21/07/2015

L’enfermement forcé par le blocus israélien fait naître des entrepreneuses

En décembre, un journaliste du Guardian a signalé l’intérêt de la startup Gaza Sky Geeks. Il a parlé avec deux jeunes qui en faisaient partie. Six mois plus tard, c’est une journaliste qui dévoile le rôle important des femmes dans le nouveau monde bourgeonnant du business on-line. Je traduis ici son article, dont l’original est en anglais.

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« Allons-y !

Il y a douze mois, Gaza était au milieu d’un conflit qui a tué 2’251 Palestiniens et plus de 100’000 individus sans un toit. L’économie de la bande de Gaza ne s’en est aucunement remise. Malgré le manque de perspectives, quelques jeunes – et surtout de jeunes femmes – refusent de désespérer. Elles planifient des startups.

 Par Ylena Gostoli, 8 juillet 2015, Qantara

Un an après les 52 jours de guerre de l’été passé, la bande de Gaza est loin d’avoir pu s’en remettre. Les blocus israélien et égyptien ont étranglé son économie – selon la Banque mondiale, elle est ‘au bord de l’effondrement’.  Le taux de chômage est le plus haut au monde – il s’élève à 60% pour les jeunes, ce sont eux qui souffrent le plus des crises successives, enfermés dans « la plus grande prison au monde » avec peu de possibilités de trouver un meilleur futur ailleurs. Cependant, quelques jeunes à Gaza ont découvert un autre moyen de créer un contact avec le monde et de regarder vers l’avenir en construisant une startup sur Internet. 

Dans un grand ensemble le long du port en ville de Gaza, un groupe de jeune codeurs, ingénieurs en technologie de l’information et concepteurs de sites Web travaillent dans le même espace, rêvant du prochain Google du prochain « Silicon Valley » gazaoui. 

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Vue du port de Gaza, 20 octobre 2014 (photo par AP)

Un après-midi ensoleillé du mois de juin, Nawal Abou Sultan, 32 ans, présente son projet à une vingtaine de jeunes étudiants et entrepreneurs aspirants. C’est un exercice pour sa future présentation à des investisseurs d’ici quelques mois. Elle est actuellement enseignante de science et technologie. Son idée fut sélectionnée parmi celles de 40 équipes qui ont participé au « Defi gazaoui » plus tôt cette année. Elle est actuellement en compétition avec 18 autres entrepreneurs débutants pour les prochaines offres d’investissements du Gaza Sky Geeks. Fondé en 2011, Gaza Sky Geeks est le premier accélérateur (programme d’accompagnement financier après-investissement) dans la bande de Gaza. Au début de 2014, des investisseurs régionaux ont contribué à hauteur de $14'000 et $20'000 à quatre projets startup dans la bande de Gaza. Nawal nourrit des espoirs que son projet de Menaship soit le prochain à recevoir un soutien matériel. 

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Les femmes de Gaza s’organisent pour devenir entrepreneuses on-line (photo Ylena Gostoli)

Menaship cible des étudiants dans la région du MENA [acronyme pour Moyen Orient et Afrique du Nord en anglais : Middle East and North Africa ndlt], proposant de les guider dans la recherche de bourses pour des études à l’étranger. Il offrira notamment des séminaires et des indices pour aider dans le processus de demande pour l’université. Selon Nawal, ‘Beaucoup d’étudiants à Gaza ont envie de compléter leurs études à l’étranger mais trouvent le processus pour faire une demande intimidant. Nawal s’inspire de sa propre expérience à Gaza sous le siège. Une bourse pour étudier à l’étranger est une des seules manières pour les jeunes d’optimiser leur carrières en quittant Gaza. 

