11/06/2016

Les récoltes du CICR

Une bonne nouvelle pour les paysans de Gaza nous parvient du site Mondoweiss. La première récolte de l’été se passe plutôt bien quoique l’armée israélienne continue à ouvrir le feu de manière imprévisible. L’article est en anglais. Je livre sa traduction en français ici.

CICR, Gaza, paysans, récolte, armée israélienne, terrains, terres, blé, frontière, zones tampon, labourer, semer, risques, cultures, bande de Gaza, PCHR, assauts militaires, sécurité, arroser, agriculture
Kamal Kafarna travaille sur un de ses terrains à Beit Hanoun (Photo : Isra Saleh El-Namy)


Après quinze ans de restrictions israéliennes, des paysans de Gaza peuvent accéder à leurs terres
par Isra Saleh El-Namy 6 juin 2016

Kamal Kafarna, paysan de 50 ans, se réjouit beaucoup. Pour la première fois dans 15 ans, il peut récolter le blé qu’il a semé sur ses terres. Son blé pousse à cent mètres de la frontière entre Israël et la bande de Gaza à l’est de Beit Hanoun, près de la base militaire israélienne, à la frontière. ‘On m’a donné un jour pour faire la récolte et j’en suis ravi. Ce terrain est à moi mais je ne pouvais pas y aller pendant de longues années de peur d’être tué par les tirs des soldats israéliens qui surveillent les zones tampons le long de la frontière,’ dit-il.

Le Comité international de la Croix Rouge a pu obtenir l’approbation des autorités israéliennes pour autoriser les paysans de Gaza d’accéder à leurs terrains situés à une distance d’au moins 300 mètres de la frontière. Plus tôt cette année, des représentants du CICR ont accompagné les paysans sur leurs terres pour qu’ils puissent labourer et semer la terre. Mais des paysans dont les terres sont plus près encore de la frontière comme Kafarna n’ont pas pu y aller ces derniers mois. Il attendait le moment de la récolte en fin mai avec impatience. ‘Nous ne pouvons pas prendre de risques. On nous a accordé quelques heures en janvier pour semer puis maintenant, un jour pour récolter. C’est tout. Je n’ai jamais eu l’impression que ces terres sont vraiment les miennes,’ dit-il doucement en remplissant sa camion avec du blé. Ses fils l’aident : il doit avoir fini avant que le soleil commence à baisser dans le ciel. Kareem, son fils, explique que la famille ne connait que la vie d’agriculteur : ‘Nous n’avons pas autre chose, mais la politique israélienne est en train de tuer notre façon de vie – nous avons connu le dénuement plusieurs fois déjà puisque nous ne pouvions pas récolter nos cultures.’

CICR, Gaza, paysans, récolte, armée israélienne, terrains, terres, blé, frontière, zones tampon, labourer, semer, risques, cultures, bande de Gaza, PCHR, assauts militaires, sécurité, arroser, agriculture
Kareem Kafarna dans les terres de sa famille à Beit Hanoun (Photo : Isra Saleh El Namy)

Un sursis temporaire

Depuis 2001, Israël a refusé aux paysans de Gaza d’accéder à leurs terres là où l’armée a établi des tours de surveillance et des bases militaires le long de la frontière. Des jeeps militaires et des soldats entrent dans les terrains agricoles de temps à autre à la recherche de groupes armés ou d’individus qui cherchent à traverser la frontière. Les soldats n’hésitent pas à ouvrir le feu vers toute chose qui bouge dans cette ‘zone militaire fermée’.

Selon le Centre palestinien pour les droits humains [PCHR ndlt], 35% des terres agricoles à Gaza ne sont pas sûres – leurs propriétaires ont peur d’y aller semer régulièrement. Cela veut dire que 17% du territoire entière de la bande de Gaza, ou 360 mètres carrés, n’est pas accessible aux paysans. La porte-parole du CICR, Suhair Zaqoot, témoigne des difficultés considérables dans les négociations avec Israël pour autoriser le passage des paysans sur leurs terrains : ‘ Nous avons dû redoubler nos efforts pour aider les paysans à dépasser leurs frustrations et finalement avoir la possibilité de travailler leurs terres,’ dit-elle. Le CICR a pu rendre aux paysans 1000 hectares confisqués après les assauts militaires contre Gaza. De cette manière, le Comité a aidé les fermiers à retrouver le seul métier qu’ils connaissent et ainsi gagner leur vie.

