21/06/2015

Paysan : métier à risque

Après l’évacuation des colons de la bande de Gaza en 2005, Israël a unilatéralement établi une zone tampon le long de ses frontières avec Gaza. Selon le Centre palestinien pour les droits humains, les paramètres exacts de cet espace interdit, dont 95 % se trouve sur des terrains agricoles, sont flous. En tout, cette zone tampon occupe 17% du territoire de l’enclave, à peine plus grande que le canton de Genève. Dans 35% de la terre agricole de Gaza, un fermier fait son travail à haute risque. Un paysan ne va pas oublier la moisson de mai 2015. Journaliste Rami Almeghari raconte son histoire en anglais. Je la traduis ici. 

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Raed el-Farra, blessé pendant qu’il réparait sa moissonneuse-batteuse le mois passé (photo par Shadi Alqarra)


Fermier de Gaza blessé dans une attaque israélienne sur sa moissonneuse-batteuse
Par Rami Almeghari, The Electronic Intifada, bande de Gaza, 10 juin 2015

La moissonneuse-batteuse de Raed el-Farra était tombée en panne. Raed s’activait à remplacer les parties défectueuses lorsque les soldats israéliens ont ouvert le feu. Soudainement, dit-il, ‘il y avait du sang qui coulait sur ma main gauche, ce sang provenait de la région de mon œil gauche.’ El-Farra cultive le blé et l’orge depuis bientôt vingt ans, mais c’est la première fois que l’on a pris sa moissonneuse-batteuse comme cible. Il a pu aller tout de suite depuis sa ferme, le long de la frontière nord avec Israël, à l’hôpital al-Shifa, le plus grand hôpital de Gaza. La balle qui l’a blessé s’est désintégrée dans sa main. La loi internationale humanitaire proscrit l’utilisation de ce genre de muntion .

« Inquiet »

El-Farra nous a dit qu’il ne considère pas l’attaque ni ses blessures comme ‘normales’. Il est convaincu que les soldats israéliens savaient que, lorsqu’ils ont tiré, il ne faisait rien d’autre que son métier. Les fermiers pour qui il travaille avec sa machine ont l’habitude d’informer le Comité international de la Croix Rouge et les autorités locales lorsqu’ils doivent faire la moisson près de la frontière avec Israël. ‘Je me demande vraiment pourquoi cela m’est arrivé,’ dit-il.

Père de huit enfants, El-Farra ne peut pas travailler depuis l’attaque. Il y a des éclats qui sont restés logés près de son œil gauche. Il ne peut plus bien voir de cet œil. 

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Raed el-Farra avec quelques-uns de ses enfants (photo par Shadi Alqarra)

‘Je compte sur la saison des moissons pour pouvoir subvenir aux besoins de ma famille,’ dit-il. ‘Je m’inquiète de plus en plus puisque l’armée israélienne ne se contente pas de seulement tirer en l’air mais commence à nous cibler directement pendant que nous sommes en train de travailler paisiblement.’

Son neveu Ibrahim travaillait avec el-Farra lors de l’incident. Il a subi une blessure légère. Selon Ibrahim, cette année risque d’être la pire pour les paysans qui doivent travailler dans la zone tampon près de la frontière entre Gaza et Israël.

En février 2013, les autorités israéliennes ont annoncé que les fermiers palestiniens pouvaient se déplacer à l’intérieur de la zone tampon sur leurs terres, pourvu qu’ils se tiennent à au moins 100 mètres de la frontière. Mais en avril 2015, le Centre palestinien des droits humains a documenté 12 incidents différents où des paysans ont essuyé des tirs des soldats israéliens à une distance correcte de la frontière. En tout, il y a eu neuf blessés, dont trois enfants. L’armée israélienne a aussi envahi le territoire palestinien dans cette partie sensible à trois reprises le même mois. De surcroit, trois Palestiniens ont été arrêtés dans la zone tampon. 

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Paysan au travail à Khuza’a, 31 mars 2015 (photo Rina Andolini)

Ibrahim explique qu’assez souvent, il arrive qu’une de leurs quatre moissonneuses-batteuses qu’ils mettent au service des paysans de la région tombe en panne. Les machines datent des années 80’s et ont besoin de réparations fréquentes. ‘Le siège d’Israël sur la bande de Gaza a rendu notre travail difficile,’ dit-il. Avant l’imposition du blocus en 2007, c’était possible d’acheter des pièces de rechange pour ces machines au marché. Maintenant, il y a une pénurie des pièces à cause des restrictions sur les importations.

Ibrahim indique une vieille moissonneuse-batteuse que sa famille a décidé de sacrificier pour avoir des pièces de rechange. ‘Il y en a une qui fonctionne encore grâce à celle-ci.’

Rami Almeghari est journaliste et enseigne à l’université dans la bande de Gaza. » 

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