17/05/2015

Bambou et broderies

Rasha Abou Jalal et Asmaa al-Ghoul, journalistes de Gaza, ont enquêté récemment sur deux métiers traditionnels pour Al Monitor. Les meubles faits de bambou, un travail masculin, risque de disparaître, comme les sabots confectionnés en Suisse, dont il reste un seul artisan à Delémont. En revanche, la broderie des femmes reste un gagne-pain vital. C’est une manière de transmettre l’héritage culturel palestinien. Je résume ici leurs articles, dont l’original est en anglais.

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L’étoile de Canaan, motif traditionnel de la broderie rurale palestinienne (photo Carol)


La fabrication traditionnelle des lits, des tables et des chaises en bambou pour le marché local a du plomb dans l’aile. Les causes ? On cite un changement de goût en faveur de meubles plus modernes. De toute manière, le prix de ces meubles dépasse les possibilités de la plupart des Gazaouis, dont beaucoup ont un salaire réduit, à moins qu’ils ne soient au chômage forcé, en raison de la crise financière.

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Qui va les acheter ? (photo par Yasser Qudiah dans l’atelier d’Amer Khalaf, ville de Gaza)

Farid al-Masri, 69 ans, explique les étapes du travail avec le bambou. En ce moment, son importation est limitée par le blocus israélien, ce qui fait monter le prix du produit fini. La famille al-Masri exerce le métier depuis 130 ans. Tout d’abord, il faut couper le bambou dans les longueurs désirées puis ensuite tremper les pièces dans de l’eau bouillante. Ceci les rend souples et aptes à être formées rapidement à l’aide du feu. On joint les pièces sculptées par la chaleur avec des feuilles de palmier. La peinture, ainsi que des décorations de paille, donnent un aspect rustique aux meubles. Après avoir été assemblés, les meubles sont séchés au soleil pour les solidifier.

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Amer Khalaf, 29 ans, met les finitions sur une chaise en bambou dans son atelier dans le quartier d’Omar Mukhtar dans ville de Gaza (photo par Yasser Qudiah)

Alors que les ateliers de bambou ferment, le travail de broderie des femmes palestiniennes continue derrière les portes de leurs maisons. Beaucoup de ces femmes sont seules responsables pour le revenu de leurs familles. Leurs compétences dans ce métier ancien se perpétuent de mère en fille et par des formations telle celle du Centre des questions féminines, ou WAC) dirigé par Amal Syam. (Un remerciement au traducteur de l’article d’al-Ghoul, Sami-Joe Abboud.)

Um Yasmine Abou Queily, 52 ans, gagne environ 50$ par mois en brodant des châles, des sacs et des robes. Elle ne possède aucun article brodé elle-même, ceci est en-dessus de ses moyens. Par contre, elle est heureuse d’avoir pu payer les études de sa fille, maintenant infirmière. Après vingt ans de ce travail minutieux, Um Yasmine a besoin de lunettes. Elle se spécialise dans la tradition de « broderie rurale ». Elle souligne la difficile situation économique crée par la fermeture des passages : il n’y a plus de touristes à Gaza qui achètent les broderies. Le blocus rend les exportations quasi impossibles. Ce sont des clientes de Gaza ayant suffisamment de moyens qui commandent des vêtements, souvent en anticipation d’un mariage ou d’autres occasions.

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Une femme dans le camp de réfugiés Al-Shati travaille chez elle, 21 avril 2015 (photo par Motaz Alaaraj)

Les robes brodées palestiniennes sont parfois le seul héritage des villages occupés par Israël en 1948. Chaque village a ses desseins propres selon la forme, les couleurs et l’arrangement des motifs. Selon une étude par l’Université al Najah à Naplouse, la toute première broderie date de l’âge de pierre, c. 4000 av. J.C., dans la région de Hadera, près de Haïfa, et du sud de la Galilée. A cette époque, des peintures murales ont été reproduites et brodées sur des vêtements et des souliers, comme pendant la période Canaanite, ou l’âge du bronze (3100-1200 av. J.C.)

Confrontées avec l’isolation actuelle de la bande de Gaza, les brodeuses ont imaginé des moyens originaux pour promouvoir leur travail et vendre leurs œuvres. Les médias sociaux sont de grande utilité. Sabreen Abou Dawabah, 31 ans, de Deir-al-Balah, vend ses œuvres sur Facebook. Mais il lui est impossible de livrer les commandes qu’elle reçoit de la Cisjordanie, les Etats-Unis et le Qatar : le blocus empêche ses marchandises d’être exportées de la bande de Gaza !

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