13/05/2016

Quelqu’un ?

D’habitude, ce jeune musicien écrit des paroles de rap qu’il chante avec son frère. Mais il a quelque chose à dire au monde hors du seul monde qu’il connaît dans la bande de Gaza. Il a publié son message sur l’Electronic Intifada en anglais. Nous le traduisons ici.

chansons, rap, bande de Gaza, ville de Gaza, musique films, jeunes artistes, frustrations Gaza, sière Israël, attaques, bombardements, travail, gouvernement, créativité, blocus, profit, l'art, occupation
Mohammed El Susi enregistrant une chanson dans un studio, ville de Gaza, 23 mars 2015 (photo Edouardo Soteras Jalil / Al Jazeera)


« Lutter pour se faire entendre Par Mohammed El Susi, The Electronic Intifada, Gaza City, 4 mai 2016

J’ai 23 ans. Je rappe, je produis de la musique, je réalise des films dans la prison à ciel ouvert la plus grande au monde.

Je suis également étudiant en multimédia à l’université. J’ai collaboré avec beaucoup d’autres jeunes artistes dans des projets créatifs qui sont restés lettre morte. Malgré tous nos efforts, nous voyons nos rêves constamment anéantis sous le poids des limitations auxquelles nous devons faire face.

Dans cet article, j’essaye de me connecter au monde pour partager une perspective différente sur la vie à Gaza pour des artistes et des rappeurs. Je voudrais exposer certaines de nos frustrations et mettre en avant des obstacles que freine notre créativité. J’espère provoquer une discussion qui pourrait mener à un changement.

Le siège imposé par Israël ainsi que les attaques et les bombardements à répétition est le plus grand obstacle aux artistes de performance à Gaza. Mais il y a bien d’autres freins à la base de notre société. En premier lieu, les gens considèrent la musique comme un trop grand luxe étant donné le blocus et l’occupation. Tous les jours, ils subissent des défis cruels et des souffrances inimaginables. La grande majorité lutte quotidiennement pour trouver un travail, un abri, de la chaleur, des médicaments et même du pain. En réalité, peu de gens peuvent se payer un concert, même par des artistes locaux.

À ces contraintes financières s’ajoutent une censure sévère du gouvernement qui exige des musiciens de ‘purifier’ le contenu de leurs chansons pour que leurs messages répondent à des critères bien spécifiques. N’importe quel artiste serait découragé par cette ingérence dans l’expression libre. Elle limite la créativité et la productivité artistique.

chansons, rap, bande de Gaza, ville de Gaza, musique films, jeunes artistes, frustrations Gaza, sière Israël, attaques, bombardements, travail, gouvernement, créativité, blocus, profit, l'art, occupation
Mohammed El Susi et son frère Ousama forme le duo du rap Revolution Makers. (photo par Haitham Nuraldeem)

Aucune Espace

À Gaza, il n’y a pas de sociétés de production musicale qui cultivent l’expression et aident des artistes à se développer. Tout ce que nous avons sont certaines entreprises qui se concentrent sur le marketing et la publicité pour en faire un profit. Ces entreprises ont l’équipement dont nous avons besoin pour enregistrer et filmer. Faute d’autres espaces, les artistes doivent travailler avec ces entreprises, prisonniers de leurs règlements, surtout la règle d’or de ne jamais offusquer le client. Ainsi, des artistes désespérés qui croient dans l’art comme une forme d’expression libre se voient contraints à censurer leur travail en péjorant la qualité de leur création.

Il y a peu de possibilités à Gaza pour étudier la musique. Il y a bien sûr une poignée d’institutions culturelles et artistiques qui soutiennent les artistes mais très souvent, elles sont liées à des parties politiques. Leurs agendas sont essentiellement politiques, leur art est plutôt de la propagande.

chansons, rap, bande de Gaza, ville de Gaza, musique films, jeunes artistes, frustrations Gaza, sière Israël, attaques, bombardements, travail, gouvernement, créativité, blocus, profit, l'art, occupation
Ousama El Susi enregistre une nouvelle chanson dans un studio de la ville de Gaza, 22 mars 2015 (photo Edouardo Soteras Jalil / Al Jazeera)

Des artistes indépendants d’esprit qui croient dans l’art comme une forme d’expression sans entraves, libre à critiquer et à stimuler des changements se trouvent seuls, sans soutien moral et financier. Nous avons grand besoin d’établir des institutions indépendantes pour soutenir l’art à Gaza afin de promouvoir la créativité de tous les jeunes. L’art n’est pas un luxe : il nourrit l’esprit des gens et leur donne de la force de traverser les épreuves les plus dures.

Le rappeur Mohammed El Susi est également cinéaste. Il vit à Gaza et a fondé le groupe Revolution Makers. »

Les commentaires sont fermés.