01/02/2015

Sept mois sans salaires

Durant les situations cauchemardesques des attaques israéliennes de l’été et jusqu’à aujourd’hui, le personnel médical de Gaza a travaillé sans rémunération. En décembre 2014, les nettoyeurs des hôpitaux ont mené une grève pour attirer l’attention sur le fait qu’ils travaillaient sans paie depuis six mois. Sans résultat. Les médecins, les infirmiers, les ambulanciers et les aides-soignants ne sont pas les seuls. Selon les conclusions d’une mission récente du Fond monétaire international (FMI) publiées le jeudi 29 janvier, la guerre de Gaza a causé une baisse de 15% dans l’activité économique de Gaza déjà durement éprouvée. Le FMI a également déclaré que le refus d’Israël de payer les 127 millions de dollars d’impôts qu’il doit à l’Autorité palestinienne, prélevés sur les importations vers Gaza et la Cisjordanie, rend presque impossible le rétablissement de l’économie palestinienne cette année. Rami Almeghari raconte ce scandale dans un article en anglais pour l’Electronic Intifada que nous traduisons ici.

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 « On nous enlève notre dignité : travailleurs de Gaza sans salaires depuis sept mois
par Rami Almeghari, The Electronic Intifada, bande de Gaza, 29 janvier 2015

Abdallah al-Hourani a été dans l’obligation de prendre une décision qui serait redoutée par tout parent. Sans salaire depuis sept mois, il a dû cesser de payer les inscriptions universitaires pour deux de ses enfants. Il croule sous des dettes : presque 2000 $ en nourriture, une somme considérable vu qu’il gagnait 1000 $ par mois. Al-Hourani est infirmier au département d’orthopédie de l’Hôpital Nasser à Khan Younis. Sa situation est celle de quelques 42'000 employés dans le secteur public. Tous sont impayés à cause des circonstances. Ils n’y peuvent rien.

En avril 2014, les deux grands partis politiques Fatah et Hamas ont signé un accord d’« unité nationale ». Cet accord n’a malheureusement pas détaillé les responsabilités du paiement des salaires des employés dans le secteur public.

Le dévouement d’al-Hourani n’est pas en cause. Pendant les 51 jours des bombardements de Gaza l’été passé, il a soigné les blessées et les mourants sans penser à sa paie. Au volant de l’ambulance entre sa maison à Rafah et son travail à Khan Younis, il a dû affronter les attaques des missiles. Vingt-trois travailleurs médicaux sont morts cet été, dont 16 en service. On compte encore 83 travailleurs de santé qui ont été blessés, « la plupart étaient des conducteurs d’ambulance, les premiers sur la scène des bombardements, » selon le récent rapport des Médecins pour les droits humains-Israël. ‘Une fois,’ dit al-Hourani, ‘je suis resté 72 heures d’affilé à l’hôpital, travaillant sous une énorme pression. C’était une très grande responsabilité.’ 

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L’hôpital Nasser était submergé par des victimes des massacres de Khuza’a le 23 et 24 juillet 2014 (24 juillet Anne Paq / ActiveStills, Picturetank REMY 0539922)

Le seul argent qu’al-Hourani a reçu ces derniers sept mois était une donation du Qatar en automne. Avec ces 1200 $, il a acheté un ordinateur d’occasion. ‘Je peux vous dire que la situation n’a jamais été si mauvaise depuis que j’ai commencé à travailler comme infirmier en 1994,’ dit-il. ‘Le stress est insupportable.’ …

Al-Hourani n’arrive toujours pas à apporter ce qu’il voudrait à sa famille. À une occasion, sa femme a souffert d’une fausse couche. Il n’avait pas de quoi lui payer un examen à l’hôpital. ‘Je suis amer,’ dit-il. ‘On nous enlève notre dignité humaine. Nous mourons à petit feu.’

La crise a affecté l’Hôpital Nasser de façon importante. Dr. Adnan al-Zatma, chef de chirurgie, explique que la moitié de son personnel n’a pas reçu de salaire depuis le mois de juin. ‘Nous avons été obligés de différer beaucoup d’opérations.’

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Médecins et travailleurs médicaux manifestent devant l’Hôpital Nasser le 26 janvier 2015 (photo Shadi Alqarra)

La situation des non-salariés a inspiré des grèves et des protestations. Beaucoup des travailleurs de Gaza ont critiqué le fait que le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas est allé récemment à Paris pour honorer les morts du journal satirique Charlie Hebdo à un moment où son peuple est dans la peine. Selon Sami al-Amasi, responsable pour La fédération générale des syndicats de Gaza, Abbas a l’autorité de décider le paiement immédiat des salaires. La semaine passe, des employés ont encerclé les bureaux du gouvernement d’unité à Gaza. Plusieurs ministres n’ont pas pu quitter les lieux pendant plusieurs heures. »

Commentaires

On hurle quand il s'agit d'attaques terroristes qui font quelques morts car le spectacle est très bruatl et dans l'instant. Mais lorsqu'il s'agit d'un terrorisme à bas bruit qui lamine un peuple entier jour après jour, les médias ne réagissent pas et les gouvernements n'organisent pas une marche avec un slogan qui pourrait être "je suis Gaza"...

