17/04/2015

L’élan extraordinaire de la jeunesse

Pendant les huit années du blocus israélien sur la bande de Gaza 400'000 enfants sont nés. Ces jeunes enfants et les adolescents vivent avec comme seule mémoire la privation totale de leurs droits élémentaires : pas de possibilité de voir leur famille en Cisjordanie ou à l’étranger ou avoir leurs visites, donc sans pouvoir embrasser leurs grands-parents ou jouer avec leurs cousins ; peu de chances d’étudier comme ils auraient choisi, donc pas une possibilité de faire des projets de vie. Ils ont besoin de gagner de l’argent pour une famille dont le père est au chômage forcé face à un marché de travail saturé (presque la moitié de la population dépend de l’aide alimentaire internationale). Les jeunes subissent la violence de l’occupation israélienne et même des trois attaques féroces depuis 2008 comme une fatalité qu’ils ne peuvent pas changer. Ils vivent avec. Il est difficile de se mettre à leur place : comment sauter les obstacles énormes qui se dressent dans leur chemin ? Comment refuser la violence quotidienne dont ils sont les témoins ? Un article en anglais et des photos offrent un regard sur le monde des jeunes de Gaza qui, envers et contre tout, cultivent l’espoir. Je traduis l’article – les photos parlent d’elles-mêmes !

parkour_activestills20.jpgDans une rue principale de la ville de Gaza (photo par Basel Yazouri)


« Se sentir libre : 'Parkour est mon oxygène' 
par
Anne Paq et Basel Yazouri, The Electronic Intifada (Diaries : Live from Palestine), 14 avril 2015

‘La meilleure chose dans le parkour, c’est que tu te sens libre. Tout est fermé autour de nous. A Gaza, sans ou avec la guerre, la situation est très mauvaise. Le parkour, c’est mon oxygène.’ C’est Hamza Shalan, 18 ans, qui s’exprime ainsi. Hamza est dans sa première année à l’université. Il a perdu deux de ses frères – un dans l’assaut en 2008, l’autre en 2011. Hamza est membre du groupe parkour « 3 Run Gaza », établi il y a huit ans. Ils sont une vingtaine, la plupart du nord de la bande de Gaza où ils se rencontrent pour s’entrainer près de la ville de Beit Hanoun presque tous les jours.

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Centre d’entrainement (photo par Anne Paq)

Le parkour – un genre de gymnastique urbaine – est devenu de plus en plus prisé parmi les jeunes de Gaza. Il y a trois groupes différents de parkour à Gaza.

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(photo par Anne Paq) 

Côtés positifs

 ‘Au début, la police pensait que nous étions des voyous et elle nous ont traqué,’ raconte le coach Mohamad Lubad, 22 ans. C’était la toute première réaction à ce sport nouveau dans la société conservatrice de la bande de Gaza. ‘Mais avec le temps, en nous regardant nous exercer et en voyant nos spectacles dans les écoles, les gens ont mieux compris. Ils ont vu les côtés bénéfiques du parkour.’

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(photo par Anne Paq) 

Tout de même, il y a encore des adeptes du parcours qui cachent leur activité de leurs parents. Selon un jeune, ‘Ma famille estime qu’il ‘agit d’un gaspillage de temps.’

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(photo par Anne Paq)

Un autre jeune essaie de rire de l’opinion de sa famille : ‘Si ma famille découvre mon secret, il me tuera ! Ils m’ont puni dans le passé lorsqu’ils ont su que je pratiquais le parkour. Ils voulaient que je laisse tomber puisque le parkour ne mènerait pas un travail qui me permettrait de gagner ma vie. Les gens ici ne reconnaissent pas les dons des individus.’

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(photo par Anne Paq)

Le groupe poursuit ses entrainements avec passion, se rencontrant aussi souvent que possible. Dit Mohammad : ‘ Parkour se fait dans un certain esprit. Il relâche l’énergie et la tension.’

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(photo par Anne Paq)  

Même pendant les 51 jours de bombardements israéliens l’été passé, le groupe s’est réuni quand les cessez-le feu occasionnels le permettaient. Les entrainements ont tout de suite repris régulièrement une fois l’offensive terminée.

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(photo par Anne Paq)
  

Des amitiés se sont nouées avec le temps. ‘Nous sommes comme une famille, nous passons beaucoup de temps ensemble,’ dit Fahed al-Hassi, 16 ans. Il s’est joint au groupe il y a un an après avoir vu un spectacle du groupe à son école.

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(photo par Anne Paq)  

Aspirations

Comme tout dans la bande de Gaza, le groupe manque de moyens et aussi d’un environnement sûr et adapté où s’exercer. Un groupe italien a financé un centre pour 3 Run Gaza pendant un an mais le loyer est devenu trop élevé. Ils ont aussi besoin de matériel pour faire des vidéos et des photos : leur caméra GoPro est cassée.

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(photo par Anne Paq)
   

Les jeunes regardent des vidéos de parkour sur Internet pour se perfectionner mais ils rêvent de pouvoir rencontrer d’autres groupes ou de pouvoir accueillir des équipes de parkour internationales à Gaza. Avec la fermeture des passages à Gaza depuis Israël et l’Egypte qui perdure, ce ne sont que des rêves.

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Entrainement dans le parc du Soldat inconnu, au milieu de la ville de Gaza (photo par Anne Paq)
 

Plusieurs des adeptes ont souffert de blessures dont un d’un clou qui dans le pied lorsqu’ils s’exerçaient pour des journalistes dans les ruines des bâtiments bombardés par Israël.

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(photo par Anne Paq)
  

Mohammad al-Hindi continue à sauter des bâtiments même après une chute et une blessure à la cheville. Dit-il : ‘Nous ne sentons pas le danger – les risques nous excitent.’

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(photo par Basel Yazouri)
 

Texte par Anne Paq.

Anne Paq est une photographe française freelance et membre d’ActiveStills, collectif de photographie.

Basel Yazouri est photographe de la ville de Gaza et Human Rights Fellow du Magnum Foundation 2015. »

 

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