12/11/2014

Le business - ce n'est plus possible

La destruction massive des usines à Gaza cet été a déjà été évoquée ici. Un article récent par Gisha raconte le cas de l’usine de biscuits Al-Awda de M. Mohammed Tilbani. Il signale la destruction des seules usines qui produisaient des médicaments et du carton. Des centaines de fermiers ne peuvent plus compter sur les soins de l’usine Al Badr, qui transformait leurs légumes et fruits en conserves. L’usine d’Al Wadiyah, qui fabriquait des produits d’alimentation est, elle aussi, rasée.

Mohammed Othman, journaliste basé à Gaza, a recueilli les témoignages de deux hommes d’affaires prospères qui sont devenus deux individus endettés avec comme perspective une vie de travail à refaire. Je traduis ici son article rédigé en anglais. 

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Ruines de l’usine Al-Awda, après son bombardement le 30 juillet 2014, Deir al-Balah. L’usine fut inaugurée par M. Tilbani en 1977. (photo Gisha)


« Hommes d’affaires de Gaza face à la banqueroute
Par Mohammed Othman, Al Monitor, ville de Gaza, bande de Gaza, 7 novembre 2014

Monzer al-Harazin, homme d’affaires de Gaza, est assis dans la petite tente qu’il a érigé devant les ruines de sa maison, ses deux entreprises et son usine. Il importait et exportait des vêtements et des tissus dans le quartier de Shujahiya, à l’est de la ville de Gaza. Il monte la garde sur ses papiers d’identité, les chèques de ses clients et des articles qu’il a pu sauver sous les débris de sa maison. Harazin a été blessé par des éclats d’obus lorsqu’il fuyait son quartier avec sa famille. Quelques heures plus tard, des bombes lâchées par des avions F-16 israéliens ont complètement détruit tout ce que lui appartenait. Il estime ses pertes à plus de 2 millions de dollars : ‘Il y avait des vêtements et du tissu qui valaient des centaines de milliers de dollars, stockés dans les entrepôts. Toutes les machines à coudre étaient neuves, achetées quelques mois auparavant,’ dit-il. ‘Chez moi, j’ai encore laissé un sac contenant environ 130'000 $ en liquide, plusieurs chèques de commerçants et de clients, et des valeurs personnelles, y compris des bijoux en or et des appareils électriques modernes comme mes téléphones… .’ Harazin dit avoir perdu à peu près 98% de ses biens …

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Dévastation du quartier de Shujahiya, 5 novembre 2014 (photo
Anne Paq)

Le secteur de l’agriculture et celui des volailles ont aussi souffert des pertes lourdes dans les attaques israéliennes. Fares Abu Ajua, propriétaire d’une des fermes les plus grandes de Gaza, contenant du bétail et des poules, a tout perdu. Des missiles tirés d’un avion israélien ont anéanti sa ferme à Shujahiya, tuant tous ses animaux causant une perte de plus d’un million de dollars. ‘L’attaque a tué 220 veaux et vaches, plus de 8'500 poules et 4 chameaux – tout ce que je possédais,’ dit-il. Abu Ajwa a maintenant plus de 100'000 $ de dettes. De surcroit, une bonne partie de sa maison familiale, où vivaient plus de 50 personnes de sa famille, y compris enfants et petits enfants, est détruite. …

Maher Tabaa, directeur des relations publiques pour la Chambre de commerce de Gaza, explique que touts les secteurs du monde des affaires  - commercial, industriel, de l’agriculture et des services – ont été délibérément ciblés dans le but d’intensifier la crise déjà bien forte à Gaza et d’augmenter le chômage et le nombre de pauvres. Selon Tabaa, ‘Plus de 4'000 entreprises ont été directement détruites, y compris 500 très importantes dans tous les domaines de l’économie.’ Selon lui, 12,5% des hommes d’affaires sont ruinés.

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Incendie après la frappe sur l'usine de savon Habboush, 10 août 2014

Il faut ajouter aux pertes, le coût du nettoyage et le débarras des débris. Il y a plusieurs types d’entreprises et d’usines totalement détruites, dont les propriétaires sont maintenant sans-emplois : des usines qui produisaient des boissons et des produits laitiers, des fabriques de vêtements et de tissus, des usines qui produisaient des produits alimentaires et des douceurs, des fermes avec des poules et du bétail et des entreprises industrielles. … Les propriétaires ont également sollicité des prêts auprès des banques qu’ils sont dans l’impossibilité d’honorer.

Les pertes sont aussi indirectes : il faut payer les salaires des 50 jours de bombardements, couvrir les coûts opérationnels et les loyers. Le secteur privé n’a reçu aucune compensation financière.

Les différents secteurs de l’économie pâtissent de chaque assaut israélien. À la suite des attaques les plus récentes, avec l’économie de Gaza dévastée, beaucoup d’hommes d’affaires sont en faillite. »

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Mohammed Othman

Mohammed Othman a fini ses études à la faculté des Medias de l’Université Al-Aqsa, Gaza, en 2009. Il a reçu des prix palestiniens et arabes pour ses reportages.

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