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Des jeunes écoutent une présentation au bureau de Gaza Sky Geeks. Selon leur directrice Iliana Montauk, ‘Gaza est un endroit fantastique pour une pépinière d’entreprise – les coûts sont inférieurs à ailleurs, alors que l’investissement est le même que si vous étiez en Jordanie.’ (photo Ylena Gostoli)

Une génération sous siège

Depuis que le Hamas a pris le contrôle de Gaza en 2007, Israël y impose un blocus sévère qui limite la libre circulation. Pour obtenir un permis autorisant une sortie par le passage Erez contrôlé par Israël, il faut une attestation médicale ou une invitation. La réponse prend entre deux semaines et un mois. Le passage de Rafah a été ouvert seulement 18 jours depuis les attaques dans le Sinaï en octobre qui ont tué au moins 30 membres des forces de sécurité égyptienne.

Entretemps, même pas un des 19'000 foyers détruits pendant la guerre des 52 jours a été reconstruit. Un quart seulement de l’aide promise par des donateurs internationaux au Caire en octobre 2014 s’est concrétisé. En ce moment, 100'000 Gazaouis sont sans leur maison et l’électricité est disponible six à huit heures maximum par jour puisque la centrale électrique de Gaza n’est pas complètement réparée.

Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que beaucoup des jeunes de Gaza cherchent toute les occasions possibles pour partir. ‘Ce n’est pas uniquement des jeunes pauvres sans aucun espoir mais des familles de la classe moyenne. Les gens essaient de fuir Gaza pour un endroit plus sûr,’ explique Ramy Abdou, directeur du Euro-Med Monitor, organisation internationale à but non-lucratif basée à Genève. ‘L’assaut en 2014 a changé l’attitude des gens : l’incertitude quant au futur de Gaza s’est mutée en certitude que cela ne va pas s’améliorer.’

Des jeunes femmes éduquées se précipitent sur la scène

Le pourcentage de gens qui savent lire et écrire à Gaza est élevé (environ 97%), surtout parmi les jeunes. Un cinquième de la population détient au moins un bachelor ou un diplôme professionnel. Sur ce point, il y a une toute petite marge entre hommes et femmes (1-2 % de moins pour les femmes). Il y a plus de Palestiniens diplômés à Gaza qu’en Cisjordanie. Il reste toutefois un fossé énorme entre le nombre d’hommes et de femmes dans le monde du travail. Il est encore plus difficile pour une femme diplômée de l’université de trouver un travail que pour un homme dans une situation où déjà, les offres d’emploi font défaut. 

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Un ordinateur permet de travailler aussi chez soi. (photo Ylena Gostoli)

Normalement, le secteur de technologie est dominé mondialement par les hommes. Mais à Gaza, ce n’est pas du tout le cas. Selon Iliana Montauk, directrice de Gaza Sky Geeks : ‘Parmi les 18 équipes que nous avons en pépinière cette année, cinq sont dirigés par des femmes et huit autres sont cofondés par des femmes.’ Elle ajoute, ‘La famille joue un rôle plus important pour les femmes que pour les hommes quant à une décision de commencer une startup ou d’accepter un travail rémunéré. Une startup peut demander un ou deux ans de ressources financières avant de générer un profit. Avec plus de deux-tiers de la population vivant dans l’insécurité alimentaire ou presque, bien des familles préfèrent que leurs filles travaillent pour un salaire.’

‘Alors, s’il y a un conflit comme l’été dernier et tu ne peux pas travailler pendant quelques semaines, ça va pour un moment. Mais lorsque tu as beaucoup d’utilisateurs ou des affaires en marche avec des clients, tu dois absolument garantir une continuité dans tes prestations,’ ajoute Montauk. Pour cette raison, les pépinières planifient une partie de leur équipe hors de Gaza ou concluent des accords avec des entreprises en Cisjordanie qui auraient les compétences nécessaires s’ils doivent assumer le travail.

Trois filles de 21 ans se sont rencontrées à l’Université de Gaza, où elles étudient le développement de logiciels. Salam Daloul, Abeer al-Shaer et Amal al-Jarousha ont commencé une page Facebook il y a quelques mois pour conseiller les femmes sur l’alimentation et comment garder la bonne forme physique. Elles ont 3 millions d’amies du monde arabe et elles sont en train de transformer leur page en une application qu’elles appellent Dietii.

