10/07/2018

« Le sport peut guérir le corps et l’âme »

Tout le monde qui a participé en tant que coach, bénévole ou spectateur aux National Games Genève des Special Olympics Switzerland le mois passé peut en témoigner. La joie et la fierté de montrer tout ce dont ils été capables et d’être reconnus dans leurs efforts se lisaient sur le visage des sportifs. En l‘occurrence, c’est un gardien de football manchot à Gaza qui a fait l’observation. Un article récent de l’Electronic Intifada en anglais explique le contexte dans lequel un match de foot raconté dans ces pages a eu lieu en juin. Une association constituée à Gaza en 2014 lorgnent les prochains Special Olympics prévus à Abou Dhabi en mars 2019. Je traduis en français ici l’histoire de ces handicapés qui revivent grâce au foot.

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Photo Ashraf Amra APA images

 


L’Équipe des Champions de Gaza

Par Hamza Abu Eltarabesh, The Electronic Intifada, 5 juillet 2018

Abdelrahman Nofal, 13 ans, est scotché à l‘écran des jours-ci. Il regarde la Coupe Mondiale en Russie. Nofal est un joueur de foot ambitieux mais ses rêves ont été circonscrits par la réalité dangereuse à Gaza. « Je n’ai jamais entendu parler d’un joueur palestinien qui a pu jouer dans une équipe internationale, » dit-il. Nofal, qui vient du camp des réfugiés de Burej, au milieu de la bande de Gaza, veut être le premier à réussir ce défi. Le garçon a quelque chose d’un héros local. Le 17 avril, pendant les manifestations de la Grande Marche du Retour, il a été blessé par un tireur d’élite israélien.

Evacué à Ramallah deux jours plus tard, Il a dû être amputé de la jambe gauche en-dessous du genou. C’est sous des applaudissements chaleureux qu’il est venu jouer le 2 juin dans l’Équipe des Champions fraîchement établi. C’était sa première fois, mais il a fait un but qui montrait ses excellentes capacités, en contrôlant le ballon avec sa poitrine avant de donner un coup de pied avec le pied droit.

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Abdelrahman joue avec des amis (photo Alamy)

Nofal est le plus jeune de l’équipe dont le joueur le plus âgé a 42 ans. C’est la première équipe de son genre à Gaza et attire les gens de Deir al-Balah, au milieu de la bande de Gaza, où se trouve le camp des réfugiés de Burej. L’équipe compte 16 joueurs. Tous excepté deux entre eux ont perdu un membre dans les derniers onze ans de bombardements et siège israéliens.

Le tout premier entraînement a eu lieu le 30 mars, la même journée où les manifestations de la Grande Marche du Retour ont commencé. Nofal n’a pas pu y participer avant le 2 juin et doit parfois rater un entraînement pour des séances de réhabilitation. « Penser au foot, dit-il, « garde ma morale en haut. »

Nofal fait partie de la cinquantaine de personnes qui ont subi des amputations pendant les manifestations à Gaza qui marquent les 70 ans depuis l’expulsion des Palestiniens en 1948, comme la famille réfugiée de Nofal. Selon Ashraf al Qedra du Ministre de Santé à Gaza, 48 des personnes blessées ayant perdu un membre ont perdu une jambe. Ils font partie des plus de 4'000 personnes blessées par des tirs israéliens depuis le 30 mars. Plus de 140 individus ont été tués dans la même période, presque tous dans les manifestations.

Fouad Abou Ghalioun, 53 ans, membre du comité palestinien paralympique, a été inspiré à former l’équipe de Deir al-Balah par son mère Amneh, maintenant décédée. Amneh avait perdu sa jambe droite dans un bombardement israélien en 1949 dans la région de Deir Al-Balah. Elle a tout de même réussi à élever sept fils. « J’étais le cadet et j’aidais ma mère avec le ménage, » dit Abou Ghalioun. … « Elle souffrait beaucoup de douleur dans sa jambe en hiver. » Cette expérience avec sa mère a amené Abou Ghalioun à travailler avec des gens handicapés. Il a aussi toujours gardé son amour pour le sport.

