10/11/2017

Tourisme à Gaza

Grâce à Facebook, Instagram et Twitter, il est maintenant possible de voyager autour de la bande de Gaza avec un guide expérimenté. C’est l’occasion idéale pour se dépayser par ces temps gris, tout en découvrant des bijoux de l’héritage palestinien. Un article récent en anglais sur le site d’Al Monitor décrit les démarches d’un jeune guide entreprenant. J’en livre la traduction ici.

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Abd al-Rahim al-Zraiee à bicyclette autour de Gaza, photo Facebook / Gaza Tourist, téléchargé le 28 mai 2017


« ‘Gaza Tourist’ explore le patrimoine et les vécus
Par Tamam Mohsen

Pour s’équiper, il suffit d’un sac à dos, d’un appareil de photo, d’une tente, d’une bicyclette et des réseaux sociaux de communication : ainsi muni, Abd al-Rahim al-Zraiee part à l’exploration des trésors cachés de Gaza, parfois même inconnus de ses habitants. Twitter, Instagram et Facebook le connaissent sous le nom de Gaza Tourist [touriste de Gaza ndlt] celui qui documente l’histoire du territoire et va à la rencontre de sa beauté.

Zraiee a commencé ses voyages il y a à peu près un an avec une exploration de sa ville natale, Deir al-Balah, située au centre de la bande de Gaza. ‘Ce qui m’a motivé,’ dit-il, ‘est ma passion pour voyager et pour découvrir de nouveaux endroits, de nouvelles personnes et pour comprendre les différentes cultures, traditions et rites. J’ai commencé à voyager autour de Gaza et à documenter mes déplacements avec des photos et de petits commentaires. Je me suis concentré sur nos sites archéologiques négligés et la présentation des beaux aspects de Gaza qui perdurent malgré les guerres et les crises.’ … Avec le temps et à travers des voyages, la page Facebook de Gaza Tourist est devenue une galerie de photos, de vidéos et d’histoires.

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Paysan récolte des dates (Balah) au centre de la bande de Gaza, 12 octobre 2017 (Atia Darwish / APA images)

Plus de 80 endroits sont maintenant documentés. Sans planifier précisément, Zraiee part à pied ou à bicyclette d’une ville à une autre, pour rencontrer les habitants et appréhender leurs modes de vie et la culture locale. Formée dans l’électronique, Zraiee n’a pas trouvé de travail étant donné le taux élevé de chômage à Gaza – 42 % en février de cette année selon le PCBS (Bureau central des statistiques palestiniennes). Zraiee a choisi de suivre sa passion pour gagner sa vie. Il part pendant trois ou quatre jours en cuisinant ses repas dans sa tente, parfois en compagnie d’amis. Il lui arrive parfois d’essuyer des réticences initiales des habitants mais parvient par la suite à établir de bons rapports avec eux. Pour finir, ils l’incluent dans leur quotidien et lui indiquent des endroits intéressants à visiter.

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Journée traditionnelle de commémoration des morts, cimetière de Gaza, 1 septembre 2017 (Mohammed Dahen / APA images)

La bande de Gaza et ses quelques 140 miles carrés est une vraie perle archéologique où se trouvent plus de 15 sites archéologiques, 20 anciennes mosquées et trois vieilles églises [et une ancienne synagogue ndlt]. Le gouvernement n’a pas agi pour prévenir la détérioration des sites. Avec les médias sociaux, Zraiee espère attirer l’attention sur cette situation et encourager les gens à visiter ce qu’il reste du patrimoine de Gaza.

Parmi les endroits visités : le fort de Barquq [sultan d’Egypte qui a conquis Gaza en 1389 ndlt], le cinquième plus important édifice en Palestine, qui se trouve à Khan Younis. Il date du 14e siècle. Il y a aussi Saint Hilarion, le monastère le plus ancien de la Palestine. Zraiee a aussi documenté le Marché de l’or (Qissariya Market) dans la vieille ville de Gaza aussi bien que l’église orthodoxe de Saint-Porphyre, l’église la plus ancienne encore active dans la ville de Gaza.

‘Lorsque je découvre de nouveaux endroits, je me sens heureux et j’en jouis en silence,’ dit Zraiee. ‘J’explore tous les coins du lieu et j’imagine combien de personnes m’ont devancé.’ ‘Je me sens infiniment triste de constater que des monuments qui ont perduré durant de longues années risquent de disparaître complètement en raison de notre négligence.’

L’été passé, Zraiee a organisé une marche défi [Hiking Challenge] : depuis la traversée à Erez au nord jusqu’à la frontière de Rafah au sud. Le 14 juillet, avec 30 autres personnes, ils ont parcouru les 33 miles du trajet à pied. Cela leur a pris 10 heures.

Zraiee envisage d’être le touriste numéro un de toute la Palestine et de documenter l’histoire et les traditions de toutes les villes en Palestine. Après cela, il voit encore plus loin : aller à la découverte du monde. ‘Je rêve de visiter tous les pays du monde et de découvrir leurs cultures et tout ce qu’il y a d’intéressant dans leurs vies tout en partageant les miens,’ dit-il. »

Journaliste basée à Gaza. Tamam Mohsen détient un BA en journalisme de l’Université Islamique de la ville de Gaza et s’intéresse à des questions humanitaires et politiques. Elle a publié des articles sur le site Nawa et travaille en ce moment pour SHMS News et Mobaderon Magazine.

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Vittorio Arrigoni

Écrit par : Giona | 11/11/2017

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