelles discussions des détails du cessez-le-feu sans aucun limite dans le temps prévu : adressez-vous d’abord cette question essentielle et humaine – Donnez au peuple de Gaza accès à l’électricité. Cela pourrait soulager le stress d’une vie où les êtres chers ne peuvent pas communiquer par téléphones portables puisque c’est impossible de les charger, où on ne peut compter sur les E-mails ni sur des appels Skype et où le bon fonctionnement des générateurs de secours dans les hôpitaux est une question de vie ou de mort.

Un processus de paix censé durer cinq ans est maintenant dans sa troisième décennie. Toute une génération d’enfants palestiniens de Gaza nés au début des années nonante fêtent leur 16, 18 ou 20 ans sans avoir connu une époque où il n’y avait pas besoin de bougies pour étudier après le tombée de la nuit à cause d’une électricité aléatoire. 

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Faire les devoirs à la lumière de bougie (photo accompagnant la publication de cet article sur
The Palestine Chronicle)

Israël est capable de mettre fin aux coupures de courant aujourd’hui même. Les pays qui le désirent ont le pouvoir d’exercer des influences pour exiger qu’Israël agisse dans ce sens. Si la communauté internationale ne peut pas se mettre d’accord sur la priorité d’une fourniture d’électricité normale pour la bande de Gaza - un but tout à fait réalisable – comment peut-on imaginer que les questions plus grandes d’ordre politique soient bientôt résolues ?

Sam Bahour travaille comme consultant d’affaires chez aim.ps à Ramallah.
Il est également conseilleur pour Al-Shabaka, le Palestinian Policy Network.
Il tient un blog au ePalestine.com.»

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