23/06/2018

Encore des voix depuis l’autre côté

Tout s’est fait dans la nuit et le silence. Un article du blog israélien + 972 mag signale une action subtile de protestation survenue à Tel Aviv dans la nuit du dimanche 17 juin. Des activistes israéliens ont trouvé un moyen non-violent créatif pour exprimer leur désapprobation envers les actions de leur armée qui se multiplient à Gaza depuis deux mois et demi. L’article de la journaliste Orly Noy, a été d’abord publié sur Local Call en hébreu. Je traduis ici sa version en anglais.

 

Tel Aviv kites.jpg

Le boulevard Rothschild, Tel Aviv, la nuit du 17 juin 2018 :des cerfs-volants avec les photos, les noms et les dates de naissance des Palestiniens tués par l’armée pendant les manifestations de La Grande Marche de Retour à Gaza


« Des activistes israéliens amènent des images des défunts de Gaza au cœur de la ville de Tel Aviv

Au milieu de la nuit, des militants de gauche ont suspendu 115 cerfs-volants le long du boulevard Rothschild, la rue centrale de Tel Aviv - un cerf-volant pour chaque manifestant palestinien tué par les forces israéliennes pendant les manifestations de la Grande Marche de Retour. A., une des organisateurs, nous a expliqué l’idée derrière leur action : « Nous avons été témoins de ce qui s’est passé à Gaza ces dernières semaines. On a assisté à une intensification face aux évènements et aux réactions qu’ils ont suscitées. Sans réagir, nous avons vu comment on a tiré sur les manifestants et, en même temps, l’indifférence du public et la couverture médiatique de la tuerie.

Notre action était en partie une réponse à ce qui s’est passé le 14 mai, lorsque 60 Palestiniens ont été tués. A. était alors à l’étranger. Elle avait peine à comprendre ce qui arrivait. « Je suis retournée en Israël et j’ai été choquée de constater qu’il n’y avait aucune réaction – c’était l’indifférence totale. »

« Il y avait bien sûr des actions par des groupes comme la Coalition des femmes pour la paix et les manifestations de solidarité à Haifa, mais je ressentais le besoin de montrer au grand public israélien les visages de ces 115 personnes tuées. Les défunts ont des frères, des sœurs et des parents. »

+ 972 mag, action, activistes israéliens, Tel Aviv, Gaza, cerfs-volants, boulerard Rothschild, manifestations, Grande Marche de Retour, 14 mai 2018, Israël, indifférence, Coalition des femmes pour la paix, visages, fontières, guerre calme, paix

On fait voler un cerf-volant, jouet traditionnel à Gaza, au début des manifestations de la Grande Marche, le 31 mars 2018 (Photo AP)

Après l’affichage des photos des défunts sur la barrière entre Gaza et Israël, les cerfs-volants étaient une suite naturelle. « Le vendredi, nous avons fait voler des cerfs-volants portant les noms des individus tués. La prochaine étape est d’amener les visages au cœur du Rothschild, là où on ne peut pas sentir les cendres, où il est facile de détourner les yeux de la tuerie quotidienne. Nous ne pouvions pas rester silencieux. »

Sur chaque cerf-volant, il y avait la photo du défunt avec son nom écrit en arabe et en hébreu, ainsi que sa date de naissance. « Tu vois bien combien ils étaient jeunes et tu réalises que nous sommes les gardiens de prisonniers dans la geôle la plus grande du monde depuis trois générations. »

Les cerfs-volants ont aussi tout une symbolique. Ces dernières semaines, des Palestiniens ont envoyé des cerfs-volants enflammés dans des villes israéliennes sur la frontière avec Gaza, ce qui a causé des dommages importants aux cultures locales. A. décrit les réactions des gens dans la rue : « Des gens ont passé devant nos cerfs-volants. Ils ont lu et regardé les noms. Certains ont déchiré les cerfs-volants et les ont jetés à terre, » dit A. « Nous avions recherché les noms des personnes tuées dans de nombreux sites différents. Nous avions lu l’histoire de chacune d’elles. C’était insupportable. »

+ 972 mag, action, activistes israéliens, Tel Aviv, Gaza, cerfs-volants, boulerard Rothschild, manifestations, Grande Marche de Retour, 14 mai 2018, Israël, indifférence, Coalition des femmes pour la paix, visages, fontières, guerre calme, paix

Cerfs-volants, Basel Al-Maqousi, Gaza, 2008 (UNDP – Colours of Hope)

Elle continue : « Un cerf-volant ne connaît pas de frontières. Est-ce que nous sommes en train de lutter contre des groupes de personnes qui lancent des cerfs-volants ? Il faut dire aux soldats de ne pas tirer sur des gens qui volent des cerfs-volants. Est-ce que vraiment il va y avoir une guerre à cause des cerfs-volants ? »

J’ai demandé à A. ce qui restait de leur action le matin d’après.  « Il y avait des cerfs-volants par terre, ceux que nous avions suspendus plus haut sont encore dans les arbres. Certains ont été aspirés par des arrosoirs sprinkler – trempés, ils ont laissé leurs marques contres des arbres. »

« Nous avions envie de rompre le calme dans notre quartier, » conclut A, « pour dire au public israélien indifférent que nous n’aurions pas ni calme ni paix avant que les Palestiniens l’aient aussi. Il reste aussi la question de notre moralité entachée – et le sang. 

 L’original de cet article a paru en hébreu sur Local Call. Lisez-le ici. »

Commentaires

Le progrès social ne pourra s'estimer une réalité que quand la guerre deviendra incompatible avec l'esprit des peuples civilisés, n'obéissant qu'à la loi intellectuelle, loi qui n'est autre que celle de l'ensemble des connaissances humaines, dont l'application est une exhortation perpétuelle à la Paix. (Olga de Bézobrazow)
Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/le-bien-et-le-mal.html
Cordialement.

Écrit par : Anwen | 25/06/2018

Les commentaires sont fermés.