22/01/2015

« Gaza 2014 »

Le journal israélien Haaretz annonce la publication, le 20 janvier, d'un premier rapport intitulé « Gaza 2014 » de Physicians for Human Rights (Médecins pour les droits humains) - Israël (PHR-IL) sur les événements de l’Opération Bordure de Protection l’été passé. L’EPER (Entraide Protestante Suisse) est parmi les multiples organisations internationales à avoir soutenu les démarches de huit experts chevronnés mandatés, dont un suisse, pour cette mission médicale indépendante. Les membres de la délégation ont visité la bande de Gaza trois fois – une fois pendant les combats et deux après – entre le 19 août et le 12 novembre 2014. Ce sont les seules personnes autorisées par les autorités israéliennes à conduire des investigations pendant le conflit. Le rapport, en anglais, comporte 237 pages. J’en résume quelques points importants ici. 

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Shijahiya toujours dévasté, 12 octobre 2014 (AP)


« De la sécurité nulle part

Le 8 juillet 2014, Israël a initié une offensive militaire contre la bande de Gaza. Selon la plupart des estimations, au moins 70% des 2'100 morts survenues pendant ces 50 jours étaient des civils, y compris plus de 500 enfants. Plus de 11'000 Palestiniens étaient blessés et plus de 100'000 ont perdu leur maison. Selon les statistiques officielles israéliennes, 73 Israéliens sont morts : 67 soldats et 6 civils, y compris un enfant et un travailleur étranger. Parmi les blessés israéliens il y a avait 469 soldats et 255 civils.

Des questions se posaient quant à des violations des droits internationaux humanitaires et du droit humanitaire pendant le conflit. Après avoir consulté le centre Al Mezan en juillet 2014, PHR-IL a mis en place une mission pour établir les faits (le FFM) à Gaza. Le but de la mission était de collectionner des dépositions, d’établir les types et les causes des blessures et les plans des attaques. Le FFM devait aussi examiner les attaques contre des équipes médicales et des établissements médicaux, l’évacuation et les conséquences que le conflit a eues sur le système de santé ainsi que des considérations plus indirectes comme la réhabilitation des blessés, la santé mentale, la santé publique et les déplacements. …

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Contempler le désastre que l’on a survécu (Anne Paq /Activestills)

Conclusions

Les attaques étaient caractérisées par des bombardements lourds et imprévisibles des quartiers résidentiels sans discrimination entre les cibles légitimes et les civils, causant une destruction massive des maisons et des propriétés civiles. Des attaques pareillement indiscriminées par des avions des drones, de l’artillerie, des tanks et des bateaux de guerre n’ont pas pu résulter de décisions individuelles de soldats ou de commandants : elles doivent avoir été cautionnées par les premiers décideurs de l’armée israélienne et/ou le gouvernement.

Les initiateurs des attaques, malgré le fait qu’ils ont donné quelques avertissements avant les attaques, n’ont pas pris les précautions adéquates pour assurer l’évacuation de la population civile en aménageant des routes et des espaces sûrs. Dans ce cas, il n’y avait aucun endroit garanti comme étant sûr dans la bande de Gaza, de même pour les routes, les gens ne pouvaient pas s’échapper.

Dans de nombreux cas, des frappes répétées doublement ou à multiples reprises sur le même endroit ont causé de nombreux morts parmi la population civile et des morts et des blessures parmi les sauveteurs.

Une coordination entre l’armée israélienne et les sauveteurs pour l’évacuation par du personnel médical était souvent refusée et il y avait beaucoup d’attaques contre les équipes médicales et les établissements médicaux. Il n’est pas clair si cette violation de la neutralité médicale était une politique délibérée des responsables ou si dans l’atmosphère générale tout était permis au mépris des normes ou enfin s’il s’agissait du résultat des choix individuels faits sur le terrain pendant les clashes armés.

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L’intérieur de l’Hôpital al-Aqsa, au centre de la bande de Gaza à Deir al-Balah, après une attaque israélienne le 21 juillet 2014. Il y avait 5 morts et 70 blessés. (photo prise le 26.07.2014, Anne Paq / ActiveStills)

A Khuza’a, le comportement de certains militaires indiquent des violations graves supplémentaires des droits humains internationaux et du droit humanitaire. 

Recommandations

Le FFM

  • Fait appel à l’ONU, à l’Union européenne, aux Etats-Unis et aux autres acteurs internationaux pour qu’ils prennent des mesures pour garantir que les gouvernements d’Israël et de l’Egypte autorisent et facilitent la venue des équipes d’enquêteurs à Gaza, y compris des experts en droits humanitaires humains internationaux et des experts en armes. Alors que des mois se sont écoulés depuis l’offensive, cela n’est pas encore le cas ;
  • Souligne l’indépendance et la crédibilité des groupes locaux de la société civile palestinienne Al Mezan, PCHR et le GCMHP. Il encourage la communauté international à soutenir et reconnaître leurs efforts pour recueillir des témoignages à Gaza afin de procéder à des mesures légales ainsi que de demander la justice et des réparations ;
  • Maintient que les amorces de preuve rassemblées et présentées dans ce rapport devraient servir à la détermination légale des violations des droits humanitaires internationaux et, plus généralement, du droit humanitaire, par des mécanismes soit locaux, soit relatif à la justice internationale. Le FFM est prêt à assister et à fournir des preuves pour toute enquête crédible qui va dans ce sens ;
  • Recommande d’enquêter plus avant et immédiatement sur les répercussions de cette guerre, ainsi que les conflits armés précédents, sur la santé publique, la santé mentale et les facteurs sociaux plus larges qui influencent cette situation à Gaza. Dans cette évaluation, il est primordial de prendre en considération les effets incontournables de l’occupation toujours en cours. »

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