CICR, Gaza, paysans, récolte, armée israélienne, terrains, terres, blé, frontière, zones tampon, labourer, semer, risques, cultures, bande de Gaza, PCHR, assauts militaires, sécurité, arroser, agriculture
La récolte (orge et blé) du 2 juin 2016 sur les terres de la famille Qudaih de Khuzaa
sous menace de l’armée israélienne (photo ISM)

Sajed Wahdan 55 ans, est ravi de pouvoir récolter les cultures sur son terrain de 4 dunums [un dunum = 919 mètre carré ndlt] pour parvenir aux besoins des 13 personnes de sa famille. ‘Je n’ai jamais pensé que j’allais mettre les pieds à nouveau sur mes terres,’ dit-il. Mais il craint que cette récolte soit une rare exception. ‘Nous prions le CICR et toutes les organisations internationales de coordonner avec les occupants israéliens pour nous garantir un accès sans risque à nos terres où nous pouvons travailler et ainsi parvenir aux besoins de nos enfants.’ Au milieu de faire la récolte, Wahdan confie qu’il ne se sent parfaitement en sécurité. ‘Nous ne pouvons pas faire confiance à l’ennemi même s’il y a accord entre eux et nous. Combien de fois ont-ils ouvert le feu sans respecter des cessez-le-feu négociés plutôt ?’

CICR, Gaza, paysans, récolte, armée israélienne, terrains, terres, blé, frontière, zones tampon, labourer, semer, risques, cultures, bande de Gaza, PCHR, assauts militaires, sécurité, arroser, agriculture
Une récolte risquée pour la famille Qudaih à Khuzaa, le 2 juin 2016 (photo ISM)

Confisqué

Environ un tiers des paysans de Gaza ont des terres partiellement ou totalement situés dans les zones tampons, ce qui rend leur métier particulièrement dangereux. Certains ont risqué leur vie pour semer sur leurs terres afin de se tirer de la précarité économique imposée par les activités militaires israéliennes le long des frontières. Jamal Sarhan, paysan de Khan Younis, se rappelle d’une soirée où il est allé irriguer des tomates sur la frontière à l’est. ‘La pluie n’est pas suffisante pour certaines légumes, alors je suis allé les arroser. Tout à coup, une rafale de balles a passé en-dessus de ma tête. C’était par miracle que je n’ai pas été blessé.’

CICR, Gaza, paysans, récolte, armée israélienne, terrains, terres, blé, frontière, zones tampon, labourer, semer, risques, cultures, bande de Gaza, PCHR, assauts militaires, sécurité, arroser, agriculture
La petite fille de la paysanne Zaina Attia al-Amour pleure sa grand-maman, tuée par un obus israélien, lors de ses funérailles le 5 mai 2016 à l’est de Rafah. (photo Ramadan Elagha / APA images)

Sarhan a eu la chance de survivre à cet incident mais beaucoup d’autres paysans ont subi des tirs, certains ont même été tués en train de semer ou arroser leurs cultures. Zaina al-Amour, 54 ans, fut tuée il y a un mois au milieu de sa ferme où elle s’activait à donner à manger aux chèvres et à récolter le blé. Les pratiques de l’armée israélienne constituent une menace grave pour les gens pauvres dans les villages qui n’ont que l’agriculture comme moyen d’existence. Sarhan craint que, si la situation actuelle perdure, les jeunes générations risquent d’abandonner l’agriculture et chercher d’autres solutions pour gagner leur vie. Lui, il jure qu’il ne quittera pas ses terres pour faire autre chose. ‘Toutes ces épreuves nous poussent à résister encore en dépit de nos souffrances. Même nos enfants choisiront de rester sur le chemin que nous traçons jusqu’au jour que nous aurons la possibilité de travailler nos terres en toute liberté,’ dit Sarhan. »

Les commentaires sont fermés.