‘Nous avons pris ce que nous pensions pouvait être l’idée la plus profitable,’ dit Salam. ‘Nous avons choisi ces études parce que nous aimerions avoir notre propre entreprise.’ On lui demande si cette entreprise sera basée à Gaza. ‘Bien sûr,’ dit-elle. ‘Je ne vais nulle part : ici c’est ma patrie.’ »

Commentaires

Il ne s'agit pas d'un blocus israélien, mais d'un blocus voté par l'ONU et il ne concerne pas uniquement Israël, mais également l'Egypte !

Écrit par : Corto | 21/07/2015

L'ONU a toujours condamné le blocus. Ban Ki-moon, en visite à Gaza le 21 mars 2010, a déclaré : " J'ai dit clairement et de manière répétée aux dirigeants israéliens que leur politique de bouclage n'est pas tenable et qu'elle est mauvaise. Elle inflige des souffrances humaines inacceptables à la population de Gaza."

Écrit par : Carol Scheller | 21/07/2015

https://fr.wikipedia.org/wiki/Blocus_de_la_bande_de_Gaza

Résolution 1680 du conseil de sécurité !

Écrit par : Corto | 21/07/2015

La résolution 1680 traite de la frontière entre le Liban et la Syrie.

Écrit par : Carol Scheller | 22/07/2015

Le filtrage des importation contre les armes est le fait de l'ONU.

Les marchandises à usage non militaire entrent sans limitation; plus de 600 camions par jour en 2015.

Le blocus est aussi appliqué par l’Égypte que vous oubliez de mentionner. L’Égypte a d'ailleurs détruit 2000 maisons palestiniennes le long de sa frontière sans que vous réagissiez.

Des matériaux de constructions ont été livrés en quantité à Gaza. Cette aide n'a pas servi à reconstruire une seule maison, ainsi que vous le citez dans votre texte. Non, ces moyens ont été détourné par le gouvernement palestinien pour reconstruire son appareil militaire, ses abris souterrains, tunnels de circulation et tunnels d'attaque.

Oui, Israël limite la circulation des ressortissants d'un quasi-pays - Gaza - qui a tiré 12'000 roquettes et obus en direction de ses citoyens durant les 9 dernières années et qui dans les 10 années qui ont précédé a envoyé des dizaines de piétons-suicide se faire exploser dans sa population. Le filtrage des gazaouis qui veulent entrer en Israël est une réponse à l'action des gazaouis et non une action punitive comme certains l'affirment.

Le gouvernement de Gaza est éminemment raciste et je suis étonné que jamais vous ne le dénonciez. Non seulement, il ne cesse d'inciter à s'en prendre aux juifs mais il s'en prend aussi systématiquement aux chrétiens. Par exemple, à Noël, les chrétiens de Gaza ont reçu d'Israël des laisser-passer pour se rendre à Jérusalem et Bethléem. C'est le gouvernement palestinien qui leur a interdit la sortie et organisé une ou deux bombinettes dans les files d'attente.

Pourquoi ne présentez-vous que des faits tronqués des essentiels ? Pourquoi ne vous insurgez-vous pas contre l'attitude du gouvernement palestinien envers sa propre population ? Pourquoi ne dénoncez vous pas les manquements immondes du gouvernement du Hamas: racisme, détournement de fonds, mise en danger de ses propres civils, justice expéditive, crimes de guerre incessants, maltraitance des enfants, soumission des femmes, muselage de la presse, etc. ? Je suis étonné que votre soif de justice ne voit pas tout cela mais se contente de délégitimer les juifs...

Écrit par : archi-bald | 22/07/2015

Je traduis des articles afin de donner une idée de la vie ordinaire des gens de Gaza. Cinq des derniers articles sont d'origine israélienne, cinq sont d'origine palestinienne. Pour moi, c'est vital de ne pas confondre "juifs" et "gouvernement israélien".

Écrit par : Carol Scheller | 22/07/2015

merci Carol, nous avons besoin de "courroies de transmission" comme vous afin de mieux comprendre des réalités compliquées. Un tout grand merci
claire-marie

Écrit par : cmj | 24/07/2015

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