24/07/2015

L’oubli n’est pas pour demain

Photographe française, Anne Paq a suivi la guerre de 52 jours à Gaza en été 2014. La guerre l’a poursuivie depuis. Elle publie un mémorial aux victimes civiles des bombardements israéliens dans un article de l’Electronic Intifada en anglais. Je vous en livre une traduction ici.

Gaza, 52 jours, été 2014, bombardements israéliens, victimes, armée israélienne, familles, attaques, justice, survivants

« Encore aujourd’hui, des effets personnels des victimes de l’année passée sont éparpillés dans les ruines des maisons détruites. Cette chaussure appartenait à Hala Bassam Madi, 3 ans, tuée lors d’une frappe israélienne sur sa maison à Rafah, le 1er août 2014. Son père Bassam, sa mère Eman,  sa sœur Jana, 2 ans, et son cousin Youssef, 3 ans, sont morts avec elle. Un grand-oncle a succombé plus tard de ses blessures. (photo par Anne Paq, 14 novembre 2014)"


 « Se souvenir des victimes à Gaza
Par Anne Paq, Electronic Intifada, 13 juillet 2015

En documentant l’assaut militaire israélien contre Gaza l’été passé, j’ai témoigné des atrocités – il n’y pas d’autre mot pour les qualifier : des morgues et des hôpitaux débordants par l’arrivée incessante de victimes ; des nuits de terreur de bombardements massifs et aveugles ; des attaques contre des hôpitaux, des ambulances et des écoles des Nations Unies censées être des refuges ; la dévastation de quartiers entiers. 

Une statistique parmi toutes celles particulièrement horrifiantes, choque spécialement : 142 familles ont perdu trois membres de leurs familles ou plus dans une seule frappe israélienne. Afin de documenter de telles pertes, j’ai envisagé le projet #ObliteratedFamilies –  téléchargable. Cette exposition voyage en ce moment à travers le monde. Ayant commencé en pensant aux victimes, le projet a évolué en un document centré sur les survivants. Comment peut-on assimiler des pertes d’une telle ampleur ? 

Grâce à l’intermédiaire du Centre Al Mezan pour les droits humains, j’ai pu visiter plus de 50 familles profondément marquées par les attaques mortelles israéliennes. Je n’ai jamais fait face à des douleurs si énormes. Des mois après les attaques, beaucoup des Palestiniens que j’ai rencontrés étaient encore traumatisés et submergés par leur deuil. Beaucoup d’entre eux étaient persuadés qu’il n’y aurait aucune justice pour les crimes commis contre leurs êtres chers. 

Des uns se sont effondrés et ont sangloté pendant notre entretien, d’autres ont exprimé leur colère ou étaient toujours sous le choc, sans pouvoir comprendre ce qui leur était arrivé. 

Lors de mes visites chez ces familles en deuil, le souvenir de leurs parents décédés était omniprésent, de manières diverses. Dans certains foyers, leurs photos se trouvaient aux murs ou placées sur leurs téléviseurs. Parfois, on avait laissé les affaires et les vêtements des disparus comme ils étaient alors, des mois suivant leur mort, comme si ils allaient revenir. Dans d’autres maisons, les membres de la famille regardaient constamment des photos ou des vidéos de leurs morts sur leurs téléphones portables. 

Ces photos contribuent à l’effort de souvenir des victimes de Gaza et à la promotion des appels pour une justice envers les survivants. 

Anne Paq est une photographe française freelance et membre du collectif photographique ActiveStills.

Gaza, 52 jours, été 2014, bombardements israéliens, victimes, armée israélienne, familles, attaques, justice, survivants

Dans sa maison, située dans le camp de réfugiés d’al-Shati, Sharifa Mustafa Baker, la mère de Zakaria Ahed Baker, 10 ans, tient dans ses bras une chemise de son fils, tué avec trois de ses cousins par un missile tiré par la marine israélienne sur les garçons qui jouaient sur une plage de la ville de Gaza le 16 juillet 2014. L’attaque a eu lieu près de plusieurs hôtels où des journalistes étrangers en ont été témoins, il existe une vidéo de ces évènements. En juin 2015, l’armée israélienne s’est disculpée de toute responsabilité pour la mort des enfants.

Gaza, 52 jours, été 2014, bombardements israéliens, victimes, armée israélienne, familles, attaques, justice, survivants

Dans la rue de Khuzaa, au sud de la bande de Gaza, une affiche honore la mémoire d’Abbas Helmi Abu Rijeila, 20 ans. Il fut tué avec son père lors d’une frappe d‘un missile israélienne sur leur maison le 27 juillet 2014. Sa sœur Nehad, blessée, était évacuée dans un chariot tiré par un âne, aucune ambulance ne pouvait avoir accès au lieu. Elle est morte quelques jours plus tard dans un hôpital égyptien. (photo par Anne Paq, 16 novembre 2014)

Gaza, 52 jours, été 2014, bombardements israéliens, victimes, armée israélienne, familles, attaques, justice, survivants

Cette photo d’Afnan Wesam Shuhaibar, 8 ans, se trouve dans sa chambre. Elle était tuée avec deux de ses cousins de 8 et 11 ans, lorsqu’ils donnaient à manger aux pigeons sur le toit de leur maison le 17 juillet 2014. Wesam, son père, dit qu’Afnan était une excellente élève. (photo par Anne Paq, 17 novembre 2014)

Gaza, 52 jours, été 2014, bombardements israéliens, victimes, armée israélienne, familles, attaques, justice, survivants

Une photo sur un téléphone portable montre des membres de la famille al-Najjar de Bani Suheila, Khan Younis, au sud de la bande de Gaza. Dix-neuf membres de la famille, y compris 10 enfants, sont morts dans une attaque israélienne la nuit du 26 juillet 2014. (photo par Anne Paq, 19 novembre 2014)

