08/11/2015

« Le Coin de l’Espoir »

Son nom donne envie de s’assoir sous son enseigne, celle de ce petit bistrot du quartier de Chêne-Bourg. À Gaza comme à Genève, il y a un coin de l’espoir : son école de musique - un vrai havre de culture. Musicien accompli et étudiant, Mousa Tawfiq décrit le travail de cette école dans un article en anglais publié sur The Electronic Intifada. Il parle de l’importance de la musique dans la vie des enfants de Gaza. Je traduis ses propos ici. 

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Le Coin de l’Espoir, Chêne-Bourg, Genève, 27 octobre 2015 (photo Carol)


 « Faire de la musique sous siège
Par Mousa Tawfiq, The Electronic Intifada, bande de Gaza, 26 octobre 2015

Huit ans de siège étouffant, trois assauts israéliens dévastateurs et la division politique prolongée entre Palestiniens – tout ceci a impacté négativement chaque aspect de la vie à Gaza, y compris le monde de la musique. 

Dans ce petit territoire le long de la Méditerranée, il n’y a qu’une école de musique. Elle dispense son enseignement uniquement aux enfants. L’Ecole de musique de Gaza a ouvert ses portes en 2008. Des bombes israéliennes l’ont détruite deux mois plus tard.  Reconstruite dans la ville de Gaza, l’école s’est récemment jointe au Conservatoire national de musique Edouard Saïd en Cisjordanie. ‘Ces jours-ci, nous comptons 207 élèves âgés de 6 à 12 ans,’ dit Ibrahim al-Najjar, directeur de l’école de Gaza. ‘Nos enseignants sont hautement qualifiés. Certains viennent de la Russie, d’Ukraine et de Roumanie. Ils enseignent avec des instruments occidentaux et orientaux.’ 

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The Gaza Music School – unique dans son genre (photo Mousa Tawfiq)

Encouragement

Seraj Sersawi, 17 ans, est un élève avancé de l’école. Il finira son cursus bientôt après huit ans d’étude du luth ou de l’oud, un instrument traditionnel du Moyen Orient. ‘J’ai commencé l’école en 2008, dit Seraj. ‘Je n’étais pas sûr d’être à la hauteur mais, avec le temps et le soutien de mes parents et mes professeurs à l’école, j’ai pris confiance en moi.’

Il dit que l’école a changé sa vie. ‘En 2013, j’étais sélectionné pour participer à un échange entre la Suède et la Palestine,’ dit-il. ‘Grâce à cette occasion extraordinaire, j’ai découvert d’autres cultures et d’autres types de musique. J’ai aussi pu rencontrer un groupe d’instrumentistes très qualifiés, dont certains sont connus mondialement, et de bénéficier des échanges avec eux.’ 

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photo de Seraj de sa page Facebook

Seraj sera contraint de quitter Gaza pour poursuivre des études en technologie et en production. ‘J’ai appris de mes enseignants que la musique appartient à tous les êtres humains – quant à moi, j’appartiendrai toujours à ce lieu.’

Innovateurs

À 19 ans, Ahmed al-Haddad, est trop âgé pour suivre des cours de guitare à L’Ecole de musique de Gaza. Puisqu’il existe peu d’instructeurs qualifiés en dehors de l’institution, il a appris à jouer à l’aide d’Internet. ‘Je suis passionné de la musique depuis tout petit,’ dit al-Haddad. ‘Lorsque je voulais acheter une guitare à l’âge de 15 ans, ma famille a dit non pour des raisons traditionnelles et religieuses. Je l’ai fait quand même sans leur encouragement. Mais je croyais en moi et j’ai commencé à regarder des leçons sur YouTube. Je me suis appliqué jusqu’à ce que ma famille reconnaisse que j’ai du talent.’

La démarche d’al-Haddad et d’autres comme lui à Gaza est nouvelle. Il explique : ‘La plupart des gens à Gaza ont l’habitude de la musique traditionnelle orientale, où la guitare n’a pas de place. Les jeunes générations se mettent au goût du jour et apprécient également la guitare.’

Al-Haddad veut promouvoir son instrument et encore plus : ‘Mon rêve est de voyager autour du monde avec un groupe qui joue du rock and roll. À présent, je joue dans certains groupes à Gaza. La plupart d’entre eux ne jouent pas la musique que je préfère mais c’est de cette manière que je peux me perfectionner.’ 

Mousa Tawfiq est étudiant et musicien palestinien. Il vit dans la ville de Gaza. »

 

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