Écrit par : Marie-France de Meuron | 02/02/2015

Le chef de la commission d’enquête sur l’opération Bordure protectrice répond aux critiques
William Schabas, un expert canadien en droit international qui a été choisi la semaine dernière pour diriger la commission d’enquête du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU (CDH) sur l’opération militaire israélienne à Gaza, a répondu dimanche à une vidéo datée du 13 août où il estime que Benyamin Netanyahou constitue « la plus grande menace pour la survie d’Israël ».
Dans cette vidéo, les déclarations de Schabas à l’encontre du Premier ministre israélien provoquent des moqueries dans l’Assemblée. Ce qui a suscité de nouvelles critiques contre l’envoyé de l’ONU, renforçant l’opinion de certains concernant son inaptitude à servir d’intermédiaire honnête dans cette enquête.
Dans une interview exclusive accordée à Yaacov Eilon pour i24news, Schabas précise tout d’abord que son commentaire était une réponse à un intervenant qui attaquait le rapport Goldstone (compte rendu d’enquête sur l’opération israélienne Plomb Durci datant de 2011, ndlr).
Puis, avouant qu’il « était conscient d’attirer les foudres » à cause des critiques d’Israël qu’il avait pu faire par le passé, l’avocat promet qu’il fera « de son mieux pour être aussi impartial que possible laissant son point de vue sur le côté ».
« Je ne crois pas que le président du Conseil des droits de l’Homme m’ait nommé pour diriger cette enquête à cause de mes opinions (…) je crois qu’il m’a choisi en raison de mon expertise en droit international largement reconnue », poursuit Schabas.
« Ce que je vais essayer de faire, c’est de laisser mon point de vue de côté, ne plus en parler car je ne crois pas que ce soit essentiel à mon travail, que je m’apprête à effectuer aussi indépendamment et objectivement que possible », se défend-il encore.
« De toute façon, les critiques ne s’accorderont sur aucun des choix du personnel de l’ONU, car ils (les Israéliens, ndlr) n’aiment pas vraiment le Conseil des droits de l’Homme et voudraient voir disparaître cette commission », raconte encore William Schabas à i24news.
Schabas, qui juste avant de commencer l’interview a parlé à Eilon de ses racines juives, a indiqué qu’il ne pouvait pas donner de précisions sur l’enquête car il devait encore consulter ses collègues.
(Commentaire de Schabbas sur Netanyahou et rires de l’assistance)
Enquêter sur le Hamas
« Il est évident que nous enquêterons sur des événements très récents, comme les activités de l’armée (israélienne, ndlr) dans la bande de Gaza, ses cibles, la proportionnalité et ainsi de suite », a-t-il dit.
Lorsque i24news a demandé à Schabas si l’enquête se penchera également sur les méfaits du Hamas à Gaza, l’avocat est resté très évasif.
« Je pense que si une personne raisonnable lit le mandat qui nous a été donné par le Conseil des droits de l’Homme, il verra qu’il est clair que les violations (possibles) du droit international humanitaire par toutes les parties seront couvertes ».
Par ailleurs, dans l’interview, Schabas a nié avoir déclaré que le Hamas ne devrait pas être désigné comme un groupe terroriste, mais a refusé de le qualifier de terroriste.
« Ceux qui attendent de moi que je prenne une position vis-à-vis du Hamas veulent que je montre que je suis partial, ils veulent véhiculer l’idée que je n’ai pas ma place à la tête de cette commission d’enquête ».
Impartialité de l’ONU ?
L’expert canadien a également tenu à balayer les critiques faites par les Israéliens concernant le « double standard de l’ONU », faisant apparemment référence aux propos de Netanyahou qui a déclaré que l’ONU « ferait mieux de se rendre à Damas, Bagdad ou Tripoli avant de venir en Israël ».
« Bien sûr que l’ONU a une commission d’enquête sur la Syrie, je ne pense pas qu’on doivent suggérer que l’ONU est indifférent au sort de la Syrie (…) en ce qui concerne la Libye, au début du confit, le CDH a immédiatement adopté une résolution et en quelques jours, le Conseil de sécurité a assigné la Cour pénale internationale », a précisé Schabas.
« Les conflits dont l’ONU se tient à distance sont ceux où les grandes puissances son directement impliquées, tout simplement en raison du rôle dominant qu’elles ont au Conseil de sécurité ».
William Schabas a appelé dans le passé à poursuivre Netanyahou et le président israélien sortant, Shimon Peres, devant la Cour pénale internationale à La Haye. Il y a quelques années, il avait déclaré que s’il y avait un acte d’accusation de la CPI contre le président du Soudan pour génocide, pourquoi un acte d’accusation semblable ne pouvait être délivré contre le président israélien pour les événements à Gaza.
Plusieurs hauts fonctionnaires de l’ONU ont exprimé leur mécontentement suite à la formation de cette commission d’enquête, estimant que ses membres sont hostiles à Israël. Le gouvernement israélien a demandé aux Etats-Unis, à l’Australie, à l’Allemagne, à la Grande-Bretagne et à d’autres alliés d’aider à rendre la commission plus équilibrée.
L’Etat hébreu a d’ailleurs précisé que si la commission était plus équilibrée il ne la boycotterait pas entièrement, et qu’il serait prêt à engager un dialogue avec elle et à lui transmettre des informations pertinentes.

Video ::
https://www.youtube.com/watch?v=JKWfm7QxjlI

Écrit par : Marie-Laure | 03/02/2015

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