18/12/2014

Jeunes et branchés !

Le potentiel d’Internet comme source de nouvelles idées et comme moyen de communication est bien connu du journaliste Patrick Kingsley. Il a reçu le prix du meilleur jeune journaliste britannique en 2013. Kingsley a découvert des jeunes Gazaouis du même âge qui ont imaginé comment faire des affaires sans quitter la bande de Gaza. Son article récent sur des startups bourgeonnant à Gaza est rédigé en anglais. Je le traduis et le résume ici.

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Patrick Kingsley


« Sans fil à Gaza : les jeunes entrepreneurs qui transcendent le blocus
par Patrick Kingsley, The Guardian, 7 décembre 2014

Gaza et Uber ne semblent pas avoir beaucoup en commun. Uber est une application pour faciliter le transport en commun qui cette semaine pèse 40 milliards de dollars. Pour l’utiliser, on doit possède un iPhone. Gaza se remet d’une guerre, elle est sans réseau 3G. Il n’y aura certainement pas d’Uber à Gaza avant bientôt.

C’est sans doute mieux ainsi, puisqu’Uber se trouverait en compétition sérieuse avec une application locale du nom de Wasselni [« Sent to me » ou "Envoyé à moi" ndtl]. Une jeune entrepreneure a crée cet application cet été pour permettre aux Gazouis connectés à un réseau Wi-Fi de trouver, à proximité, un taxi ou la voiture d’un ami sur Facebook. L’application fonctionne également sans Wi-Fi en tapant le nom d’un café dans le site de Wasselni : en retour on reçoit une liste de numéros de téléphones de taxis ou de conducteurs approuvés dans les environs immédiats.

A Gaza, Wasselni fonctionne avec de l’argent liquide contrairement à Uber, qui justement a subi des critiques puisqu’il est possible de monter dans une voiture avec n’importe quel conducteur. Wasselni écarte les risques de monter avec un inconnu. Les seuls étrangers du réseau sont des conducteurs de taxis mais tous ont été testés comme fiables auparavant. Et alors qu’Uber était conçu par un Américain fatigué d’attendre des taxis à San Francisco sous la pluie, Wasselni est l’enfant de Mariam Abultewi, une réfugiée de 22 ans, patientant pour un taxi au milieu de la bande de Gaza. ‘J’habite le camp de réfugiés de Nuseirat,’ dit Abultewi qui a maintenant 25 ans. C’est l’une des premières femmes PDG de Gaza. ‘Les conducteurs passent un temps considérable à trouver des passagers potentiels et les passagers passent de longs moments dans la rue à la recherche d’un bon taxi.’ 

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La photo de Mariam Abu Etewy sur le site Linked-In

Trois ans après qu’Abultewi a eu l’idée de Wasselni, la startup a environ 2'000 abonnés et 70 conducteurs attitrés. Tous versent une partie de ce qu’ils gagnent à Wasselni. Il y aurait eu bien plus de personnes encore mais la guerre de cet été a mis un frein à l’expansion de l’entreprise.

Ceci est juste un exemple des difficultés pour faire des affaires à Gaza. Le blocus israélien et égyptien empêche beaucoup de marchandises de traverser la frontière. Les gens sont confrontés au même huis clos. L’électricité est disponible seulement quelques heures chaque jour et pendant la guerre, il n’y en avait pas du tout. Le nombre de clients, employés et investisseurs est limité, faire des affaires avec l’extérieur semble irréaliste. … La contrebande contournait le blocus en utilisant un grand réseau de tunnels jusqu'à cette année, qui a vu le gouvernement égyptien commencer à les détruire systématiquement.

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Saïd Hassan travaille pour le premier accélérateur de startups de Gaza, Gaza Sky Geeks (photo par Patrick Kingsley pour The Guardian)

Cependant, des jeunes Gazaouis trouvent d’autres moyens pour vaincre le blocus avec des startups comme Wasselni. Seulement quelques jours avant le début de la guerre cet été, environ 650 individus ont soumis des applications pour le quatrième weekend annuel des startups. Selon Said Hassan, ils s’attendaient à recevoir un maximum de 400 demandes. Les Gaza Sky Geeks, où Hassan travaille, offrent des conseils et des espaces de travail à des centaines d’entrepreneurs débutants. Leur projet est soutenu financièrement par Mercy Corps, une organisation internationale qui promeut le développement. Sky Geeks encourage les jeunes à regarder plus loin que l’horizon fermé de Gaza et les met en contact avec des entreprises internationales comme Google. … Hassan souligne que leur plus grand succès n’est pas une question d’argent mais que ‘nous avons changé la mentalité des gens.’

Ahmed Borei en est un. Ingénieur, il a essayé de créer une entreprise vendant des imprimantes 3D. Mais à Gaza, il n’a pas trouvé d’acheteurs et vendre ailleurs était impossible. Il s’est alors adressé aux Sky Geeks, qui l’ont encouragé de développer quelque chose de similaire en ligne.

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Ahmed Borai : ‘Avec Sky Geeks, j’ai appris à penser autrement.’
(photo Patrick Kingsely pour le Guardian)

Ahmed a alors eu l’idée d’utiliser un réseau de designers internationaux pour créer des produits 3D pour des clients aux USA. Dans une année, il a fait un profit de 25'000 $ - la plupart de ses clients et ses employés sont rencontrés en ligne. …

Les Sky Geeks s’intéressent particulièrement à promouvoir des femmes entrepreneures dans la société conservatrice à Gaza. À ce but, Abultewi et Sky Geeks gèrent des ateliers pour adolescentes appelée Big Sister/Little Sister (Grande Sœur/Petite Sœur ndtl). Des femmes comme Abultewi peuvent servir des modèles pour de jeunes étudiants, tout en leur apprenant le monde des affaires. … Le père d’Abultewi était réticent au début concernant les activités entrepreneuriales de sa fille. Maintenant, il développe même sa propre startup ! »

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