Gaza, 52 jours, été 2014, bombardements israéliens, victimes, armée israélienne, familles, attaques, justice, survivants

Toute la famille Kilani, détenteurs de passeports allemands, sont morts dans une seule frappe sur un immeuble résidentiel de la ville de Gaza le 21 juillet 2014. Ibrahim, architecte de quelques bâtiments à Köln, sa ville pendant plus de 20 ans, sa femme Taghrid et leurs cinq jeunes enfants avaient fui leur maison de Beit Lahiya suite à un lâché de flyers par l’aviation israélienne sommant les résidents d’évacuer vers la ville de Gaza. La mort les attendait dans leur demeure temporaire. En novembre 2014, son bureau à Beit Lahiya était resté intouché. (photo par Anne Paq, 19 novembre 2014)

Gaza, 52 jours, été 2014, bombardements israéliens, victimes, armée israélienne, familles, attaques, justice, survivants

Delo était le sobriquet de Hadeel Abd al-Kareem Balata, 17 ans lorsqu’elle a perdu la vie avec 10 autres membres de sa famille. Son nom est écrit sur le mur de sa chambre dans le camp de réfugiés de Jabaliya, au nord de la bande de Gaza, détruite lors d’une frappe israélienne le 29 juillet 2014. Son père a survécu. Il nous dit qu’Hadeel était une élève exceptionnelle. Elle voulait devenir médecin. (photo par Anne Paq, 14 septembre 2014)

Gaza, 52 jours, été 2014, bombardements israéliens, victimes, armée israélienne, familles, attaques, justice, survivants

Une photo d’Issam Khalil Ammar, 4 ans, est posée sur la télévision de ses parents dans leur appartement en ville de Gaza. Issam, sa sœur Eman, 9 ans et son frère Ibrahim, 13 ans, ont été tué dans une attaque sur un immeuble résidentiel le 20 juillet 2014. Onze habitants de l’immeuble étaient tués, y compris six membres de la famille Hallaq. La famille Ammar vit toujours dans l’immeuble. Leur appartement est rempli de photos de leurs trois enfants morts. (photo par Anne Paq, 25 février 2015).

Gaza, 52 jours, été 2014, bombardements israéliens, victimes, armée israélienne, familles, attaques, justice, survivants

Mahmoud Ashraf al-Khalili, 7 ans, a survécu à l’attaque le 30 juillet 2014 sur sa maison familiale dans la ville de Gaza. Conscient lors de son arrivée à l’hôpital, il est tombé dans un coma et mourut quelques jours plus tard. Sa mère Nida, son père Ashraf, sa sœur Dima, 4 ans, et son frère Ziyad, 4 ans, ont été tués avec son oncle, sa femme et leur fille de 4 ans. Au moment de l’attaque, toute la famille se trouvait assise devant la maison en attendant d’être évacués. Les survivants vivent toujours dans la même maison, où la chambre de Mahmoud est inchangée. Un incendie causé par la frappe a détruit une usine qui appartenait à la famille. (photo par Anne Paq, 12 novembre 2014)

Gaza, 52 jours, été 2014, bombardements israéliens, victimes, armée israélienne, familles, attaques, justice, survivants

Le portrait de Yousef Hussein Hullab, 15 ans, fut dessiné par un de ses amis. On nous l’a montré sur un téléphone mobile à Rafah, au sud de la bande de Gaza. Yousef et trois membres de sa famille, dont deux autres enfants, furent tué dans lors d’une attaque israélienne contre sa maison le 21 août 2015. (photo par Anne Paq, 25 mars 2014)

Gaza, 52 jours, été 2014, bombardements israéliens, victimes, armée israélienne, familles, attaques, justice, survivants

Wafa al-Louh tient une photo de sa fille Eman et de son certificat de fin d’études secondaires dans sa maison à Deir- al-Balah, au centre de la bande de Gaza. Eman fut tuée par une frappe contre la maison de son oncle Mustafa, à 100 mètres de la leur : un bloc de béton l’a frappé à la tête pendant qu’elle priait à côté de son lit. Ce 20 août 2014, huit membres de leur famille ont trouvé la mort. (photo par Anne Paq, 16 septembre 2014)

Gaza, 52 jours, été 2014, bombardements israéliens, victimes, armée israélienne, familles, attaques, justice, survivants

A l’occasion de l’Eid al-Fitr, la fête qui marque la fin du Ramadan, il y a un an, Shireen Abu Madi a écrit une lettre de deuil pour la mort de son père. La lettre est collée à une affiche qui rappelle la mort de six membres de sa famille dans une attaque israélienne contre le camp de réfugiés d’al-Nuseirat au centre de la bande de Gaza, le 2 août 2014. Shireen a perdu son père, trois frères, un neveu de 6 ans et une petite nièce de 2 semaines dans la frappe. (photo par Anne Paq, 17 mars 2014)

Gaza, 52 jours, été 2014, bombardements israéliens, victimes, armée israélienne, familles, attaques, justice, survivants

Des cerfs-volants fabriqués par Muhammad Amjad Abd al-Aziz Uwaida, 13 ans, se trouvent sur son lit dans sa maison à Rafah. Lui et sa sœur Amal, 5 ans se trouvaient sur le toit de la maison pour donner à manger aux pigeons lorsqu’ils ont été tués. Selon Tahrir, leur mère, Muhammad était doué manuellement. Ses parents gardent tous les objets qu’il a façonnés, dont les cerfs-volants. (photo par Anne Paq, 17 février 2015) »

 

Les commentaires sont fermés.