Abou Ghalioun et son ami Mahmoud al-Nawook, qui a perdu ses deux jambes dans l’assaut israélien sur Gaza en juillet 2014, regardaient le match de foot entre la Turkey et l’Angleterre des Special Olympics en novembre 2017 quand l’idée leur est venue : créer une équipe de football pour les unijambistes de Gaza pour honorer le mémoire d’Amneh. … Al-Nawook, 37 ans, est le manager de l’équipe. Abou Ghalioun travaille à établir d’autres équipes pareils partout dans la bande de Gaza.

Les règles du football unijambiste sont un peu différentes que les règles habituels. Il y a 7 joueurs par équipe, pas 11 et le nombre de substitutions est illimité. Un match dure 50 au lieu de 90 minutes. Il y a aussi des règles par rapport aux participants. Les joueurs sur le terrain peuvent avoir leurs deux mains mais doivent être unijambiste. Ils ne peuvent pas manipuler le ballon avec leurs béquilles – une faute – et les gardiens peuvent avoir leurs deux jambes mais n’utilisent qu’une seule main.

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Islam Amoun, connu avant 2014 comme le meilleur gardien dans le camp de Burej, a perdu un bras dans les attaques sur Gaza en été 2014. (Ashraf Amra APA images)

Islam Amoum, 27 ans, a perdu son bras gauche dans un bombardement près de sa maison en 2014. Il a ensuite renoncé à jouer et étudié la littérature anglaise à l‘Université Islamique de Gaza et a été diplômé en 2016. Au premier abord, il a refusé l’idée de jouer pour une équipe d’handicapés. « Après ma blessure, je me sentait gêné d’avoir un seul bras. Je pensais que les gens me regardaient tout le temps, » Amoum raconte. « Je ne sortais que la nuit tombée. J’ai mis presque sept mois pour apprivoiser ma nouvelle situation. » Finalement, on a pu le persuader à reprendre le foot et, après un peu de difficulté avec les nouvelles règles, ce père de trois enfants est heureux d’être à nouveau sur le terrain. Le sport peut guérir le corps et l’âme, » dit-il. Maintenant, il espère pourvoir encourager d’autres personnes handicapées à se remettre au sport.

L’équipe est jeune mais elle se prépare au maximum. Coach Khaled al-Mabhouh, 32 ans, et son assistant Muhammad Abou Sharif, 42 ans, ont conçu un programme d’entraînement spécifique à l’intention aux personnes en situation de handicap. Mabhouh explique : « entraîner ces jeunes peut être très délicat. La mauvaise utilisation d’un mot peut blesser. Je me concentre sur l’aspect psychologique de l’entraînement. » Le programme a été mis en œuvre avec la coopération des cinq membres du comité des directeurs. Tous ont de l’expérience des gens en situation de handicap et l’un d’entre eux, al-Nawook, est lui-même handicapé.

Quant aux exercices physiques, Abou Sharif fait attention de ne pas trop pousser les joueurs. « On doit toujours garder à l’esprit que cet entraînement est particulier. Il y a plus de pression exercée sur moins de muscles, on ne doit pas stresser les corps des joueurs. »

Des séances d’entraînement sont suivies par des séances de conseil individuel avec le psychologue Eyad al-Ghafary, 42 ans. Certains des joueurs sont encore mal à l’aise avec l’idée de jouer en public. Ils se sentent inférieurs à cause de leurs blessures, dit Al-Ghafary.

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« Wahid Rabah, ici à gauche, est le joueur le plus âgé de l’équipe. (Ashraf Amra APA images)

L’équipe fait face aussi à des problèmes matériels. La plupart des joueurs sont indigents et ne peuvent pas se payer des béquilles spécialisées, dit Mabhouh. Des béquilles de sport coûtent plus de 100$ la pièce. En ce moment, les joueurs utilisent des béquilles moins coûteuses, mais elles sont facilement endommagées.

Cependant, les joueurs commencent à sentir les bénéfices de reprendre leur passion. Ils sont déterminés de persévérer malgré les défis. « Nous ne sommes pas faibles, » dit Wahid Rabah, 42, le senior de l’équipe, qui travaillait auparavant pour l’Autorité palestinienne. « Nous sommes capables de jouer les sports que nous aimons. » En même temps, ce père de cinq enfants admet que quelques améliorations simples seraient agréables : « Nous avons besoin de vestiaires. Des gens s’arrêtent encore maintenant pour nous regarder pendant que nous nous rhabillons après un entraînement. 

Hamza Abou Eltarabesh est journaliste de Gaza. »

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