07/02/2018

La résistance des femmes

Le statut de Jérusalem, la ville sainte des trois religions monothéistes, est mis en question. Sa reconnaissance comme capital politique de l’Etat d’Israël par Donald Trump a fait des vagues. Depuis, en Cisjordanie et à Gaza, le peuple palestinien, comme le peuple suisse, manifeste contre cette déclaration. Les femmes à Gaza font entendre leurs voix dans la tradition des femmes héroïnes de la premier Intifada comme Tahani Abu Daqa et Nema El Helo, dont les vies sont décrites dans le livre de Haim Gordon, Rivca Gordon et Taher Shriteh en 2003 : Beyond Intifada. Quinze ans plus tard, une nouvelle génération commence à oser se montrer dans les manifestations, galvanisée par l’exemple de la jeune Ahed Tamimi, incarcérée dans une prison israélienne depuis le 19 décembre. Sarah Algherbawi décrit l’air de changement dans un article récent en anglais pour l’Electronic Intifada. Je le traduis ici.

 

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Des femmes palestiniennes protestent l’annonce de Donald Trump, ville de Gaza, 6 décembre 2018. (Ashraf Amra APA images)

 


«Les femmes de Gaza se dressent contre Trump et Israël                     

par Sarah Algherbawi The Electronic Intifada 5 février 2018

Randa Harara a l’intention de continuer à aller aux manifestations – une fois qu’elle s’est remise. Le 11 décembre, un sniper israélien caché à Nahel Oz, un checkpoint militaire à la frontière entre Israël et la bande de Gaza a tiré sur Randa, 21 ans. Elle participait dans une protestation contre la déclaration de Donald Trump. ‘Ma blessure ne va pas m’empêcher de me joindre à d’autres manifestations,’ dit Randa, qui a été touchée à la jambe gauche. Etudiante en comptabilité à l’Université Al-Ashar et activiste avec le Progressive Student Action Front, Randa sait que ce genre d’activité peut lui coûter cher. ‘Mais cela ne veut pas dire que les femmes devraient être absentes du champ de bataille – surtout quand il s’agit de Jérusalem.’

Sa famille soutient Randa. Son père Kamal l’a parfois accompagné aux protestations le long de la frontière entre la bande de Gaza et Israël. ‘J’ai dit à ma fille qu’elle est complètement libre de faire ce qu’elle veut pour suivre ses convictions,’ dit-il. ‘Nous ne pouvons pas renoncer à notre terre. Il est important d’exercer de la pression sur Israël et lui faire des casse-tête.’

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Confrontation inégale à la frontière est de la ville de Gaza le 15 décembre 2017 (Asraf Amra APA images)

 

Ahed Tamimi, 17 ans le 31 janvier, incarne le courage des femmes et des filles qui lancent un défi aux militaires israéliens. Ici à Gaza, beaucoup de gens l’admirent pour avoir exprimé sa colère envers les soldats qui étouffent son village de Nabi Saleh dans les territoires occupés de Cisjordanie en donnant une claque à un soldat.

Leila, 14 ans, du camp de réfugiés de Jabalia, avait l’habitude de regarder des nouvelles de la mode sur les media sociaux. Ces jours-ci, elle cherche Internet pour toutes les nouvelles de la détention et le procès de Tamimi devant une cour militaire israélienne. Elle a aussi commencé à lire des informations politiques sur la Palestine. ‘Ahed est mon héroïne,’ dit Leila (pas son vrai nom). ‘J’aimerais être comme elle – une personne qui fait quelque chose pour notre lutte avec Israël.’

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Un artiste peint un mural à Ahed dans la ville de Gaza, 8 janvier 2018 (CNN)

Leila aimerait faire partie des manifestations le long de la frontière entre Gaza et Israël tous les vendredis. Mais ses parents sont contre. ‘Ma mère dit que, d’y aller, c’est de vouloir se suicider.’ Leila dit.

