26/12/2014

Si vous voulez savoir

L’article de Sara Helm, paru dans l’édition de l’hebdomadaire Newsweek du 19 décembre 2014, explore la vie des Palestiniens de Gaza qu’elle a pu observer pendant un séjour d’une semaine. Plusieurs personnes demandent, en ligne, pourquoi Newsweek a décidé de ne pas inclure l’article dans son édition destinée aux lecteurs des Etats-Unis. À méditer après lecture de l’article. Il est en anglais J’en traduis ici une petite partie…

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Couverture de l’édition de Newsweek du 19 décembre 2014


« Gaza : Une guerre, une famille. Cinq enfants, quatre morts.
par Sarah Helm, 12 décembre 2014, Newsweek, édition pour l’Europe

Dans une maison de Rafah, au sud de la bande de Gaza, près de la frontière égyptienne, Nabil Siham aligne lentement des photos de famille. Il n’a qu’un bras, l’autre il l’a perdu à cause d’une bombe israélienne pendant la guerre, cet été. Sur les photos, sa femme Shireen et leurs enfants – Mustafa, 9 ans, Ghaida, une fillette de 8 ans, Abdul Rahman, 6 ans, Badruddin, 5 ans, et Dalal, une petite de 9 mois.

Tous ont été tués par la même bombe sauf Badruddin, lui a perdu un rein. Il joue sur les genoux de son père. Nabil a aussi perdu deux frères, deux épouses de ses frères et trois de leurs enfants – ils vivaient tous dans cette maison.

Nabil, un paysan qui cultive des légumes, regarde au loin, ses yeux injectés de sang. Il dit que lorsque la guerre a éclaté en juillet, sa famille se sentait en sécurité. Les Gazaouis vivant plus près de la frontière venaient dans son quartier pour se mettre à l’abri des missiles. Personne ne pouvait se sauver en Egypte : le passage de Rafah était fermé et c’était exclu d’imaginer fuir par la frontière israélienne dans la ligne directe des tirs. De l’autre côté, il y avait la mer : ‘Tout le monde était encerclé.’

Le 21 juillet, des roquettes israéliennes ont frappé la maison d’à côté et, à 6 heures du matin, Nabil et sa famille terrifiée ont fui. ‘Nous nous sommes précipité dans une rue, les enfants couraient avec leurs mères. Nous étions à 10 mètres de la maison lorsque j’ai entendu un drone. J’ai entendu une bombe – le son est particulier – et j’ai levé les yeux. C’est impossible que les Israéliens ne nous aient pas vus. Les drones voient tout. Ce que j’ai vu ensuite, c’était un nuage de poussière et j’ai cherché à voir mes enfants.’

Nabil se saisit de son téléphone et, soudain, nous regardions des scènes du massacre. ‘Ça, c’était Ghaida,’ dit Nabil et il actionne la vidéo une deuxième fois. Nous détournons notre regard. Il nous a montré encore d’autres photos, y compris une de toute la famille à la plage. ‘C’était ici à Rafah à la plage une semaine avant la guerre,’ dit-il. Tout le monde dans la salle pleure.

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Nabil et la photo de ses enfants (photo par Sarah Helm)

Douze membres de la famille de Nabil ont été tués sur le coup, deux cousins gravement blessées, y compris Mohammed, 15 ans, qui a perdu une jambe et puis fut transféré à un hôpital palestinien à Jérusalem-Est où on l’a opéré. Très mal en point, il a été envoyé ensuite à un hôpital en Turquie pour que les médecins enlèvent des débris de bombes de ses poumons. Il a conjuré son grand père, qui l’avait accompagné : ‘Si je meurs, je veux rentrer à la maison pour être enseveli avec ma famille.’ Lorsqu’il est mort, Israël a refusé que son corps soit transporté par avion à Tel Aviv, tout près de Gaza. Alors son grand père l’a emmené à la maison par la Jordanie, en traversant le pont d’Allenby en ambulance, à travers la Cisjordanie et Israël, au passage d’Erez et ensuite le long de la bande de Gaza jusqu’à Rafah. C’était la nuit lorsqu’ils sont arrivés. On a allumé un feu au cimetière et brulé son corps pour enterrer ses cendres près de ses cousins. …

Partant de ce récit, la journaliste Helm développe l’histoire de Gaza et ses 1,2 millions de réfugiés depuis 1948. Elle n’y avait pas mis les pieds depuis 1994 jusqu’à ce qu’elle revienne pendant les pluies de novembre. Elle décrit des scènes de misère particulièrement intenses due à la pluie battante et les rues inondées. Sarah Helm détaille aussi les dédales de la reconstruction promise qui ne semble pas venir. Un économiste de Gaza, Sami Abdel Shafi, lui demande de communiquer cette conviction personnelle : ‘Ce dont nous avons le plus besoin de reconstruire, ce ne sont pas les immeubles, c’est la paix.’ »

12:08 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, newsweek, guerre, rafah, egypte, israël, erez, cisjordanie, drone, paix, maisons, bombe, tués, frontière | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

en ces périodes de fêtes de fin d'années, religieuses ou pas, avec bonnes résolutions et désirs de paix partagés,
existe-t-il à votre connaissance des associations, ONG ou autres, en mesure d'offrir un hâvre de repos, un lieu de passage pour se ressourcer avant de pouvoir se reconstruire, à ces familles décimées, meurtries au plus profond?

ce n'est pas qu'un voeux pieux: tôt ou bientôt, l'ONU devra prendre ses responsabilités, et devra financer ces transitions et relèves, au-delà des camps de réfugiés qui ne sont que des prisons.

Écrit par : genevois déshérité | 27/12/2014

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