29/09/2015

Pas d’école pour tous

Pas d’aide sociale pour les familles pauvres : ce sont leurs enfants qui doivent travailler pour les nourrir. J’achetais toujours du chewing gum aux garçons qui me le proposaient dans les rues de Gaza. Tout le monde fait de même pour préserver leur fierté. Mais ils gagnent si peu ! Ils perdent ainsi toute chance pour leur avenir. Quoique, selon la Banque Mondiale aujourd’hui 29 septembre, 60% des jeunes à Gaza n’ont pas d’emploi. Un journaliste de Gaza a fait le point sur la situation des enfants travailleurs en anglais. Je traduis son article ici.

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Garçon au travail (photo Majed Shala, Windows from Gaza)


 « Hausse du travail des enfants en raison des bombes et du blocus
Par Isra Saleh el-Namey, The Electronic Intifada, 11 septembre 2015

Muhammad n’a que 12 ans, mais il a déjà besoin de travailler. Chaque matin à 7 heures, il va dans les rues de Gaza où il vend des sandwichs à un petit stand. ‘Je n’ai pas le choix,’ dit-il. ‘Notre maison était complètement détruite lors de la guerre de l’année passée.’ A cause de cette destruction, Muhammad se voit obligé de subvenir aux besoins de sa famille. Il a cinq sœurs, trois frères et ses parents. La famille vit pour le moment dans un appartement qu’elle loue. Muhammad gagne environ 30 shekels (7.70 $) par jour. Il donne la totalité à ses parents, qui n’ont pas d’autre source de revenu. Après avoir travaillé quelques heures le matin, Muhammad va à l’école. Son frère ainé prend place au stand jusqu’à la fin de ses cours. ‘J’aime mon école,’ dit Muhammad. ‘Je sais qu’une bonne éducation est le moyen le plus sûr pour s’assurer une bonne vie. Mais la vie à Gaza est comme ça. C’est une sorte d’enfer vivant.’ 

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Un garçon vendeur à
Fras, le plus grand marché de la ville de Gaza, 9 juillet 2010 (photo Warrick Page : warrickpage.photoshelter.com)

Des responsabilités d’adultes

Le siège et les attaques israéliennes de ces dernières années ont causé une hausse notable de la pauvreté et d’autres problèmes sociaux. Le taux de chômage, 43 %, est le plus haut du monde selon la Banque Mondiale. En conséquence de cette situation, les enfants sont obligés d’assumer des responsabilités d’adultes.

Samir, 9 ans, vend du thé et du café dans les ports de Gaza. ‘Mon père souffre beaucoup de l’asthme. Le médecin lui a interdit de travailler,’ dit Samir. ‘Je dois faire ce travail tous les jours pour avoir l’argent pour nourrir ma famille.’ 

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Des garçons préparent des bouquets de menthe à vendre. (photo MEE/Mohammed Asad)

Selon le bureau central palestinien des statistiques, en 2010, presque 4 % des enfants des territoires occupés en Cisjordanie et à Gaza travaillaient. Une étude faite par le même bureau en 2013 a publié des chiffres ‘inquiétants’ montrant une hausse importante du travail des enfants et le nombre d’enfants ayant abandonné l’école à Gaza. Selon le rapport, la proportion d’enfants entre 10 et 17 ans qui travaillent et qui ne vont pas à l’école avait progressé de 13 % à 20% entre 2009 et 2012. 

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Enfants en route à l’école, Khan Younis, 9 septembre 2015 (AFP/Said Khatib/File)

Les lois palestiniennes censées protéger les enfants et le droit du travail interdisent aux employeurs d’embaucher des enfants plus jeunes que 15 ans. L’enregistrement d’un enfant entre 15 et 17 ans est soumis à certaines conditions : il y a une limite d’heures de travail et on ne doit pas leur imposer des activités dangereuses.

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Un garçon palestinien répare une voiture - ville de Gaza, 2013. (photo Ashraf Amra APA images)

Dangereux

Certaines tâches effectuées par des enfants qui travaillent à Gaza représentent des dangers. Réparer des machines dans des ateliers en est un exemple. Zaher, 11 ans, travaille dans l’atelier d’un mécanicien depuis l’âge de 9 ans. Il lui arrive souvent de travailler 12 heures par jour. Pendant la première année, il ne recevait aucun salaire. ‘Mon chef m’avait dit qu’il me fallait beaucoup apprendre pour faire ce que je dois faire,’ dit-il. Zaher doit travailler sur la mécanique et les moteurs des voitures. Lui et son frère ainé, qui travaille dans un magasin de vêtements, doivent subvenir aux besoins de leur famille suite à la mort de leur père, il y a cinq ans. Zaher gagne 10 shekels (2.60$) par jour. En moyenne, des enfants travailleurs en Cisjordanie et dans la bande de Gaza travaillaient un peu plus que 44 heures par semaine en 2013. Ils gagnaient moins que 50 shekels (13$) par jour. 

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Adel Al-Da’ma, 7 ans, collectionne du gravier destiné à la construction à Beit Lahia, 8 juillet 2010 (photo warrickpage.photoshelter.com)

Le facteur principal qui incite les enfants à travailler est la pauvreté. Le niveau de pauvreté à Gaza, selon la Banque mondiale, a augmenté de 28% à 39% en 2014. Cette augmentation est la conséquence directe des bombardements durant 51 jours en juillet et août de l’année passée. Pour Issam Younis, directeur d’Al Mezan, une organisation des droits humains à Gaza, les ‘vraies victimes’ du blocus israélien imposé depuis les dernières huit années sont les enfants : ‘On voit des enfants à Gaza qui quittent l’école pour travailler pour compenser ce que leurs familles ont perdu à cause du blocus qui perdure.’ dit-il.

Isra Saleh el-Namey est un journaliste de Gaza. »

 

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