Les forces israéliennes ouvrent le feu souvent sur les protestataires : la confrontation peut être fatale. Huit personnes ont été tuées le long de la frontière par l’armée israélienne seulement en décembre. Ce même mois, plus de 480 individus ont été blessés dans ces manifestations, selon le Centre palestinien des droits humains. …

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Le corps de Muhammad Dahdouh, 20 ans, quitte la maison familiale le 24 décembre 2017 (Ashraf Amra APA images)

Iman al-Haj, journaliste, a manifesté et déclare qu’elle a l’intention de continuer : ‘La participation des femmes est un devoir nationale dans un moment pareil,’ dit-elle. …

Mariam Abu Daqqa, une personnalité du Front populaire pour la libération de la Palestine (PFLP) souligne que ‘les femmes sont restés aux côtés des hommes’ depuis le Naqba, le nettoyage ethnique de la Palestine en 1948. Abu Daqqa a beaucoup souffert pour son activisme. Elle était la première femme de Gaza déportée par Israël à cause de sa participation dans la lutte armée. Après son arrestation en 1967, elle a passé deux ans en prison avant d’être exilée en Jordanie. En 1975, elle est allée au Liban, où elle est devenue membre du PFLP. En 1955, elle a pu finalement revenir à Gaza. Son père et sa mère étaient déjà morts. Il ne lui restait qu’une sœur qui est décédée deux ans plus tard d’un cancer. Dernièrement, Abu Daqqa a établi un programme d’études et de formation pour des anciennes prisonnières. Elle souligne que les femmes qui se dressent contre Israël doivent faire face à de multiples obstacles, encore plus importants dû au siège imposé sur Gaza par Israël et les trois grands bombardements que l’enclave a souffert ces dernières dix années.

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Manifestation de femmes à Gaza pour l’ouverture de la sortie à Rafah, direction l’Egypte, 1 janvier 2018. Asraf Amra APA images

Les femmes avaient un rôle important dans le premier Intifada, qui a commencé à Gaza il y a 30 ans. Hania Aqel, 64 ans, de Rafah, près de la frontière avec l’Egypte, raconte comment 25 à 30 femmes se mettaient ensemble chaque fois des Palestinens étaient arrêtés : elles formaient ‘ une sorte d’enclos pour saisir les hommes’ des véhicules des militaires israéliens. Il y a eu des succès, y compris la fois que Hania a pu aider son fils de 18 ans de s’échapper : ‘J’ai versé de l’eau chaude sur les soldats qui étaient en train de l’arrêter. J’ai réussi à le sauver mais un autre soldat m’a tiré une balle dans la jambe.’

Mousa et d’autres femmes ont aidé des familles des hommes emprisonnés ou tués par Israël avec des dons de nourriture et d’autres formes de soutien. Mousa, 57 ans, se rappelle de Hatim Abu Sisi, un des premiers qui fut tue : ‘il est mort devant ma maison. Son sang remplissait l’entrée, j’en été très touchée et ensuite motivée à venir en aide à tout le monde dans mon quartier. J’ai planté un arbre à l’endroit où on l’a tué. Et je soigne cet arbre encore aujourd’hui.’ »

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Les lumières du Dôme du Rocher éteintes dans la Vieille Ville de Jérusalem, après la déclaration du président des Etats-Unis, 6 décembre 2017 (Oren Ziv / ActiveStills)

Sarah Algherbawi est un écrivain freelance et traductrice basée à Gaza.

Commentaires

"Le statut de Jérusalem, la ville sainte des trois religions monothéistes"
Ce n'est pas vraiment une formulation très honnête. Jérusalem est une ville juive, fondée par les Juifs. Que le Christ soit un Juif, soit. Il a été crucifié là-bas et donc c'est une ville importante pour les Chrétiens. Pour l'Islam, c'est pour le moins plus douteux. Pour parler par euphémisme. Médine et la Mecque sont beaucoup plus importantes pour les musulmans et leur accès nous est interdit.
Aurez-vous le courage de publier ce commentaire ?

Écrit par : Géo | 07/02/2018

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