27/04/2018

Ne Tirez Pas !

Depuis le 4 avril, l’organisation israélienne B’Tselem demande aux soldats postés à Gaza de désobéir aux ordres illégaux de tirer sur des civils qui ne posent pas de danger mortel. Fondé en 1989, B’Tselem décrit sa raison d’être ainsi : « La régime israélienne de l’occupation est liée inextricablement aux violations des droits humains. B’Tselem fait tout son possible à mettre fin à l’occupation puisque c’est la seule manière de garantir un futur pour les droits humains, la démocratie, la liberté et l’égalité des deux peuples, palestiniens et israéliens, qui vivent entre le fleuve du Jourdain et la Méditerranée.

B’Tselem a publié le témoignage d’une femme palestinienne blessée lors de la première manifestation du vendredi 31 mars. Son histoire montre mieux que toute statistique ce qui arrive sur la frontière israélienne-palestinienne quand les gens de Gaza marchent pour exprimer leurs droits de tout simplement exister.

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Message de la page web de B’Tselem, qui a aussi publié un appel de ne pas ouvrir le feu sur des gens qui de toute évidence ne posent aucune menace.


 « La politique d’ouvrir le feu

Aedah al-Majdalawi, 63, raconte comment elle fut blessée par une balle réelle lorsqu’elle allait au secours de jeunes blessés près de la barrière qui sépare Gaza d’Israël

Muhammad Sabah pour B’Tselem, 1 avril 2018

J’habite avec mon fils Ibrahim et sa femme et ses enfants dans la tour d’habitation Bisan dans un quartier qu’on appelle le Village bédouin au nord de la ville de Beit Lahiya.

Une semaine avant La Journée de la Terre, les hauts parleurs des mosquées et la télévision ont annoncé qu’une grande Marche de Retour aurait lieu le 30 mars 2018 près de la frontière, partout dans la bande de Gaza.

Le matin de la marche – le vendredi 30 mars – j’ai quitté la maison à environ 9h pour me rendre au terrain d’Abu Safiya, quelques kilomètres à l’est de Jabalia. Lorsque je suis arrivée, j’ai vu beaucoup de jeunes et aussi des femmes, des hommes et des enfants qui manifestaient près de la barrière ou qui restaient dans les tentes. Je me suis approchée de la barrière à une distance d’à peu près 200 mètres et j’ai vu des militaires israéliens qui tiraient. Ils étaient derrière des monticules de terre. Je les ai vu blesser plusieurs jeunes et tuer d’autres, malgré le fait que les manifestants étaient des citoyens sans armes qui ne faisaient que crier des slogans, agiter des drapeaux et jeter des pierres qui n’atteignaient pas la barrière. Les manifestants se trouvaient à au moins 250 mètres des soldats.

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‘Aedah al Majdalawi (photo par Muhammad Sabah, B’Tselem, 1 avril 2018)

Peu après midi, à environ 12h20, j’ai vu quelques jeunes s’approcher de la barrière. Tout d’un coup, un a été blessé par un tir. Personne n’osait aller vers lui pour lui porter secours. Nous ne pouvions pas s’approcher puisque les soldats tiraient sur tout le monde qui osait le faire.

Moi et une autre femme à côté de moi, nous avons décidé d’essayer de lui venir en aide, lui et aussi les autres blessés. Nous nous sommes approchées d’eux. Après environ dix mètres, j’ai ressenti un coup lourd sur ma cuisse gauche et une douleur intense. Quelques femmes m’ont soutenue et m’ont aidée à m’éloigner, puis quelques jeunes m’ont prise et m’ont portée jusqu’à une ambulance sur la route Jakar. On m’a amenée à l’Hôpital indonésien où j’ai découvert qu’on avait tiré une balle réelle dans ma jambe gauche. Elle avait transpercé la jambe. On m’a soignée puis on m’a renvoyée chez moi.

J’ai encore mal et je dois avoir des soins chez moi. J’avais cru que, parce que je suis une femme plus âgée, les soldats m’auraient permise d’aller vers les blessés pour les aider, mais ils ont tiré contre moi malgré mon âge.

‘Aedah ‘Abd a-Razeq Darwish al-Majdalawi, 63 ans, habite à al-Qariya al-Badawiya al-Maslakh au nord de la bande de Gaza. Elle a témoigné de son expérience au chercheur du terrain pour B’Tselem Muhaad Sabah chez elle le 1er avril 2018. »

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