15/08/2017

Haaretz réagit face à « la situation humanitaire désastreuse » de Gaza

Le journal israélien Haaretz a publié un éditorial pour ses éditions en hébreu et en anglais le 14 août. Selon ses sources, les responsables de la défense et du renseignement israéliens essaient en vain d’avertir leur gouvernement de la folie du projet grandiose d’une nouvelle barrière avec la bande de Gaza. Ses conséquences écologiques et humaines pourraient être néfastes pour les populations de toute la région. Son coût ignore les besoins des citoyens israéliens, notamment des enfants en besoin d’éducation spécialisée. Je traduis ici les propos des éditorialistes du Haaretz.

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Une de 7 photos publiées par Haaretz : des jeunes de Gaza pratiquent le parkour au port de Gaza le 11 août 2017


« Il y a des gens derrière la barrière
Editorial de Haaretz 14 août 2017

Pendant le weekend, les media ont multiplié des rapports sur le progrès de la construction de la barrière souterraine. La peur générée par les tunnels lors de la guerre de Gaza en 2014 a laissé sa marque : c’est évident sachant que le budget est de 3 milliards de shekels ($836.8 millions), une longueur de 65 kilomètres prévue, des centaines d’ouvriers, des dizaines de sites des travaux, un mur en béton d’une profondeur de dizaines de mètres, et un mur haut [de 6 mètres ndlt] avec caméras munies de détecteurs. 

La fin du projet est prévue pour mi-2019. C’est bien possible que celui-ci réussira à venir à bout des tunnels et contrarier le Hamas. C’est précisément pour cette raison qu’il est important de demander ce que deviendra la bande de Gaza et, surtout, qui assurera à ses habitants une vie dans des conditions raisonnables. 

Il y a un consensus parmi les responsables du renseignement que Gaza est face à une crise humanitaire grave et que son infrastructure est en train d’imploser. La plupart de l’eau de son aquifère est inapte à la consommation ; l’eau potable est transportée aux foyers dans des conditions non-hygiéniques ; les habitants ont accès à l’électricité entre 3 et 4 heures par jour, parfois même moins ; des milliers de mètres cubes d’eaux usées sont déversés chaque jour dans la mer ; le taux de chômage est à un niveau sans précédent et le taux de pauvreté énorme. 

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Des enfants viennent chercher de l’eau pour leurs familles, projet de l’ONU pour le dessalement de l’eau, camp de réfugiés de Shati, bande de Gaza, février 2017 (photo par OCHA)

Le gouvernement israélien a tendance à se laver les mains de ces problèmes – pour lui, il s’agit d’une ‘question de responsabilité’. Du point de vue d’Israël, depuis son désengagement en 2005, il n’a plus autorité dans la bande de Gaza malgré la fermeture draconienne qu’il impose sur l’enclave. Israël peut aussi mettre la responsabilité sur le conflit dur entre le Hamas et l’Autorité palestinienne qui impacte de façon négative la vie des gazaouis.

Mais le discours sur qui en a la responsabilité ne fait rien pour changer la situation. Derrière les discussions stratégiques et les arguments de principes il y a des êtres humains – des centaines de milliers de personnes qui vivent dans une intolérable pénurie et manque.

Ce n’est pas un hasard que ce soient les chefs du département de la défense - le coordinateur des activités du gouvernement dans les territoires et la branche du renseignement - qui avertissent le Premier Ministre Benjamin Netanyahou et le Ministre de la Défense Avigdor Lieberman que les conditions humanitaires dans la bande de Gaza sont alarmantes. Les responsables de la défense comprennent très bien le lien entre l’implosion de Gaza et les intérêts militaires des chefs du Hamas. Plus le sentiment qu’il n’y a ‘rien à perdre’ augmente, plus il y a un potentiel pour de nouvelles hostilités.

Mais Lieberman, avec la bénédiction de Netanyahou, a refusé d’autoriser des mesures pour rendre la situation à Gaza moins extrême – par exemple, revenir sur la stratégie de fermeture des frontières, créer un système pour que les malades puissent quitter la bande de Gaza, transporter des quantités importantes d’eau et subvenir aux besoins en électricité. D’un côté on construit une barrière et de l’autre, l’Autorité palestinienne n’exerce aucune pression à cause de divisions internes – et Israël contemple sereinement le désastre humanitaire à Gaza. Il faut que Netanyahou et Lieberman se rendent compte : la souffrance humaine ne peut pas faire partie du jeu stratégique. Les habitants de Gaza ne sont pas l’ennemi. Ce sont des êtres humains qui souffrent qui ont besoin d’aide. Israël peut et doit aider.

Cet article est l’éditorial principal des journaux en hébreu et en anglais publiés en Israël par Haaretz.»

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