10/12/2014

Si proche et pourtant si loin

Un jeune de 20 ans de Gaza vit depuis l’âge de 12 ans sous le blocus. Dès l’âge de 14 ans, il a survécu à trois attaques majeures de l’armée israélienne avec toutes ses conséquences. Son monde est étriqué et fermé. L’éducation a toujours tenu une place de première importance pour les familles palestiniennes et surtout dans la situation de Gaza aujourd’hui. Les études, et surtout les études supérieures, ouvrent l’esprit à un monde auquel les jeunes n’ont pas d’accès sauf par la télévision ou par Internet.

Les jeunes savent que les adultes très âgés de Gaza ont étudié avec les Anglais à Jérusalem. Ils envient les adultes en-dessus de 40 ans ayant étudié en Cisjordanie, aux universités de Birzeit, Naplouse et Bethléem, où ils ont perfectionné leur anglais. Beaucoup de personnes de cette génération ont étudié également aux Etats-Unis, en Russie, au Caire et dans bien d’autres pays. Les francophones ont appris le français en Algérie et en France. Tout ceci est du passé. Pour la plupart des jeunes de Gaza, la possibilité de poursuivre leurs études à l’extérieur est minime et d’autant plus enviée. Un article en anglais du Monitor nous raconte la situation de 1'500 étudiants bloqués actuellement à Gaza avec des bourses et des visas qui ne leur servent à rien. Je le traduis ici. 

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Les jeunes de Gaza aspirent à la liberté :
Parkour dans des maisons détruites par l’armée israélienne cet été à Khan Younis, 4 novembre 2014 (photo par Ashfar Amra / APA images)


 « Des étudiants palestiniens bloqués demandent la réouverture des passages de Gaza
par Rasha Abou Jalal, traduction par Joelle El-Khoury, Al Monitor, 9 décembre 2014, ville de Gaza, bande de Gaza

La fermeture prolongée du passage de Rafah met en péril la possibilité pour les étudiants de voyager à l’extérieur pour poursuivre leurs études. Des étudiants ont réagi en organisant un mouvement qui appelle à ouvrir le passage de Rafah ou à trouver une solution alternative pour qu’ils puissent passer par le passage d’Erez sous contrôle israélien.

Mohib Iss al-Din, 22 ans, a obtenu une bourse pour étudier la médecine en Ukraine mais la fermeture l’empêche de partir : ‘Nous savons que la situation sécuritaire dans le Sinaï est précaire mais les autorités égyptiennes doivent aussi prendre en considération notre droit de poursuivre nos études et de pouvoir voyager. Nous ne sommes pas une menace à la souveraineté ni à la sécurité égyptienne,’ nous dit-il. ‘Mon visa pour l’Ukraine ne sera plus valable dans une semaine. Mon billet d’avion était payé par différents membres de ma famille – il ne sera plus valable non plus! Et la nouvelle année académique a déjà commencé à l’université, ce sera difficile de tout rattraper, ceci aura des incidences sur mes performances,’ explique Mohib. Il se fâche : ‘Pourquoi est-ce qu’on nous empêche de partir poursuivre des études ? N’existe-t-il pas des lois internationales qui nous garantissent le droit d’étudier aux endroits que nous choisissons librement ?’

Bassam Jadallah, un autre étudiant, témoigne craindre que la fermeture de Rafah lui coûte son diplôme. Il a réagi en ouvrant une page sur des réseaux sociaux pour mobiliser des étudiants bloqués en vue de faire une manifestation pacifique. Il nous raconte : ‘On nous promet de pouvoir sortir par le passage de Rafah depuis plus de deux mois. Mais nous nous rendons compte que les autorités égyptiennes n’accordent aucune importance aux besoins humanitaires palestiniens ; cela nous fait imaginer la possibilité de passer par Erez.’ Dans ce but, Bassam a collectionné 1'500 demandes d’étudiants bloqués et les a envoyé au Département palestinien des affaires civiles qui a la tâche d’enregistrer tout citoyen qui veut passer par Erez. Cette initiative n’a pas abouti jusqu’à présent ‘à cause de grandes complications imposées par Israël sur toute personne qui voudrait traverser par Erez.’ 

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Manifestation des étudiants le 27 novembre 2014 (www.safa.ps)

Selon Gisha, Centre législatif pour la libre circulation :’Depuis mars 2006, la politique officielle israélienne empêche les résidents de Gaza d’utiliser le passage d’Erez, sauf force majeure tels des cas humanitaires exceptionnels : depuis juillet 2010, environ 3'000 Palestiniens par mois ont pu passer par Erez ; la plupart sont des malades accompagnés en route vers un hôpital en Cisjordanie ou en Israël. Il y a aussi des commerçants qui sont autorisés à traverser.’ A titre de comparaison, en été 2000, plus de 26'000 Palestiniens chaque jour passaient par Erez.’

Jadallah explique comment la fermeture de Rafah rend les déplacements plus compliqués : ‘Si jamais nous recevions l’autorisation de passer par Erez, nous serions obligés de traverser Israël et la Cisjordanie et d’entreprendre de nouvelles procédures pour passer par la Jordanie. Tout ceci seulement pour atteindre un aéroport d’où nous pourrions prendre un avion pour arriver à nos universités.’ Jadallah a pris part à une manifestation de dizaines d’étudiants enfermés le 20 novembre devant le Département des affaires civiles du Ministère des affaires étrangères. Ils ont adressé une demande au Président de la Palestine, Mahmoud Abbas, afin qu’il intervienne pour qu’ils puissent utiliser le passage d’Erez au plus vite. Les étudiants ont également demandé au Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon de faire son possible pour mettre fin à leurs souffrances et résoudre cette crise humanitaire. … 

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Des Palestiniens se tiennent derrière les barres d’une cage symbolique pendant un rassemblement qui demande aux Egyptiens d’ouvrir le passage de Rafah, 23 novembre 2014 (photo par REUTERS/Ibraheem Abou Mustafa)

Rami Abdo, directeur de l’Euro-Mid Observer for Human Rights in Gaza, demande à la communauté internationale ‘d’assumer ses responsabilités en ce qui concerne la fermeture des passages avec Gaza et d’exercer une pression sur Israël ; de ne pas rester silencieux ou regarder passivement ce qui se passe, de ne pas permettre à Israël de punir des civils … .’ »

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